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22 Oct

Driver

Publié par Platinoch

Un grand merci à The Corporation et L'atelier d'images de m’avoir permis de chroniquer le dvd de « Driver » de Walter Hill.

"Nous ne travaillerons plus ensemble. Vous étiez en retard. Et j'aime la précision."

À la sortie d'un casino, une jeune femme est témoin d'un braquage effectué par deux gangsters qui parviennent à échapper à la police grâce à l'habileté du chauffeur de la voiture. Elle refuse de donner leur signalement à la police et parvient à se lier avec le chauffeur. Le meilleur chauffeur a gages que l'on puisse se procurer est traqué par le meilleur détective, a qui personne ne peut échapper, sauf le conducteur.

"De nos jours, il y a certains types de criminels qui se prennent pour des cowboys. Ils croient qu'ils ont le droit de slalomer en ville. De faire ce qu'ils veulent quand ils le veulent. Je vais mettre le paquet pour coincer le cowboy que personne n'a jamais coincé"

Walter Hill se passionne très tôt pour le cinéma. Il apprend d’abord le métier en tant que réalisateur de deuxième équipe, d’abord sur « L’affaire Thomas Crown » (Norman Jewison, 1968) puis sur « Bullit » (Peter Yates, 1968 également) avant de devenir scénariste, pour Peckinpah (« Guet-apens », 1972) puis sur le diptyque « Le piège » et « La toile d’araignée » porté par Paul Newman. Ce n’est qu’en 1975 qu’il passe pour la première fois à la réalisation avec « Le bagarreur », très bon film sur les combats clandestins durant la Grande dépression, porté par un grand Charles Bronson. Son second film, « Driver », sort trois ans plus tard, en 1978. Pour l’anecdote, Walter Hill avait envoyé préalablement son scénario, pour avis, au grand Raoul Walch qui l’a trouvé très bon. Le rôle principal était initialement écrit pour Steve McQueen qui refusa finalement le rôle. A noter qu’il s’agit également du premier rôle américain d’Isabelle Adjani.

"Je lui avais dit que je ne me ferai pas tuer pour lui..."

En 2011 déboulait sur nos écrans à tout berzingue « Drive », petit film noir ultra stylisé signé du danois Nicolas Winding Refn qui allait propulser Ryan Gosling au rang de sexsymbol et de superstar. Son succès fulgurant et l'enthousiasme de la critique auraient presque occulté le fait que ce film s'inspirait (très) largement de « Driver », film méconnu signé du grand Walter Hill. Il faut dire que ce dernier n'avait pas véritablement connu le succès lors de sa sortie en salle. A l'évidence, pourtant, les deux films se ressemblent étrangement : même personnage de chauffeur à gages surdoué et mutique, même ambiance nocturne éthérée. Walter Hill y jetait là les bases de son cinéma. Un cinéma inspiré largement du western, auquel il emprunte les codes (courses-poursuites, duels, etc…) qu’il transpose dans des univers urbains contemporains. A l’époque, sa démarche (partagée par John Carpenter) est innovante. Elle permet notamment de revisiter le mythe américain de façon plus sombre, en remplaçant les chevaux par des automobiles et les grandes étendues sauvages par des grandes villes hostiles et déshumanisées. D’ailleurs, la ville et la nuit ont un rôle prépondérant dans "Driver". Un peu comme le désert dans le cinéma de John Ford. Elles deviennent un immense terrain de jeu où prend place une nouvelle forme d’antihéros, aussi taiseux que méthodique. Sur la forme, Walter Hill innove également en privilégiant l’épure, notamment via le minimalisme de son scénario et un esthétisme glacial. Un parti pris qui lui permet de créer une formidable ambiance, à la fois mystérieuse (les personnages n’ont pas de noms) et éthérée, aux limites mêmes de l’onirisme. Ce qui ne l’empêche pas d’être particulièrement efficace, en alternant courses-poursuites, duels, et rebondissements. Près de quarante après sa sortie, le film tient encore étonnement bien la route. Sans doute était-il trop en avance sur son temps. Il a depuis ouvert une brèche dans laquelle de nombreux réalisateurs se sont engouffrés, comme Michael Mann (« Le solitaire », « Collatéral »), Michael Cimino (« L’année du dragon »), Luc Besson (« Subway », « Léon », « Nikita »), ou encore Jim Jarmusch (« Ghost dog »). Walter Hill lui-même poursuivra dans cette voie avec « Les guerriers de la nuit » (1980) et « Les rues de feu » (1984) avant de s’adonner avec succès à la comédie policière (« 48 heures »). "Driver" reste en tout cas un polar nerveux et racé, qui porte en lui la nostalgie du cinéma de cette époque. Un petit bijou du genre, à voir sans modération.

 

***

Le dvd: Edité par The Corporation et L'atelier d'images, "Driver" est proposé en VF et en VOST. Le film, qui est édité en version restaurée, bénéficie également d'une image très propre. Côté bonus, outre la bande-annonce, le film est accompagné d'un reportage d'époque inédit, "Cascades de nuit", qui revient sur le tournage du film.

Le dvd et le blu-ray sont disponibles dans les bacs depuis le 20 octobre 2015

La page facebook de The Corporation est disponible ici

 

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!