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18 Aug

Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

« On recherche Alfredo Garcia, il parle anglais, espagnol, et la langue fourrée »

 

Carlotta Films

Mexique. La fille d’un grand propriétaire terrien est enceinte alors qu’elle n’est pas mariée. La faute incombe à Alfredo Garcia, séducteur notoire, parti sans donner signe de vie. Après avoir fait torturé sa fille pour obtenir l’identité du coupable, le vieil homme exige qu’on lui apporte la tête d’Alfredo Garcia. Une prime d’un million de dollars est même prévue à cet effet. Alors que tous les chasseurs de prime de la région sont sur le coup, Benny, un pianiste de bar, se fait brancher sur l’info par deux chasseurs de primes américains en quête de tuyaux. Benny connaît Alfredo Garcia, mais ce que son enquête va lui révéler, c’est que ce dernier était l’amant de sa femme, Elita. Lorsque cette dernière lui apprend qu’Alfredo est mort et enterré suite à un accident, Benny passe donc un marché avec les américains pour leur rapporter lui-même sa tête. Entre l’attrait de la prime et la jalousie qui le ronge, il embarque Elita pour qu’elle le mène jusqu’à la tombe de ce dernier. Mais entre les autres chasseurs de primes qui le suivent et le manipulent, et Elita qui est réticente à l’idée de voir son mari profaner la tombe de son amant, le périple ne s’annonce pas aussi simple qu’il en avait l’air…

 

« Tu es un gentil gringo. Tu n’avais rien à faire dans l’armée »

 

Warren Oates. Carlotta Films

Sam Peckinpah restera toujours un réalisateur à part dans l’univers Hollywoodien. Ses films, caractérisés par une rare violence et une profonde noirceur, et peuplés d’antihéros loosers, se révèlent toujours comme des grands opéras tragiques, révélant le peu d’espoirs et d’estime que le réalisateur place en l’Homme, qui apparaît toujours comme un loup pour lui-même. On lui doit ainsi quelques chefs d’œuvres crépusculaires et profondément désespérés, comme « Coups de feu dans la sierra » (1962), « La horde sauvage » (1969), « Chiens de pailles » (1971), « Croix de fer » (1978), ou encore son dernier film, « Osterman week-end » (1984). Si « Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia » n’est ni son plus gros succès, ni son plus grand film, c’était l’occasion pour moi de découvrir l’un des films les plus méconnus d’un réalisateur que j’apprécie beaucoup.

 

« Ma chérie, ton « Primer Amor » a fait une erreur, et maintenant il vaut 10 000 dollars. J’aurais pu mourir à Mexico ou à Tijuana. Il n’y aura pas deux chances comme celle-là »

 

Warren Oates. Carlotta Films

Film d’une rare noirceur, « Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia » est à la croisée des genres et des thèmes fétiches de Peckinpah. Croisée des chemins d’un point de vue temporel tout d’abord, puisque le film commence sur un décor qui laisse présager d’une action se situant au 19ème siècle avant une rupture magistrale qui resitue l’ensemble dans les années 70. Croisée des chemins au niveau des genres également, puisque ce film de Peckinpah flirte avec plusieurs genres chers à l’auteur, tels que le western, le road movie, ou encore le film d’action. Cette épopée amère, qui sent le western moderne à plein nez, mène un minable pianiste de bar américain échoué au Mexique à tout sacrifier pour profaner une tombe. Si la quête est au départ motivée par la cupidité, le réalisateur joue subtilement sur l’ambivalence avec une motivation encore plus forte et qui va petit à petit prendre le dessus, à savoir le désir de vengeance. A partir de là, Benny va s’engager dans une spirale sans fin, où la violence et le désespoir montent crescendo, et où il va perdre petit à petit le peu de choses auxquelles il tient et qui le raccroche encore à la vie (l’amour). De cette croisade improbable, où la mort est latente dans chaque plan (omniprésence de grands espaces désertiques et caniculaires, tous les personnages sont porteurs d’une grande violence et d’une amoralité incroyable), la fin semble d’entrée évidente et inéluctable. De cette interminable chemin de souffrance, où il est obligé de porter constamment la tête de l’amant de sa femme, objet de sa jalousie et de sa propre perte, tel un boulet, le périple de Benny prend des allures christiques de chemin de croix, mais cette fois sans rédemption.

 

« Je laisserais sa tombe comme je l’ai trouvée. Il ne manquera à personne »

 

Warren Oates. Carlotta Films

Personnage désabusé par excellence, Benny est porteur de toute une thématique allégrement développée dans la filmographie de Peckinpah. Antihéros amer et looser d’un autre temps, et inadapté à son époque, façon « Coups de feu dans la sierra », Benny permet à son auteur de s’interroger de manière générale sur la violence, que ce soit celle, aveugle des Hommes et du monde, ou celle qui existe potentiellement en chaque être humain quel qu’il soit (thématique de « Chiens de paille »). De manière plus générale, sur la forme, et bien qu’ayant plus de libertés qu’à l’accoutumée (le sanguin Peckinpah a connu beaucoup de problèmes avec ses différents producteurs qui lui ont souvent imposé des coupures ou des retouches au montage. Ce film est à ce titre un des rares a ne pas avoir connu ce genre de déboires), Peckinpah n’innove pas réellement, son style s’appuyant sur une certaine lenteur (qui accentue ici l’effet de longue agonie, telle un dernier souffle avant la mort), des dialogues parfois décalés, et surtout une violence visuelle de tous les instants. Outre les nombreux et spectaculaires gunfights (qui restent un cran en-dessous de « La horde sauvage »), le réalisateur nous donne à voir également un viol (plus édulcoré que dans « Chiens de paille »). Mais plus que tout, cette fois Peckinpah va appuyer le côté glauque et crasseux de la violence : entre cette omniprésente tête (qu’on ne voit jamais) mais qui est portée, telle un fardeau, dans un linceul, les mouches qui tournent autour, et l’allure minable de Benny, porté par des vêtements salis à grands coups de terres, de poussière, de sang, de sueur et d’alcool. Dommage que la photographie et la qualité visuelle générale du film soit aussi repoussante.

 

« Pourquoi continuer à te tirer dessus ? Parce que ça fait tellement de bien !!! »

 

Pour cette production plus intimiste, Peckinpah a confié le personnage central de Benny à Warren Oates, éternel second couteau du cinéma indépendant américain et habitué des films de Peckinpah (« Coups de feu dans la sierra », « La horde sauvage »), qui trouve là son meilleur rôle. Dans un personnage taillé sur mesure, il livre une composition incroyable, où son regard, caché la plupart du temps derrière des grosses lunettes de soleil, apparaît à quelques courts et rares moments, laissant entrevoir une douleur rarement aussi profonde au cinéma. Irréprochable en héros désabusé d’un western crépusculaire et profondément sombre comme l’enfer, on ressort quelque peu chamboulé de ce film, qui à défaut d'être le meilleur Peckinpah reste quand même un bon film. On regrettera seulement que l’esthétique visuelle de ce film soit autant repoussante.



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Bob Morane 19/08/2007 08:18

L'une de te meilleures critiques à tout point de vue. Impartiale, riche en infos, et passionnante. Il faut absolument que j'aille voir ce film !

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!