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19 Mar

3h10 pour Yuma

Publié par platinoch  - Catégories :  #Westerns

« On voit des hommes dix ans sans les remarquer, alors que d’autres ne font que passer et vous marquent toute une vie »

Suite à l’attaque d’une diligence dans le désert qui aura mal tourné et qui aura coûté la vie à un homme, un chef de gang est arrêté au saloon de la ville la plus proche. Ce dernier, qui a laissé partir discrètement ses hommes pour ne pas éveiller de soupçons, aura commis l’imprudence de trop s’attarder pour les beaux yeux de la serveuse. Pour toucher une prime importante et pour retrouver grâce aux yeux de ses enfants qui ont, comme lui, assistés, impuissants à l’attaque, un paysan au bord de la faillite accepte la proposition du shérif d’escorter le criminel Ben Wade à la gare de Contention City, d’où il prendra le train du lendemain, le 3h10 pour Yuma, qui le conduira au pénitencier. Redoutant plus que tout une tentative des hommes de Wade pour libérer leur chef, le shérif décide de monter une diversion, faisant croire que lui et ses hommes escortent Wade, et ce dans une autre direction, afin de laisser le plus de champ possible à Dan Evans, le fermier, pour mener sans encombre le prisonnier jusqu’à la prison. Mais malgré toutes les précautions prises jusqu’alors, la bande de Wade retrouve sa trace et assiège rapidement l’hôtel où il Evans le garde. Et ces derniers semblent prêt à tout pour libérer leur chef… 

« La rue se vide. Les gens rentrent chez eux. Ils craignent peut-être une tornade. Qu’en penses-tu, Dan ? »

 

Classique parmi les classiques du genre du western, « 3h10 pour Yuma » est signé du réalisateur Delmer Daves. Réalisateur éclectique, on lui doit notamment des films comme « Les passagers de la nuit » (1948) avec Bogart et Bacall, ou « Les gladiateurs » (1953) avec Victor Mature. Si Daves n’est pas considéré formellement comme l’un des réalisateurs majeurs du western, « 3h10 pour Yuma » n’est cependant ni son unique ni sa première incursion dans ce genre, puisqu’il a signé au total une dizaine de westerns dont « La flèche brisée » (1950), « L’aigle solitaire » (1954), « La dernière caravane » (1956), « Cowboy » (1958), ou encore « La colline des potences » (1959) avec Gary Cooper. Sorti sur les écrans en 1957, « 3h10 pour Yuma » est le cinquième western réalisé par Daves. Inspiré d’une nouvelle d’Elmore Leonard, le film s’inscrit dans un style de westerns en vogue dans les années 50 et 60, privilégiant la psychologie et les rapports entre les personnages à l’action proprement dite. Le film fera l’objet d’un remake parfaitement homonyme, réalisé par James Mangold (« Walk the line »), et interprété par Russell Crowe et Christian Bale, qui sortira sur nos écrans dans quelques semaines. 

« J’aimerai bien avoir une femme comme la tienne. Mais moi, contrairement à toi, je la gaterai, je lui offrirai de jolies choses. Et la ferai travailler moins dur. C’est sûr, elle devait être bien jolie avant de te rencontrer »

Dès les premières minutes (et la chanson du générique), on se rend compte que l’ombre du « Train sifflera trois fois », chef d’œuvre de Fred Zinnemann porté par Gary Cooper cinq ans plus tôt, plane sur ce « 3h10 pour Yuma ». Il faut dire que le scénario porté à l’écran par Delmer Daves en possède la plupart des caractéristiques : une ambiance pleinement désenchantée, une lent compte à rebours avant un éclatement de violence final, et surtout un personnage principal, héros désabusé, embarqué dans une aventure à priori trop grande pour lui, mais porteur jusqu’au bout d’une vertu qu’il ne bafouera pas, même seul contre tous et face au plus méphistophélique des criminels. Une image de héros à la probité irréprochable comme l’Amérique les aime tant, incorruptible, motivé dans un premier temps par l’appât du gain, avant de se sentir finalement investi d’une mission morale, qui n’est pas sans rappeler le shérif Will Kane du « Train sifflera trois fois ». Peut commencer alors son face à face avec le criminel Ben Wade, personnage malin et séduisant qui tentera de le corrompre pour obtenir sa liberté par des menaces et des pressions physiques, psychologiques, et morales (en lui proposant de l’acheter), qui constitue tout l’intérêt de ce film. Une joute verbale et psychologique donnant lieu à des scènes fortes, aussi jouissives (le repas de famille auquel Wade est invité à prendre part) qu’émouvantes (les scènes avec l’épouse de Evans, le final). Car au-delà de la tension palpable entre les deux hommes, il en ressort surtout une partie de poker-menteur, de bluff constant, qui abouti à un étonnant dénouement, où chacun des deux personnages gagne le respect de l’autre

« Mes fils se rappelleront que c’est leur père qui a mené Ben Wade jusqu’à la gare »

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Côté réalisation, « 3h10 pour Yuma » se montre d’un très grand classicisme, qui n’en demeure pas moins efficace. La recette du « Train sifflera trois fois » semble avoir été largement assimilée par Delmer Daves qui reprend – avec succès – plusieurs de ces éléments à son profit, telle la parfaite linéarité du récit qui joue également sur une notion de décompte du temps (accentuant une sensation de pression), ainsi que la fusillade finale dans les rues désertes de la ville. Les relativement faibles moyens financiers dont a bénéficié le film ont limité les ambitions de Daves, obligé de donner une place plus importante à son huis-clos dans la chambre d’hôtel. Mais avec beaucoup d’intelligence et de talent, celui-ci à su exploiter cette contrainte pour nous développer à bon escient ce combat psychologique âpre opposant les deux personnages centraux du film. Il peut également s’appuyer sur deux interprètes exemplaires. Tout d’abord Glenn Ford, génial en tentateur diabolique, à la fois séduisant et flippant. Et Van Heflin, ensuite, habitant totalement son personnage, à la fois doué d’une force de caractère incroyable et d’une fragilité contenue. Ces deux grands comédiens, auteurs d’une performance flamboyante, confèrent à ce face à face toute sa puissance et son charme. Si le film a un petit peu vieillit, il reste néanmoins un des grands classiques du genre du western. A voir, pour la maitrise de la réalisation de Daves, et surtout pour l’incroyable duel opposant Glenn Ford à Van Heflin.   



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Bob Morane 20/03/2008 12:24

Pour autant, j'ai été quelque peu déçu par l'intrigue et par la mise scène. Seul les deux acteurs sauvent le film, ainsi que leur face à face. Que sera le remake ?

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!