Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
06 Jun

La fin du jour

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames, #comedies dramatiques

Un grand merci à Pathé pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « La fin du jour » de Julien Duvivier, présenté dans sa version restaurée HD.

 

La-fin-du-jour-bluray« Etre raisonnable, c’est être résigné. Etre résigné, c’est être vieux. Et je ne veux pas vieillir, ce n’est pas dans ma nature »

 

L'abbaye de Saint-Jean-la-Rivière menace de fermer ses portes. Ce qui serait une véritable catastrophe pour ses pensionnaires, tous de vieux comédiens sans ressource. Saint-Clair, acteur autrefois adulé et grand séducteur de femmes, vient justement d'y arriver et y retrouve Marny, grand rival dont il avait jadis séduit la femme, et Cabrissade, artiste de second ordre.

 

« La vie, quel théâtre ! »

 

La-fin-du-jourAprès une décennie des années 30 véritablement faste et ponctuée de très grands films (« Poil de carotte », « Maria Chapdelaine », « La bandera », « La belle équipe », « Pépé le moko », « Un carnet de bal »), Julien Duvivier se voit proposer un contrat avec la prestigieuse MGM. Saisissant cette opportunité, il part pour Hollywood en 1938 le temps d’un film, « Toute la ville danse », sorte de biopic consacré au compositeur Johann Strauss, avec Luise Rainer. Récompensé d’un Oscar (Meilleure photographie), le film demeure un échec commercial important et Duvivier rentre aussitôt en France (il reviendra à Hollywood durant l’occupation pour ne pas avoir à tourner pour les occupants). Il y retrouve son complice, le scénariste Charles Spaak, avec lequel il a déjà collaboré à trois reprises (« La bandera », « La belle équipe », « L’homme du jour ») et les deux hommes se lancent dans un nouveau projet, « La fin du jour », centré sur un groupe de vieux comédiens au crépuscule de leur vie. Une histoire clairement inspirée par la véritable maison de retraite pour acteurs de Pont-aux-Dames en Seine-et-Marne, dont les pensionnaires feront de la figuration dans le film. Pour la petite histoire, le casting initial devait s’articuler autour de Louis Jouvet, Michel Simon et Raimu. Mais celui-ci abandonnera finalement le projet (désaccord financier avec les producteurs, peu d’enthousiasme à l’idée de tourner avec Michel Simon avec lequel il entretenait une inimitié notoire) et sera finalement remplacé par Victor Francen. Un changement de casting qui entrainera une nouvelle distribution des rôles. Le scénario du film fut primé au Festival de Venise.

 

« Quelle différence y-a-t’il entre un cabot sans talent et un cabot sans succès ? »

 

La-fin-du-jour-2« Les vrais comédiens ne s’arrêtent jamais » nous rappelle dès les premières minutes du film l’un des personnages du film. Mais, l’âge venant, dans ces temps difficile où l’idée d’un progrès social commençait tout juste à émerger, les comédiens ne pouvaient compter que sur la charité d’institutions spécialisées pour finir leurs vieux jours. Une perspective pas forcément réjouissante pour ces personnages forcément orgueilleux et hors normes, qui vivent ce passage de la lumière à l’ombre comme une déchéance. Une sorte de petite mort. L’arrivée de Saint-Clair, immense vedette de la scène parisienne, séducteur cynique à l’égo surdimensionné, va venir semer le trouble au sein de la communauté de vieux pensionnaires. Il y retrouvera notamment son rival, Marny, acteur classique remarquable qui n’aura pas connu un succès public à la hauteur de son talent et Cabrissade, facétieux comédien que son physique ingrat aura cantonné au rôle d’éternel doublure à qui l’on aura jamais véritablement donné sa chance. « La fin du jour » apparait ainsi comme le dernier acte crépusculaire d’une pièce intimiste, faisant renaitre les égos,  les rivalités, les rancœurs et les rancunes de chacun. Et plus que tout, les regrets face au temps qui passe. Duvivier signe là un film doux-amer, sorte de tragicomédie, alternant les moments de drame et les moments de comédie pure (notamment grâce aux plaisanteries de Cabrissade), signant des portraits hauts en couleurs de ces vieux comédiens à la fois superbes et pathétiques. Tour à tour drôle, émouvant et bouleversant, « La fin du jour » permet à Duvivier de rendre un vibrant hommage au monde du théâtre et du spectacle vivant, et surtout au monde des comédiens, qu’il admire depuis ses débuts, trente ans plus tôt, sur les planches parisiennes. C’est aussi, peut-être, l’un de ses films les plus personnels et les plus humains, à l’image de cette scène finale, où dans le drame, la grande famille du spectacle sait se réunir et faire preuve de solidarité. Surtout, il offre un écrin superbe à un trio de comédiens exceptionnels : Louis Jouvet, Victor Francen et surtout Michel Simon, qui livre là une performance immense.

 

La-fin-du-jour-3

 

****

 

Le blu-ray : Le film est présenté dans une version intégralement restaurée à partir d’un master 4K. Il est proposé en version originale française. Côté bonus, il est accompagné d’un module documentaire, « Le dernier acte, l’histoire de la Fin du jour » (16’) : entretiens avec Eric Bonnefille et Hubert Niogret, et montage d’archives avec Charles Spaak et Michel Simon.

 

Edité par Pathé, « La fin du jour » est disponible dans une très belle édition combo DVD + Blu-ray depuis le 1er juin 2016.

 

« Justin de Marseille », « Voici le temps des assassins », « La belle équipe » et « Tartarin de Tarascon » sortent simultanément dans la même collection.

 

Le site Internet de Pathé est ici. Sa page Facebook est ici.

Commenter cet article

Bob Morane 07/06/2016 11:30

Un très beau film sensible avec des dialogues marquants et un Michel sSimon au sommet de son art

Archives

À propos

Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!