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16 Jun

Dieu seul le sait

Publié par Platinoch  - Catégories :  #comedies dramatiques

Un grand merci à Rimini Editions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Dieu seul le sait » de John Huston.

 

Dieu_seul_le_sait

« Il n’y a personne d’autre sur l’île mais je ne suis pas seule : le Seigneur est avec moi »

 

Quelque part dans le Pacifique… Seul rescapé d’un torpillage, le caporal Allison échoue sur une île qu’il croit déserte.

Or, l’île a pour unique habitante soeur Angela, qui a survécu à la destruction de la mission catholique à laquelle elle appartenait.

Les japonais débarquent sur l’île, les obligeant à se cacher et à s’entraider.

 

« Vivons pour l’heure présente car il n’y aura peut-être pas de demain. Dieu seul sait ce qui va arriver... »

 

Dieu_seul_le_sait_Robert_Mitchum

Passionné de littérature et amoureux des belles lettres, John Huston, fils du célèbre comédien Walter Huston, fut d’abord l’un des plus grands scénaristes des années 30 (« L’insoumise » de Wyler, « Sergent York » de Hawks), avant de devenir dès les années 40 un cinéaste majeur d’Hollywood. D’abord réputé pour ses films noirs (« Le faucon maltais », « Key largo », « Quand la ville dort »), il deviendra par la suite le grand cinéaste du film d’aventures, genre qui lui permettra d’adapter nombre de grands écrivains (Melville, Gary, Kipling, Williams...). Se mettant à l’écart d’Hollywood durant la chasse aux sorcières, il multiplie alors les tournages à l’étranger, ce qui deviendra vite une habitude de vie pour cet érudit curieux des autres et du monde. Oscarisé en 1949 pour « Le trésor de la Sierra Madre », il bénéficie en outre au début des années 50 de l’immense succès de son film « L’odyssée de l’African Queen » (1951) qui lui permet, après quelques piges plus ou moins concluantes (« Moulin rouge », « Plus fort que le diable ») de se lancer dans le projet qui lui tient le plus à cœur, à savoir la folle adaptation cinématographique de l’immense roman « Moby Dick » de Melville. Ce qu’il finira par faire en 1956 après un tournage qui se révèlera particulièrement compliqué et des plus éprouvant.

 

« Êtes-vous sûr que c’est à Dieu que vous obéissez et non à votre désir de participer aux combats ? »

 

Dieu_seul_le_sait_Deborah_Kerr

Souhaitant revenir à plus de simplicité et de légèreté, il (re)part aussitôt pour Trinité-et-Tobago pour tourner « Dieu seul le sait », une comédie dramatique adaptée d’un roman de Charles Shaw. Soit l’histoire d’un soldat américain et d’une nonne coincés sur une île du Pacifique aux mains des japonais pendant la Seconde guerre mondiale. Seuls contre tous. Une sorte de huis clos à ciel ouvert, dans les paysages exotiques et luxuriants d’une île mélanésienne. Reprenant avec beaucoup de liberté la trame de « L’odyssée de l’African Queen », John Huston filme ici avec beaucoup de subtilité l’étrange face-à-face de deux êtres que tout oppose et que rien ne prédestinait à devoir cohabiter. De façon très symbolique, chacun des deux protagonistes représente ainsi une valeur fondamentale de l’Amérique : l’armée et la religion Chrétienne. Deux univers diamétralement différents mais dans lesquels il voit d’audacieuses similitudes (une foi, une discipline, un sacrifice, une raison d’être). Surtout, il filme avec beaucoup de finesse l’histoire d’amour impossible entre ceux deux êtres à la croisée des chemins, ramenant la guerre environnante à des enjeux beaucoup plus minimalistes. Comme une sorte d’épreuve de foi ou de tentation ultime (érotisme discret de la scène où Allison soigne Sœur Angela) pour ces deux personnages que le destin veut irrémédiablement séparer. Une parenthèse dangereuse mais enchantée, donc, en ces temps troublés en tout point. Rarement une nonne n’aura été aussi sensuelle à l’écran que Deborah Kerr (qui était déjà troublante dans un rôle un peu similaire dans « Le narcisse noire ») face à un Robert Mitchum qu’on avait rarement vu aussi tendre. A n’en point doute, il s’agit sans doute là d’un des plus beau couple du cinéma Hustonien. Un film lumineux.

 

Heaven_knows_Mr_Allison

 

****

 

Le DVD : Le film est présenté en version restaurée dans un nouveau Master Haute-définition, en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné de « Amour interdit », présentation et analyse du film par Pierre Murat, responsable cinéma à Télérama (27 min.). Le livret « John Huston, à la recherche du paradis perdu » (36 pages) est également inclus.

 

Edité par Rimini Editions, « Dieu seul le sait » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 22 mai 2018.

 

La page Facebook de Rimini Editions est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!