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06 Sep

Nos funérailles

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames, #Films noirs-Policiers-Thrillers

Un grand merci à Rimini Editions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Nos funérailles » de Abel Ferrara.

 

the_funeral« Garde cette balle avec toi. Rien ne te coutera jamais autant. »

 

La famille Tempio est réunie autour du cercueil de Johnny, vingt-deux ans, abattu dans la rue. Il y a Ray, l'aîné des frères Tempio, qui fait exploser sa rage ; Chez, incapable de se couler dans le rôle de mafioso qu'on attend de lui. Peu à peu, les souvenirs remontent jusqu'au moment où Ray prend la décision de s'attaquer à Spoglia, le boss de la famille rivale, qui a causé la mort de Johnny, mettant en mouvement toute la séquence d'évènements qui verront la fin de la famille Tempio.

 

« Une fois qu’on a appuyé sur la détente on ne revient plus en arrière »

 

Nos_funéraillesIssu d’une famille d’immigrés italiens du Bronx, le jeune Abel Ferrara se passionne très tôt pour le cinéma et réalise dès les années 70 ses films amateurs en super-8. Après des débuts « professionnels » comme réalisateur dans le circuit pornographique, qui finiront d’asseoir son image sulfureuse de provocateur et de cinéaste underground, il réalise en 1979 « Driller killer », un film d’horreur qui lui vaut d’être repéré et adoubé par le grand William Friedkin. S’en suit alors une décennie des 80’s particulièrement fructueuse durant laquelle l’esprit torturé et tortueux du réalisateur et son sens de la mise en scène font merveille, avec en point d’orgue les succès critiques de « The king of New-York » (1990) et de l’hallucinant « Bad lieutenant » (1992), qui restent à ce jour sans aucun doute ses deux plus grands films. Malheureusement, les années 90 marquent un tournant dans sa carrière et le réalisateur semble moins inspiré. Ainsi, ses trois films suivants, marqués par un retour à l’épouvante (les discutables « Body snatchers – l’invasion continue » et « The addiction ») et au drame bavard (« Snake eyes »), sont moins convaincants. Il revient en 1996 avec « Nos funérailles », un film qui renoue avec l’inspiration de ses succès antérieurs et qui marque également la fin de sa collaboration avec son scénariste de toujours, Nicholas St John.

 

« Vous avez la chance de pouvoir faire le bien plutôt que le mal. Et ça c’est mieux que la justice. »

 

funeraillesAvec « Nos funérailles », Ferrara s’intéresse pour la première fois à la mafia italienne et plus spécifiquement à la notion de famille et de clan, s’inscrivant ainsi dans une longue tradition de films réalisés par des cinéastes d’origine italienne allant de Coppola (« Le parrain »), De Palma (« Scarface », « L’impasse »), Scorsese (« Mean streets », « Les affranchis ») ou encore Leone (« Il était une fois en Amérique »). Prenant ainsi pour décor la New-York des années 30, le cinéaste construit un drame intimiste autour d’une famille mafieuse d’origine italienne dont l’un des frères vient de se faire assassiner. Il dresse ainsi le portrait d’une certaine époque, violente, où la mafia régnait en maitre sur la ville et sur les rapports sociaux-économiques. Un « Age d’or » révolu, où l’on tuait autant pour laver son honneur que pour que pour détrousser son prochain. Une époque où les femmes, pourtant porteuse de sagesse, étaient contraintes à assister, en spectatrices impuissantes à la chute inéluctables de leurs hommes. Construite autour de la notion de vengeance, l’intrigue permet au cinéaste de mener une réflexion sur la Destin, mais aussi de s’interroger sur les notions morales de Justice et de Violence (qui engendre toujours la violence). Des thèmes auquel le cinéaste donne en permanence une dimension mystique, en les confrontant à la morale religieuse. Mais plus encore que son intrigue, somme toute assez ordinaire pour un film de mafia, c’est surtout la forme du film qui s’avère intéressante et brillante. Notamment sa construction narrative complexe, qui mêle en permanence plusieurs niveaux de temporalité (passé et présent) et qui nous rappelle en permanence le poids de nos actes, de notre culpabilité, et le prix à payer pour nos péchés. A l’image de cette formidable scène où le personnage de Christopher Walken, alors adolescent, est contrait par l’un de ses ainés de tuer un homme, plaçant ainsi son existence dans une spirale de violence aveugle et (donc) sans fin. Ferrara signe là une fresque funèbre tragique et d’une noirceur absolue dont on ne pourra qu’apprécier l’élégance racée.

 

Nos_Funerailles_Ferrara

 

***

 

Le DVD : Présenté dans un nouveau master HD, le film est proposé en version originale américaine ainsi qu’en version française (toutes deux en 2.0). Des sous-titres français sont également proposés. Côté bonus, le film est accompagné d’un entretien avec Abel Ferrara (26 min.) issu de la série « Hollywood Best Films Directors ».

 

Edité par Rimini Editions, « Nos funérailles » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray  à compter du 6 septembre 2016.

 

La page Facebook de Rimini Editions est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!