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05 Jun

Cirque en révolte

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames

Un grand merci à ESC Distribution pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Cirque en révolte » d’Elia Kazan.

 

Man_on_a_tightrope« Changes d’expression. Souris. Sinon ils sauront ce que tu penses »

 

Karel Cernik est le directeur d'un cirque tchécoslovaque. Lorsque les communistes s'emparent du pouvoir, la vie du cirque est bouleversée.

La petite troupe n'est plus libre de ses déplacements ni de ses choix artistiques, et on demande à chacun de diffuser des messages en faveur du pouvoir.

Se sachant dans l’œil des commissaires politiques, Cernik décide de faire passer son cirque à l'Ouest, coûte que coûte.

 

« Les gens du cirque ne sont pas des gens ordinaires. Nous n’avons ni opinion, ni religion à par le cirque. Nous n’avons pas de foyer. Juste le cirque. »

 

Cirque_en_revolteEn ce début de décennie des 50’s, Elia Kazan tutoie les sommets. En effet, ce passionné de théâtre s’est imposé au cours de la décennie précédente comme une figure respectée et incontournable de Broadway. Il a également cofondé en 1947 le mythique Actor’s studio qui formera par la suite plusieurs générations de grands comédiens. Surtout, en l’espace de quelques années il a conquis Hollywood, comme en attestent le succès de ses derniers films (« Panique dans la rue », « Un tramway nommé désir »). Mais Hollywood - à l’instar de l’Amérique - vit alors des heures particulièrement troublées. Le Sénateur McCarthy et sa Commission des activités antiaméricaines veulent purger l’industrie du divertissement de ses éléments les plus « subversifs ». La traque, féroce, ressemble à une inquisition. Et à force d’intimidation, certains témoins se livrent à la dénonciation. Ancien membre du Parti communiste américain durant la grande dépression et connu pour ses sympathies de gauche, Kazan est convoqué par la Commission au printemps 1952 et finit par donner des noms. Ce qui lui vaut les foudres d’une partie de la profession et de la presse, qui le considèreront alors comme un paria. Très marqué par ces évènements, il s’emploiera au travers de ses films suivants à se justifier de ses actes et de leur bien fondé. Il consacre ainsi en trois ans une sorte de trilogie visant à se dédouaner constituée de « Viva Zapata ! » (1952), « Cirque en révolte » (1953) et « Sur les quais » (1954).

 

« En fait, cet homme est un très mauvais menteur. Il est ce qu’on appelle un honnête homme. C’est ce qui fait qu’il est dangereux »

 

Man_on_a_tightrope_dvdLongtemps resté inédit en France, « Cirque en révolte » (dont le titre original, littéralement « Un homme sur la corde raide » est bien plus évocateur) est l’adaptation d’un roman de Neil Paterson, lui-même inspiré par la véritable évasion du Cirque est-allemand Brumbach qui passa à l’ouest trois ans plus tôt. Un fait divers sur lequel s’appuie Kazan pour filmer le quotidien d’une troupe de cirque dans la Tchécoslovaquie de l’immédiat après-guerre, tout juste passée sous la coupe des communistes. De façon étonnamment directe, le cinéaste s’emploie alors à nous montrer, avec une grande acuité, la stalinisation en cours du régime et ses conséquences sur la société, ici symbolisée par la communauté du cirque : flicage systématique, interdiction de se réunir (même entre amis), suspicion généralisée, fin de toute liberté individuelle (de déplacement, de parole, d’entreprise, d’expression artistique). L’Etat est désormais partout et se mêle de tout, conférant au pays une ambiance délétère de paranoïa qui vire parfois au ridicule (les commissaires politiques qui interdisent un inoffensif numéro de clowns au prétexte qu’il apparait comme subversif). Face à ce système autoritaire et ubuesque qui ressemble à un serpent qui se mord la queue, il n’y a finalement plus d’autre solution que de fuir. Tout l’enjeu dramatique du film se retrouvera alors concentré autour de ce projet d’évasion, qui suscitera en interne tensions, méfiances et parfois opposition. Ce sera l’occasion pour certains de montrer leur vrai visage (le machiniste collaborateur, le nain délateur ou encore la rédemption finale pour le dresseur d’ordinaire plutôt couard). Le film vaut aussi pour son extraordinaire final dans lequel la troupe tente une improbable sortie en fanfare. Un final également très symbolique qui nous rappelle qu’un pays où l’on assassine la liberté voit également disparaitre la création artistique et le rire. Kazan signe là probablement son film le plus ouvertement anticommuniste (avec Adolphe Menjou, autre dénonciateur prolixe de la Commission McCarthy au casting). Toutefois, son ancrage réaliste et d’une certaine manière, sa clairvoyance, lui donnent une gravité et une résonnance particulière, bien plus percutante et pertinente que les allégories fumeuses développées dans « Sur les quais », moralement bien plus discutable. Une vraie curiosité à redécouvrir donc, et qu’il convient de reconsidérer à la lumière de ce que l’Histoire nous a appris.

 

Man_on_a_tightrope_Kazan

 

***

 

Le DVD : Le film est présenté dans un nouveau master HD, en version originale américaine (2.0) avec des sous-titres français.

 

Côté bonus, le film est accompagné de « Cirque en révolte », analyse du film par Michel Ciment (25 min.).

 

Edité par ESC Distribution, « Cirque en révolte » est disponible en DVD depuis le 17 avril 2017.

 

Le site Internet de ESC Distribution est ici. Sa page Facebook est ici.

 

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!