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18 Nov

Salé sucré

Publié par Platinoch

Un grand merci à Carlotta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le dvd du film « Salé Sucré » d’Ang Lee.

« Je ne comprends plus mes filles. Qu’elles me quittent et qu’on n’en parle plus. C’est comme la cuisine : quand le plat est prêt on n’a plus d’appétit »

 

Un grand chef cuisinier vit avec ses trois filles pour qui il prépare de somptueux repas traditionnels. Ceux-ci constituent l'ordinaire culinaire de cette famille, et les trois filles montrent un air un peu détaché au cours des repas. L'aînée, Jia-Jen, convertie au christianisme, est professeur de chimie. La plus jeune, Jia-Ning a 20 ans ; elle est étudiante et travaille dans un fast-food. Elles sont toutes deux préoccupées par leur vie sentimentale, tandis que la cadette, Jia-Chien, en pleine réussite professionnelle, voit peu à peu ses projets modifiés par son entourage...

 

« Tous mes souvenirs d’enfance sentent la cuisine »

 

On l’aurait presque oublié, mais Ang Lee n’a pas toujours été ce réalisateur spécialiste de l’Entertainment hollywoodien. En effet, avant de s’adonner à la réalisation de blockbusters (« Hulk », « Ice storm ») et autres grandes fresques onéreuses et exubérantes (« Tigres et dragons », « Lust, caution », « L’odyssée de Pi »), Ang Lee s’était fait un nom et une réputation grâce à ses films d’auteur. D’abord par ses moyens-métrages, réalisés alors qu’il finit ses études de cinéma à l’Université de New York (où il a pour camarade de promotion un certain Spike Lee). Puis par ses premiers longs métrages, « Pushing hands » (1992) puis « Garçon d’honneur » (1993), pour lequel il remporte l’Ours d’Or du Festival de Berlin. Fort de ce succès et de cette reconnaissance internationale, il souhaite revenir sur son île natale pour y tourner un film « local ». Ce sera « Salé sucré », qui, comme deux précédents films, traite des relations père/enfants. Ce troisième film, qui clôt une sorte de trilogie, sera un succès à l’international, récompensé notamment par un Golden globe et par l’Oscar du meilleur film étranger. Il fera l’objet d’un remake américain en 2001, « Tortilla soup », signé Maria Ripoll. C’est aussi son dernier film taïwanais, le réalisateur mettant dès l’année suivante sa délicatesse au service d’un film anglais, « Raisons et sentiments », adapté du roman éponyme de Jane Austen.

 

« Je t’ai chassé de ma cuisine pour que tu fasses des études et apprennes un vrai métier »

 

« Salé sucré », s’ouvre par l’une des plus belles scène de cuisine du cinéma. Tel un artiste, le héros découpe et prépare minutieusement ses ingrédients, avec une précision et un savoir-faire incroyables. Une scène particulièrement appétissante, filmée avec délicatesse par Ang Lee. Tels sont d’ailleurs les adjectifs qui définissent le mieux ce film : délicat, savoureux, délicieux. Pourtant, si la cuisine est omniprésente dans ce film, elle n’en est pas pour autant le sujet principal. A l’image de son titre original (« Eat, drink, man, woman »), le film traite avant tout de la famille, de la vie et des relations humaines. Avec beaucoup de tendresse, Ang Lee construit donc une jolie chronique familiale, en suivant le quotidien d’un cuisinier veuf et de ses trois filles qui rêvent de vivre leur vie de femme. En filigrane, le réalisateur nous dresse le portrait d’une société en mutation, tiraillée entre traditions séculaires (le père, sa cuisine, son mode de vie), modernité et occidentalisation (la cadette qui travaille dans un fast-food, la seconde qui est cadre supérieure et qui vit totalement à l’occidentale). Un monde complexe, parfois au bord de la déshumanisation (scène très forte de la petite fille qui disparait littéralement avalée par la foule du bus) et sur lequel Ang Lee porte un regard souvent ironique (le mariage totalement démesuré organisé par le père). D’ailleurs, c’est bien d’incommunicabilité qu’il est ici question, qu’il s’agisse de ce père qui aime ses filles sans savoir leur dire ou de ses filles, qui rêvent de prendre leur envol tout en ayant des scrupules d’abandonner leur père. La cuisine apparait alors comme un lien social, une attention, un moyen de dire à l’autre qu’on l’aime ou qu’on pense à lui. Si la chronique est  assurément douce-amère, Ang Lee la traite avec beaucoup de douceur et d’émotion, à l’image de la tendresse et de la bienveillance du regard qu’il porte sur ses personnages. Il y a quelque chose de Bergmanien (époque « Les fraises sauvages ») dans ce film qui est en soi une véritable gourmandise. Et un véritable coup de cœur.

 

****

Le dvd : Comme toujours chez Carlotta, nous avons à faire à une édition très soignée, avec un master complètement restauré et d’une propreté parfaite. Le film est ainsi proposé en VF et en VOST. Côté suppléments, cette édition propose également des bonus très intéressants : une interview de Ang Lee (« L’essence de la vie » - 23 min), une interview du scénariste James Schamus (« Father knows best » - 13 min) et un making-of du film (19 min).

 

Edité par Carlotta, « Salé sucré » sera disponible en dvd et en bluray le 25 novembre 2015.

 

Le site de Carlotta est disponible ici. Sa page Facebook est disponible ici.                                    

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Bob Morane 18/11/2015 13:44

Oui, magnifique film, avec beaucoup d'émotion et de tendresse, et des plats qui donnent faim.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!