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01 Jun

La belle équipe

Publié par Platinoch  - Catégories :  #comedies dramatiques, #Drames

Un grand merci à Pathé pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « La belle équipe » de Julien Duvivier en version restaurée HD.

 

La belle equipe« Un bon copain, ça vaut mieux que toutes les femmes du monde et des environs »

 

Cinq ouvriers chômeurs parisiens, Jean, Charles, Raymond, Jacques et Mario, un étranger menacé d'expulsion, gagnent le gros lot de la loterie nationale. Jean a l'idée de placer cet argent en commun, dans l'achat d'un vieux lavoir de banlieue en ruine, qu'ils transformeront en riante guinguette dont ils seront les copropriétaires. Ils s'attellent à la besogne avec confiance. Mais la solidarité du groupe est fragile... Le destin s'acharne sur eux. Bientôt, il ne reste plus de la joyeuse équipe que Charles et Jean qui sont amoureux de la même femme, Gina…

 

« La belote et l’amour sont des choses qui se pratiquent en silence, sinon ça retire tout le plaisir ! »

 

La belle equipe 2Véritable enfant de la balle, Julien Duvivier débute comme comédien sur les planches parisiennes au milieu des années 1910, alors qu’il n’a pas vingt ans. Mais passionné par cet art nouveau qu’est le cinéma, il parvient à se faire embaucher à seulement 22 ans à la Gaumont. D’abord scénariste puis assistant, il grimpe les échelons à une rapidité stupéfiante et finit par réaliser son premier long métrage dès l’année suivante, en 1919, à seulement 23 ans. C’est pour lui le début d’une longue aventure, d’une passion qui le dévorera toute sa vie et qui fera de lui l’un des réalisateurs les plus prolifiques de son époque. Comptant parmi les rares réalisateurs à réussir la transition du muet au parlant, il s’impose comme l’un des plus grands réalisateurs français des années 30 (avec Marcel Carné, Jean Renoir et René Clair), enchainant les succès publics et critiques. En 1935, il travaille pour la première fois avec le scénariste Charles Spaak (alors scénariste attitré de Jacques Feyder et de Jean Grémillon) sur le film « La bandera ». Le succès du film maquera le début d’une fructueuse collaboration entre les deux hommes qui se poursuivra dès l’année suivante avec « La belle équipe », ambitieux projet réunissant à l’écran les deux vedettes masculines de l’époque, à savoir Jean Gabin et Charles Vanel. Pour la petite histoire, Charles Spaak écrit à peu près à la même époque « La grande illusion » pour Renoir, qui, très intéressé par le script de « La belle équipe », aurait chercher en vain de proposer un échange à Duvivier. Pour autant, « La belle équipe » connait des débuts difficiles. La fin, volontiers pessimiste, ne colle pas à l’air du temps (on est alors quelques semaines avant le Front populaire) et pose clairement problème. La production commande alors en urgence à Duvivier et Spaak une fin alternative, plus joyeuse et optimiste. Les deux hommes acceptent, à condition de laisser le public choisir la fin qu’il préfère lors de séances tests. Contre toute attente, c’est cette dernière qui sera plébiscitée et imposée de fait. Toutefois, le film a fait depuis l’objet d’une longue bataille juridique entre les exploitants et les héritiers de Spaak et Duvivier, qui voulaient, conformément au souhait initial de leurs aïeux, faire reconnaitre la fin originelle comme fin officielle du film. Ce n’est qu’après avoir obtenu juridiquement gain de cause que le film a pu faire l’objet d’une réédition, qui plus est restaurée, présentée ce jour par Pathé.

 

« Ici, le patron, c’est moi et les autres. Une sorte de République dont on est tous le Président »

 

La belle equipe 3« La belle équipe » est avant tout un film de copains. Un film sur une bande composée de cinq chômeurs - tous issus de la classe ouvrière - qui partagent tout : le peu qu’ils possèdent, les fous rires, les coups de gueule et les galères du quotidien. Une solidarité à toute épreuve - ou presque - qui les pousse, un jour de chance à la loterie, à faire pot commun pour tenter à eux cinq de monter leur propre guinguette. Une entreprise collective seule à même, selon eux, de leur garantir la joie, la prospérité et, plus que tout, la liberté. A l’évidence, Duvivier et Spaak ancrent leur film dans l’actualité politico-sociale du moment. Il flotte ainsi sur « La belle équipe » une douce légèreté, un air de gaité. Un enthousiasme et une joie de vivre qui reflètent les espoirs et les aspirations du Front Populaire naissant et de l’euphorie prolétaire et populaire qui l’accompagne. A l’image du mythique tour de chant exécuté par Jean Gabin sur l’air de « Quand on se promène au bord de l’eau », hymne à la légèreté et à l’insouciance. Mais si Duvivier est sans conteste le cinéaste des amitiés viriles, il n’en demeure pas moins un cinéaste éminemment pessimiste. Et son ode à la franche camaraderie et de la solidarité entre les hommes va peu à peu se fissurer, confronté à la réalité d’un monde toujours aussi dur, où la société (la police qui traque l’un des leurs, immigré en situation illégale) et l’individualisme (les femmes font naitre des rivalités entre les hommes) finissent toujours par mettre à mal les amitiés pourtant les plus sincères. L’argent ne faisant donc pas le bonheur. Avec une étrange lucidité, le réalisateur pose donc un regard finalement très pessimiste et désenchanté sur le monde et sur les rapports humains. Comme s’il sentait venir, avant l’heure, la désillusion de l’idéal prolétaire et du Front populaire. Le casting, énorme pour l’époque, est d’ailleurs à l’image des divisions qui marqueront la France durant la décennie suivante : Jean Gabin partira en Amérique avant de s’engager dans les Forces Françaises Libres, Raymond Aimos et Robert Lynen paieront de leur vie leur engagement au sein de la Résistance, tandis que Charles Vanel continuera sa prolifique carrière sous l’occupation et sera même décoré de la Francisque. Cette « Belle équipe » est donc un joli film triste, émouvante célébration de l’amitié et des rêves impossibles des petites gens.    

 

La belle equipe 4

 

***

 

Le blu-ray : Le film est présenté dans une version intégralement restaurée à partir d’un master 4K. Il est proposé en version originale française. Aucun sous-titrage optionnel n’est proposé. Côté bonus, il est accompagné d’un passionnant module documentaire « Au fil de l’eau, L’histoire de la Belle équipe » (21’) : Entretiens avec Eric Bonnefille et Hubert Niogret, et montage d’archives avec Charles Spaak, Viviane Romance et Armand Panigel.

 

Edité par Pathé, « La belle équipe » est disponible dans une très belle édition combo DVD + Blu-ray depuis le 1er juin 2016.

 

« La fin du jour », « Voici le temps des assassins », « Tartarin de Tarascon » et « Justin de Marseille » sortent simultanément dans la même collection.

 

Le site Internet de Pathé est ici. Sa page Facebook est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!