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08 Jan

Actrices

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« Tu as tout ce que tu voulais et maintenant tu te plains et tu pleures »

 

Marcelline, la quarantaine, s’apprête à endosser le rôle de Natalia Petrovna dans la pièce de Tourgueniev, « Un mois à la campagne », montée dans un grand théâtre parisien. Un personnage tourmenté qui finit par la hanter, lui rappelant sa vie insatisfaite, sans mari et sans enfants. De répétitions poussives en crises d’angoisse existentielle, Marcelline s’enferme un peu plus dans un repli sur elle-même, incapable de communiquer et d’échanger avec les autres, essayant de comprendre pourquoi et comment elle en est arrivé là…

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« Saint Vierge, donnez moi un enfant, et je renoncerai à la gloire et aux honneurs »

 

Projet tragi-comique ambitieux et original, « Actrices » était d’autant plus attendu au tournant qu’il était encensé par la critique réputée « intello » (Inrocks, Libération, Télérama, Nouvel Obs) depuis plusieurs mois. Seconde réalisation de Valéria Bruni-Tedeschi après « Il est plus facile pour un chameau » (2003), ce « Actrices » s’annonçait – en partie – beaucoup plus autobiographique et introspectif. C’était également l’occasion pour la réalisatrice de retrouver son éternelle complice Noémie Lvovsky (réalisatrice du récent « Faut que ça danse ! » où Bruni-Tedeschi était interprète), qui co-signe ici le scénario et joue un rôle secondaire. Un aspect familial qui semble omniprésent dans ce projet puisque celui-ci prend pour décor le Théâtre des Amandiers de Nanterre, où la réalisatrice a débuté sa carrière de comédienne dans les années 80, et  que la plupart des comédiens gravitant autour d’elle sont des gens qui lui sont proches, qu’ils soient d’anciens camarades de théâtre avec qui elle a débuté (Laurent Grévill, Olivier Rabourdin), ou directement de sa famille (sa maman, Marisa Borini). Pour la petite anecdote, la trame du film s’inspire d’une histoire vraie, puisqu’en 2000, Valéria Bruni-Tedeschi interprétait sur scène le rôle de Natalia Petrovna, un rôle dans lequel elle n’arrivait pas à rentrer et qui lui a valu de se faire congédier et remplacer par l’assistante du metteur en scène. Le film a été présenté au dernier Festival de Cannes dans la catégorie « Un certain regard », d’où il est reparti avec le Prix Spécial du Jury.

 

« Vous avez peur de moi, je le sens bien. Apprenez à me connaître, et vous n’aurez plus peur »

 

Entre psychanalyse et portrait ironique et critique du milieu des théâtreux, Valéria Bruni-Tedeschi nous propose un film fantaisiste tragi-comique, sorte de bric-à-brac fourre-tout qui sent à plein nez la grosse fumisterie. A commencer par la maladroite mise en abîme entre Natalia Petrovna et Marcelline, dont on comprend qu’elle est un double fictionnel (en plus demeurée et excitée) de la réalisatrice. Expression de ses frustrations de femme (la quarantaine, réussite professionnelle et artistique pour laquelle elle a sacrifié sa vie de femme – elle n’a pas de mari ni d’enfants) et de comédienne (impossibilité d’interpréter le personnage de Natalia Petrovna), la psychanalyse à laquelle se livre ici la réalisatrice aurait pu être un exercice intéressant. A condition de ne pas sombrer dans l’auto complaisance et les lieux communs (désir tardif d’enfant au moment où on lui annonce que son horloge biologique a lancé le compte à rebours, figure du père trop importante, amour de jeunesse décédé accidentellement, mère écrasante). Il en va de même pour ses frustrations de comédienne, qui lui servent surtout à fustiger de manière plus générale le milieu du théâtre. Milieu d’égoïstes, d’intellos pédants, d’arrivistes, de gens sûrs de leur génie qui en deviennent autoritaires, et de frustrés à la rancœur tenace. Là encore, c’est un portrait original. A condition de ne pas avoir vu « Le goût des autres » (Jaoui – 2000) ou d’autres films plus récents comme « La vie d’artiste ». La psychanalyse aboutit à un désir de liberté partagé tant par la femme que par l’actrice (dans sa façon d’agir, de s’assumer, de refuser de se faire diriger), et qui se traduit à l’écran par une détestable mise en scène où l’incohérence règne dans la succession des scènes et où le récit se retrouve complètement disloqué, sans unité de rythme et sans cohérence thématique.

 

« - Vous avez un mari, des enfants, vous êtes folle ?

  - Je suis prêt à les abandonner pour un seul baiser de vous »

 

 

Tout cela ne poserait peut-être pas de problème sur un film au format assez court, mais pour un film dépassant les 2h, l’ensemble devient très vite insupportable et imbuvable, et tenir jusqu’au bout du film relève du chemin de croix. D’autant que les défauts de rythme sont en parti dus à des longueurs invraisemblables où la réalisatrice a cru bon de laisser livre court à sa folie le temps de scènes inutiles (le coup de la piscine ou de la fuite en avant). A cette mise en scène boursouflée s’ajoute une interprétation étonnamment bas de gamme. Valéria Bruni-Tedeschi, pourtant si charmante et talentueuse, n’arrive pas ici à briller. Mathieu Amalric est comme à son habitude assez énervant, et surtout Louis Garrel confirme son statut de quiche du cinéma national. Laid et sans aucun charisme, sa présence à l’écran reste un des grands mystère de ce début de siècle. Dans un genre totalement excessif, c’est à la rigueur Noémie Lvovsky qui s’en sort le mieux.

 

« Ce qu’il vous manque, ce sont les battements de cœur. Ils sont trop lents. Vous n’êtes pas amoureuse, mais ce n’est pas grave »

 

Au final, loin de toutes les dithyrambes faites par la presse, « Actrices » se révèle être l’archétype du film d’auteur français, prétentieux, creux et assommant. Ami lecteur assidu et enthousiaste des « Inrockuptibles », ce film est fait pour toi ! Pour les autres, il y a vraiment peu de choses à sauver de ce film qui partait pourtant d’un assemblage de bonnes idées. Cette psychanalyse aurait même pu être intéressante si elle avait été mieux amenée, moins foutraque, et plus profonde que la simpliste rengaine « j’ai la quarantaine, pas d’enfants et pas d’homme, au secours, qu’ai-je fait de ma vie ? ». Mais comme hélas, dans ce film tout est tellement nombriliste, la démarche est vaine et ne parvient jamais à faire entrer le spectateur dans ce film, qui restera probablement comme la plus grosse déception de ces derniers mois.



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Melissa 18/01/2008 15:23

Ha, je sais pas, j'ai trouvé ça pas mal même si ça m'a rappeler le mauvais Faut que ça danse. Beaucoup apprécier toute la partie autour de Louis Garrel et Valeria Bruni-Tedeschi, après, c'est vrai que c'est souvent tiré par les cheveux et la bande annonce était trop bien pour le film !

VincentLesageCritique 16/01/2008 12:26

Entièrement d'accord sauf sur un point. Tout lecteur des Inrocks ne sera pas forcément enthousiaste pour ce... film (?!), la preuve, moi !
Néanmoins, c'est vrai, "Actrices" tient plus de la psychanalyse perso que du cinéma, et forcément ça sombre dans le nombrilisme névrosé.
Ajoutons à "insipide", le mot "insignifiant" qui correspond plutôt bien aussi, non ?

Platinoch 08/01/2008 21:00

Insipide!!!
Tu as trouvé le mot exacte auquel je n'ai pas pensé pour parler du film...merci!

Bob Morane 08/01/2008 20:22

Une fois encore, je partage complètement ton avis. Long, insipide, énervant, insupportable... je n'en pouvais plus de cet interminable débilité, nombirliste, bobo, Stop ! n'en jetons plus, ça n'en mérite pas autant.

Fritzlangueur 08/01/2008 17:56

La première partie était plutôt fun et amusante, mais quand on entre dans son délire qui relève un peu de la psychiatrie, ça se gâte et l'on s'ennuie ferme...

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