Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 Oct

Vers sa destinée

Publié par Platinoch

Un grand merci à BQHL Editions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Vers sa destinée » de John Ford.

 

Vers_sa_destinée

« Mes amis m’ont poussé à me présenter à ces élections. Mes idées sont douces comme une vieille chanson »

 

Sa fiancée décédée, le jeune Abraham Lincoln jure sur sa tombe faire carrière selon ce qu’elle attendait de lui. Devenu avocat, il s’installe à Springfield. A l’occasion de la fête nationale, il prend la défense des frères Clay que tout accuse du meurtre du shérif adjoint. Un procès à priori perdu d’avance tant les charges sont accablantes. Refusant que la mère des accusés envoie l’un de ses fils à potence pour sauver l’autre, Lincoln déjoue les pronostics, tirant profit de chaque détail afin d’arracher ses clients à la corde qui lui est promise…

 

« Le problème quand chacun veut rendre justice soi-même, c’est qu’à la faveur de l’excitation et du désordre, on peut se mettre à pendre des innocents par erreur. En groupe on fait des choses qu’on oserait pas faire seul »

 

VErs_sa_destinée_Lincoln

Figure majeure de l'Histoire du cinéma américain, qu'il traversera sur plus d'un demi-siècle du cinéma muet à la fin de l'ère des studios, John Ford restera le cinéaste des petites gens et des grands espaces. Trop souvent résumé à ses seuls westerns, genre qu'il affectionnait particulièrement et dont il contribua à écrire quelques-unes de ses plus belles et nobles pages (« La prisonnière du désert », « La charge héroïque », « Les cavaliers »...), on en oublierait presque que Ford fut avant tout un formidable conteur et qu'il mit aussi beaucoup son talent au service de chroniques sociales poignantes (« Les raisins de la colère », « Qu'elle était verte ma vallée », « La route du tabac »). Mais Ford, qui était fils d'immigrés irlandais, fut aussi un observateur passionné de l'Histoire et du fonctionnement politique de son pays qu'il traita tantôt avec idéalisme (« L'homme qui tua Liberty Valance », « La dernière fanfare ») tantôt avec humanisme (« Les Cheyennes »). C'est ainsi qu'après s'être intéressé à ses assassins dans « Je n'ai pas tué Lincoln » (1936), il s'intéresse à l'emblématique Président américain trois ans plus tard avec « Vers sa destinée ».

 

« Je ne suis pas homme à changer de monture au milieu du gué »

 

Vers_sa_destinée_Henry_Fonda

Mais il ne sera pas question ici de traiter du Lincoln Président, du leader Yankee victorieux de la Guerre de Sécession ni de son assassinat. Autant de thèmes déjà largement traités qui n'intéressent pas ici le cinéaste qui, en homme du peuple attaché à ses racines, préfère se focaliser sur la jeunesse de Lincoln et son cheminement intellectuel et moral qui le conduira sur le chemin de la présidence. Une approche originale très intéressante - bien qu'un peu idéalisée - qui nous présente le jeune Abraham Lincoln à peine sorti de l'adolescence, encore poupon et mal assuré, comme un homme du peuple (par opposition à l'élite aristocratique) qui n'a pas eu accès aux études autant qu'il l'aurait voulu. Un homme simple donc, travailleur, qui surmontera plusieurs drames (la perte de sa mère puis plus tard de sa fiancée) et qui se formera tout seul au Droit grâce aux livres, se forgeant ainsi des convictions farouchement humanistes. Ce qui vient forcément abonder le mythe du Rêve américain en rappelant que l'Amérique reste la Terre de tous les possibles pourvu qu'on s'en donne la peine. Mais surtout, ce qui passionne ici Ford, c'est l'aura de son personnage, mélange de courage, de pragmatisme et de profonde humilité, qui n'hésite jamais à donner de sa personne pour empêcher une injustice (qu'il s'agisse d'un lynchage ou d'un procès perdu d'avance) et qui parvient toujours à se faire écouter et à convaincre. Et même si Ford mélange plusieurs affaires dans la séquence - d'ailleurs truculente - du procès, c'est pour mieux asseoir Lincoln comme un symbole de  sagesse et de justice, participant ainsi à sa mythification. Le jeune Henry Fonda, qui trouve là son premier grand rôle au cinéma, prête merveilleusement la douceur de ses traits et son allure gauche et dégingandée à ce personnage mythique et hors norme. Quant à Ford, il signe là une formidable hagiographie qui illustre parfaitement le principe qu'il développera vingt-cinq ans plus tard dans « L'homme qui tua Liberty Valance », à savoir quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende.

 

Vers_sa_destinée_John_ford

 

***

 

Le DVD : Le film est présenté en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation du film par Noël Simsolo, d’une « leçon de cinéma avec par Jean Douchet » (17 min.) et de « La violence et la loi » : entretien avec Jean Collet (38 min.). Un livret de 16 pages vient compléter cette édition.

 

Edité par BQHL Editions, « Vers sa destiné » est disponible en DVD depuis le 25 septembre 2018.

 

Le site Internet de BQHL Editions est ici. Sa page Facebook est ici.

Commenter cet article

Archives

À propos

Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!