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18 Aug

Adieu Gary

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« – Avec un syndicat ils vous auraient jamais fait ça.  – Vous en aviez un syndicat. Pourtant, l’usine elle a fermé quand même »

Au milieu de nulle part, une cité ouvrière vidée de sa population depuis quelques années déjà.
Pourtant, certains habitants ont décidé d'y rester, plus par choix que par nécessité, parce que c'est là qu'ils sont nés et qu'ils ont grandi. Parmi eux il y a Francis, l'ouvrier consciencieux qui continue d'entretenir la machine sur laquelle il a travaillé toute sa vie ; Samir, son fils, qui revient dans le quartier après une longue absence ; mais aussi Maria, la voisine, vivant seule avec son fils José qui veut croire que son père est Gary Cooper. Il va donc l'attendre tous les jours dans la ruelle de ce no man's land contemporain, qui ressemble à s'y méprendre à un décor de Western...

« Tout ce que je veux c’est essayer de faire ma vie, c’est tout. »

Si « Adieu Gary » est son premier long métrage, le jeune réalisateur Nassim Amaouche n’en est pas pour autant à son coup d’essai. Remarqué dès son premier court, « De l’autre côté », présenté en 2003 à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, puis avec son documentaire « Quelques miettes pour les oiseaux », présenté en 2005 aux festivals de Venise et de Locarno, Amaouche faisait clairement partie des jeunes cinéastes prometteurs à suivre. Quoi qu’il en soit, le travail du jeune réalisateur a semble-t-il convaincu Jean-Pierre Bacri de s’engager très tôt à ses côtés, puisque non content de tenir le haut de l’affiche du film, il en est également le producteur. Un film en forme de chronique sociale, qui rappelle que le réalisateur a à la base une formation de sociologue. Tourné en Ardèche, le film restera endeuillé par la disparition tragique du jeune comédien Yasmine Belmadi, 33 ans, décédé accidentellement quelques jours avant sa sortie en salles. Aperçu chez Ozon (« Les amants criminels »), Lishfitz (« Wild side ») ou encore Jolivet (« Filles uniques »), il trouve ici son dernier rôle.

« J’ai pas envie de faire le tapin pour  mille euros par mois. On est pas obligé de se laisser traiter comme des cons »

Une voie de chemin de fer rurale, une ville centrée sur sa rue principale et déserte, des habitants aux aguets, un jeune homme qui sort de prison et qui se rend en ville : le décor est planté. Il ne manque plus que la silhouette bienveillante de Gary Cooper pour se croire dans un vieux western, façon « Le train sifflera trois fois ». Pourtant, si l’ombre du justicier, figure tutélaire de la défense de la veuve et de l’orphelin plane sur l’ensemble de l’œuvre, celui-ci ne viendra jamais. Et pour cause. Il n’y a plus de place ici pour le justicier vengeur. Les temps ont bel et bien changé, sans espoir de salut pour les petites gens. Les habitants de ce village (qui rappellent un peu les personnages du « Marius et Jeannette » de Guédiguian, l’optimisme en moins) le savent bien, eux qui ont été rattrapés par les affres de la mondialisation. Leur usine va être délocalisée, laissant derrière elle une ville morte, sans repères, dans laquelle chacun semble avoir perdu sa place. Que ce soit cet ancien ouvrier syndiqué qui s’accroche à sa fierté de travailleur en réparant une dernière fois sa machine de travail avant qu’elle ne soit expédiée à l’autre bout du monde. Ou ses fils, à qui il a inculqué la dignité du travail, et dont la seule perspective d’avenir est d’aller réapprovisionner le rayon fromages du supermarché du coin. Ou encore sa voisine, qui sert de cobaye à des laboratoires pharmaceutiques peu scrupuleux pour pouvoir élever son fils. Dans tous les cas, le constat social est amer et sans perspective d’un avenir meilleur. La chronique d’Amaouche se révèle en cela juste et touchante. Mais souffre cependant sur sa forme d’une morosité et d’une lenteur parfois pesante. On en retiendra néanmoins les belles interprétations de Jean-Pierre Bacri, de Dominique Reymond et du jeune Yasmine Belmadi, dont la disparition tragique confère à sa prestation une puissance dramatique supplémentaire. A l’évidence, cet acteur avait beaucoup de talent. Petit OVNI dans la production actuelle, à mi-chemin entre l’hommage à un cinéma d’antan et la chronique sociale, « Adieu Gary » s’avère être un premier film précieux, aussi atypique que déroutant.

  



Commenter cet article

Melissa 23/08/2009 12:41

Quelle merveille ce film !

Bob Morane 22/08/2009 18:56

Il faut donc que je m'empresse d'aller le voir pour comparer nos impressions.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!