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01 Mar

No room for the groom

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Comédies

Un grand merci à Elephant Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « No room for the groom » de Douglas Sirk.

 

No_room_for_the_groom

« Pour vous marier, il y a McCoy pour le prix ou McCain pour le délai. Personnellement, j’ai déjà essayé les deux ! »

 

Alvah, jeune GI, s’enfuit à Las Vegas avec Lee, la fille de sa femme de ménage, et les deux tourtereaux se marient. Mais Alvah est malade et la nuit de noce sera pour plus tard… beaucoup plus tard en réalité, puisqu’il part combattre en Corée. Quand une permission lui permet de rejoindre son épouse, les choses ne vont guère mieux. Sa maison est investie par sa belle-famille, qui ignore encore tout du mariage…

 

« Il n’y a décidément aucun endroit dans cette maison où l’on peut être seuls »

 

No_room_for_the_groom_Tony_curtis

En ce début des années 50, Douglas Sirk vit une situation paradoxale. Lui qui fut l’un des plus grands metteur en scène de théâtre de l’Allemagne des années 20 puis l’un des réalisateurs phare des studios de la UFA des années 30 est désormais devenu un réalisateur quasi anonyme à Hollywood. Il est de surcroit rejeté par la communauté allemande de Hollywood, qui lui reproche d’avoir collaboré avec le régime nazi et d’avoir tardé à fuir, et ne doit son salut professionnel qu’au succès de son premier film américain, « Hitler’s madman » (1943), petite production indépendante mais remarquée, qui lui permet de mettre un terme à l’ostracisme des grands studios américains à son encontre. Dès lors, il multipliera les projets, tournant des films en costume (« L’aveu », « Scandale à Paris ») et des films noirs (« Des filles disparaissent ») pour des petits studios indépendants. Jusqu’à être embauché par la Universal au début des années 50. C’est là qu’il tournera entre 1953 et 1959 ses grands mélodrames flamboyants qui feront son succès. Mais avant cela, il y tournera une série de petits films légers, qu’il considère lui-même comme une série de contes moraux.

 

« Les gens sont si occupés à gagner de l’argent et à le dépenser qu’ils en oublient les valeurs morales et les sentiments »

 

No_room_for_the_groom_Douglas_Sirk

Ainsi, après « The lady pays off » et « Week end with father », il débute l’année 1952 avec « No room for the groom », délicieuse comédie dans laquelle un jeune conscrit américain aura du mal à faire valoir ses droits de jeune marié auprès de sa belle-famille qui abuse de sa générosité. A première vue, Sirk signe là une comédie terriblement efficace qui joue sur l’accumulation des malchances de son héros (la varicelle qu’il déclare pendant sa nuit de noces, l’occupation de sa maison par sa nombreuse et envahissante belle-famille, le harcèlement en règle de son jeune neveu) et sur la dimension burlesque de la plupart des situations dans lesquelles le héros tente de se rapprocher de sa femme. Mais à y regarder de plus près, Sirk - comme il en développera l’habitude - en profite pour attaquer les symboles de l’ « American way of life » dont il dénonce l’hypocrisie. Et ici, il charge clairement l’institution du mariage, acte social qui ne doit servir selon l’horrible belle-mère qu’à sortir de sa condition et à s’élever socialement. Il charge aussi le libéralisme économique, prêt à toutes les compromissions morales (comme de tenter de faire passer le jeune héros pour un aliéner afin d’invalider ses décisions et mieux le spolier) pour générer toujours plus de dollars. Ce dollar qui, pour certains personnages du film, reste le symbole ultime de réussite et de bonheur, loin des élans du cœur. Porté par d’excellents acteurs, en tête les débutants Tony Curtis et Piper Laurie, ce « No room for the groom » s’impose comme une comédie très efficace qui atteint, mine de rien et contre toute attente, des sommets de corrosivité.

 

No_room_for_the_groom_Piper_Laurie

 

***

 

Le DVD : Le film est présenté dans un Master Haute-Définition, en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné d’un entretien passionnant et inédit (60 min.) avec Denis Rossano,  biographe de Douglas Sirk, qui revient  sur la vie du cinéaste et sur son œuvre. Il est également accompagné de Bandes-annonces et d’une Galerie photos.

 

Édité par Elephant Films, « No groom for the room » est disponible en DVD depuis le 28 janvier 2020.

 

La page Facebook de Elephant Films est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!