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29 Sep

Le doulos

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

Un grand merci à StudioCanal pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Le doulos » de Jean-Pierre Melville (test réalisé à partir d’un lien de visionnage).

 

Le_doulos

« Je téléphonais au cimetière. Pour retenir une place au cas où tu ne serais pas sage ! »

 

A sa sortie de prison, Maurice Faugel apprend le meurtre de sa femme et, consumé par le désespoir, tue le receleur chez qui il logeait avant de lui voler ses bijoux. Puis, il prépare un casse avec son complice Rémy et demande l'aide de Silien pour le matériel. Ce dernier, appelé le doulos, est craint par tous car on le prend pour un indicateur de la police.

 

« Cela aurait été difficile de le tuer s’il ne s’était pas retourné. Mais son regard était de trop : on ne braque pas un revolver sur un ami »

 

Le_doulos_Serge_Reggiani

Figure incontournable du cinéma français des années 50 et surtout 60, Jean-Pierre Melville est avant tout un passionné qui ne sort pas du sérail : il n'a pas étudié le cinéma ni fait son apprentissage aux côtés de grands réalisateurs. Cet ancien résistant, qui a rejoint la France libre a Londres avant de prendre part à plusieurs campagnes de l'armée française (libération de l’Italie, débarquement de Provence), va au contraire cultiver une certaine indépendance, faisant très vite le choix de produire lui-même ses films ou de monter ses propres studios. Si l'occupation de la France aura durablement marqué son œuvre (il lui consacre un triptyque composée du « Silence de mer », « Léon Morin prêtre » et « L'armée des ombres »), son nom restera néanmoins surtout associé aux films de gangsters, dont il signera quelques sommets comme « Le deuxième souffle », « Le samouraï » ou « Le cercle rouge ». Mais en ce début des années 60, le réalisateur cherche encore à affirmer son propre style, après s’être essayé à plusieurs reprises de gangsters (« Bob le flambeur », « Deux hommes dans Manhattan ») sans toutefois réussir à imposer sa propre patte. 

 

« Je crois que je vais arrêter. Dans ce métier, on finit toujours clochard ou alors avec quelques balles dans la peau »

 

Le_doulos_Jean_Paul_Belmondo

Mais en 1961, alors que son projet « Les don Juan » tombe à l'eau, il se lance dans la réalisation du « Doulos ». Adaptation du roman éponyme de Pierre Lescou paru en 1957, le film est une plongée dans le monde des truands parisiens qui s’articule autour d’un casse qui tourne mal et d’un mystérieux personnage, considéré comme un « doulos » (comprendre un indic), dont on ne sait jamais véritablement de quel côté il se trouve ni dans quel sens il choisira d’agir. C’est d’ailleurs là toute l’originalité de ce film et de son excellent scénario, qui ne s’intéresse pas tant au butin en jeu mais davantage aux relations complexes et ambigües qu’entretiennent entre eux les principaux personnages du récit. Difficile en effet, en dépit de leur réputation, de savoir qui parmi eux est un salaud et qui n'en est pas un. De savoir qui joue les manipulateurs ou les traitres. Pour la première fois, Melville parvient à poser les bases de ce qui sera son style caractéristique en exposant ses principales obsessions pour le monde de la nuit et les univers interlopes. Mais plus encore, s’il dessine là une trame qu’il reprendra dans la plupart de ses films suivants (des histoires de trahison qui engendrent des quêtes de vengeance), il y esquisse surtout l’archétype de ce qui sera le héros melvillien par excellence, personnage d’une redoutable droiture bien qu’il soit du mauvais côté de la loi, et dont la vie semble obéir à une vision quasi romantique de l’honneur et de l’amitié, qui confère parfois à une forme de nihilisme. En cela, le personnage de Silien - qui peut légitimement être ami avec un gangster comme avec un flic tant que ces derniers partagent le même code de l’honneur que lui - porte déjà en lui les traits de caractère qui feront le charme de Gu (« Le deuxième souffle ») et surtout de Costello (« Le samouraï ») quelques années plus tard. La grande classe.

 

Le_doulos_Jean_Pierre_Melville

 

***

 

Le blu-ray : Le film est présenté dans un Master Haute-Définition, en version originale française (2.0) ainsi qu’en version allemande (2.0). Des sous-titres français pour malentendants, anglais et allemands sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné du Documentaire « Naissance du polar à la Melville » (32 min.).

 

Edité par StudioCanal, « Le doulos » est disponible en blu-ray depuis le 1er septembre 2020.

 

Le site Internet de StudioCanal est ici. Sa page Facebook est ici.  

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!