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12 Aug

Adieu Cuba

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films Politiques-Historiques

Avec sa faible campagne publicitaire, ses bandes-annonces et affiches passant quasiment inaperçues, et l'absence presque totale de critiques dans la presse spécialisée - vacances oblige! - j'étais très curieux de voir cet "Adieu Cuba", réalisé par le comédien d'origine cubaine Andy Garcia. D'autant que le sujet de la révolution cubaine traité par cet américain ayant fuit le Castrisme, et la distribution hétéroclite et néanmoins très prestigieuse (Andy Garcia et donc Bill Muray et Dustin Hoffman) semblaient très prometteuse. Accompagné du fidèle et néanmoins guevarriste petit Kiki, je pars pour une séance de milieu d'après-midi qui se révèlera bien plus polémique qu'elle le laissait penser au départ!!! Présentation donc...

"Qu'elle était belle La Havane, on aurait du se douter qu'elle nous briserait le coeur"

Basé sur un procédé simple, à savoir de raconter une tranche d'Histoire d'un pays et d'un peuple à travers la destiné de quelques personnages, "Adieu Cuba" retrace ainsi le passage du régime de Batista à celui de la Révolution Fidéliste en 1958. Celui-ci est vu au travers du destin de Fico Fellove, un bourgeois, gérant de cabaret à la mode, et de ses deux frères. Tiraillé entre sa position sociale privilégiée, sa profession qui l'oblige à côtoyer les fidèles du régime en place, sa famille acquise aux idées de la démocratie, et ses frères aux tendances plus révolutionnaires, ce film met retranscrit assez bien tous les débats et les incertitudes qui pouvaient régner dans une Havane pré-fidéliste où les tensions et la Révolution sont déjà palpables.

" - Tu payes maintenant? - On finit toujours par payer"

Le problème lorsqu'un réalisateur traite d'un sujet historique aussi sensible et polémique, c'est que les critiques deviennent très vite manichéennes, voyant ou tout blanc ou tout noir. Car avant d'être un film politique, "Adieu Cuba" est un film sur les déracinés, ceux qui sont obligés de quitter leur terre et de laisser leurs familles et leurs biens, autrement dit leurs vies, derrière eux pour survivre. Et ce sujet est d'autant plus fort que le réalisateur a vécu cette expérience étant enfant, et cela se ressent dans cette réalisation sensible et à fleur de peau. Bien sûr Andy Garcia utilise (abuse?) nombre de clichés (des bars et cabarets à musique cubaine assez classes, aux décors de rêves des plages de sable fin et des villes colorées avec leurs voitures chromées) que certains n'hésiteront pas à souligner pour critiquer profondément la forme du film. Mais pour traiter d'un personnage qui laisse son paradis derrière lui, la carte postale qu'il nous propose ne me semble finalement pas si choquante. Car au fond cet "Adieu Cuba" se présente comme un cousin pas si éloigné du grand "Casablanca" par la forme et le fond. La love story n'a ainsi peut être pas un intérêt énorme. Mais comme la carte postale, elle renforce la solitude finale du personnage et la cruauté des décisions que le destin l'oblige à prendre.

 "Pourquoi organiser des élections alors que les résultats sont connus d'avance???"

La vrai critique que certains pourront faire à ce film, c'est la vision très parcellaire qu'elle donne de cette époque à Cuba puisqu'elle est vue par le prisme étroit d'un bourgeois mondain et privilégié de La Havane. Mais ce sont ces gens de la classe moyenne qui ont eu conscience du danger politique qui s'annonçait et qui ont perdu le plus. De même ce sont les seuls qui ont eu les moyens de partir. Ceci rend forcément le portrait de "l'icône" Che Guevarra partial et lourdement chargé de reproches. Le petit Kiki qui était avec moi était d'ailleurs lui-même assez dérangé par le procès à charge fait du révolutionnaire. Néanmoins, 50 ans après la Révolution qui a instauré une dictature qui dure toujours avec les excès qu'on lui connait, les portraits dressés par Andy Garcia sont-ils si éloignés de la vérité que cela?

"Je lève mon verre à un Cuba pluraliste, démocratique et libre"

Quoi qu'il en soit, Andy Garcia a su réalisé un bon film, fort émotionnellement, un peu trop romancé peut-être, mais toujours efficace. La durée du film, dépassant allégrement les deux heures, reste un petit peu pesante, certaines longueurs se faisant vraiment trop sentir. La Bande Originale est cependant fantastique et apporte un rythme étonnement gaie et triste à la fois à cette histoire. L'interprétation est excellente, avec en tête Andy Garcia lui-même, à fleur de peau en héros tourmenté, amoureux, et désabusé, conscient de l'Histoire qui précipite son île dans des heures sombres. Bill Murray, comme à son habitude, brille parfaitement en écrivain énigmatique et aérien, et la sublime Ines Sastre est parfaite en amoureuse se laissant emportée dans les tourments de la Révolution. A noter la courte présence à l'écran du génial Dustin Hoffman.

" - Le temps joue contre nous, tu peux revenir et m'aimer à La Havane. - Tu peux aussi rester et m'aimer ici"

Au final, Andy Garcia nous livre un film romanesque et personnel, s'inspirant allégrement des films tels que "Casablanca". Il ne faut cependant pas le prendre pour ce qu'il n'est pas. En aucun cas, il ne s'agit d'un documentaire sur le Castrisme ou la Révolution de 1958. "Adieu Cuba" reste un histoire d'amour contrariée, pour une île que l'on quitte, pour un pays que l'on perd, pour une famille qui disparait, pour une femme qu'on ne peut retenir... Pour le reste, sa vision "politique" du Castrisme est subjective, et on peut ou non y adhérer sans que cela n'altère l'appréciation du film. Elle paraitra forcément discutable pour la plupart des spectateurs. Mais venant d'un réalisateur qui a du fuir ce régime, pouvait-on en attendre une autre vision? Si la longueur plombe par moments un peu l'ensemble, le film reste néanmoins émouvant et agréable. A voir.



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bobmorane75 13/08/2006 11:52

Enormissime !Encore une excellente critique dont je partage totalement le point de vu. C'est vrai que le costard taillé exagérément sur le Ché m'a coincé aux entournures, même s'il se veut le reflet plus général de l'ensemble du castrisme, dont je ne partage pas l'idéal qui n'a pas de différence avec toutes les autres dictatures de toutes tendances. La démocratie, toujours la démocratie, encore la démocratie !
Le petit Kiki

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!