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10 Jul

El clan

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames, #Films noirs-Policiers-Thrillers, #Films Politiques-Historiques

Un grand merci à Diaphana ainsi qu’à l’agence Darkstar pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « El clan » de Pablo Trapero.

 

El_clan_dvd« Nous sommes fiers de vous, vous avez porté haut les couleurs du pays ! »

 

Dans l’Argentine du début des années quatre-vingt, un clan machiavélique, auteur de kidnappings et de meurtres, vit dans un quartier tranquille de Buenos Aires sous l’apparence d’une famille ordinaire. Arquimedes, le patriarche, dirige et planifie les opérations. Il contraint Alejandro, son fils aîné et star du rugby, à lui fournir des candidats au kidnapping. Alejandro évolue au prestigieux club Le Casi et dans la mythique équipe nationale, Los Pumas. Il est ainsi, par sa popularité, protégé de tous soupçons.

 

« L’argent, ça va ça vient. Pas la vie. »

 

El_clanArchitecte de formation, l’argentin Pablo Trapero délaisse rapidement son univers professionnel initial pour se consacrer à sa passion pour le cinéma. Travaillant d’abord dans la production, il s’essaye au milieu des années 90 à la réalisation en enchainant plusieurs court-métrages. Ce n’est qu’en 1999 qu’il passe un cap en réalisant son premier long, le très remarqué « Mundogrua », récompensé du Prix de la Critique à la Mostra de Venise. Ses films suivants demeurent pour la plupart inédits en Europe et il faut attendre 2008 et « Leonara » pour réentendre parler du réalisateur. Ses films suivants sont tous salués par la critique, qu’il s’agisse de « Carancho » (2010), « Elefante blanco » (2012 avec Ricardo Darin et Jérémie Rénier) ou encore le segment qu’il réalise pour le film collectif « Sept jours à la Havane » (2012). Alors qu’il devait ensuite se lancer dans l’adaptation d’un roman de Vikas Swarup (l’auteur de « Slumdog Millionnaire »), Pablo Trapero abandonne finalement le projet pour se consacrer au développement et à la réalisation de « El clan », inspiré de l’affaire dite « Puccio », un fait divers qui a défrayé la chronique argentine entre 1982 et 1985. Immense succès populaire au box-office argentin, le film a été récompensé du Lion d’Argent à Mostra de Venise.

 

« Si vous voulez être les meilleurs, soyez à la hauteur sur le terrain et en dehors »

 

El_clan-2Avec « El Clan », Trapero nous replonge dans l’Argentine du début des années 80. Une période sombre pour ce pays d’Amérique latine, qui, après le fiasco de la guerre des Malouines, assiste à l’effondrement de la dictature militaire et à l’avènement progressif d’un système démocratique. C’est dans ce contexte social et politique tourmenté que la famille Puccio, menée par son très respectable patriarche Arquimedes, ancien cadre des services secrets de la dictature militaire, se spécialisa dans les enlèvements et les assassinats crapuleux, protégeant sa respectabilité derrière le succès naissant du fils cadet de la famille, Alejandro, alors jeune espoir prometteur de la prestigieuse équipe nationale de rugby. Un fait divers sordide et d’autant plus étonnant qu’il se déroule intégralement au cœur de la bonne société bourgeoise argentine dont font parties les ravisseurs. Mais plus encore, c’est la banalisation de la violence et l’amoralité qui en ressort (les Puccio ne semblant jamais ressentir le moindre remord ni la moindre pitié pour les victimes qui sont pour la plupart des connaissances proches des membres de la famille) qui créent un profond sentiment de malaise. Comme si l’appât du gain pouvait justifier toutes les infamies et les violences les plus abjectes. Mais le plus terrifiant de la chose demeure sans doute l’aspect normal - vue de l’extérieur du moins - de cette honorable famille. Des gens en apparence ordinaires, des parents aimants, des voisins sympathiques derrière lesquels se cachent en fait de cyniques et impitoyables monstres. La famille qui est d’ailleurs un peu à l’image du pouvoir totalitaire, le chef de famille étant à la fois paternaliste, violent et manipulateur. Si Pablo Trapero sonde ici les tréfonds de la noirceur de l’âme humaine, son film s’inscrit également dans un une vague de films sud-américains qui revisitent les heures sombres de leur Histoire commune et notamment l’époque des régimes totalitaires militaires et leurs exactions (« Santiago 73, post mortem » et « No » du chilien Pablo Lorrain, « Buenos Aires 1977 » de Adrian Caetano ou encore le superbe « Dans tes yeux » de Juan José Campanella). En effet, derrière le fait divers se cache le portrait d’un pays qui traverse une période de turbulences, une transition vers un régime démocratique rendue d’autant plus fragile et compliquée qu’aucun procès des responsables politiques et militaires ni aucune purge de l’administration ne sera alors mené. Une situation d’entre-deux marquée par les rancœurs et la conviction des anciens nervis du régime que le retour au régime antérieur n’est qu’une question de semaines et qu’ils peuvent de fait agir à leur guise en toute impunité. Un film à la fois brillant et terrifiant.

 

El_clan_Trapero

 

***

 

Le DVD : Le film est proposé en version originale espagnole ainsi qu’en version française (toutes deux en 2.0 et 5.1). Des sous-titres optionnels français sont également proposés.

 

Côté bonus, le film est accompagné d’un making-of (16 min.).

 

Edité par Diaphana, « El clan » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 21 juin 2016.

 

Le site Internet de Diaphana est accessible ici. Sa page Facebook est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!