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29 Aug

Boarding gate

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

« -     Tu es là avec deux mois de retard.

-         Je croyais qu’on avait rompu.

-         Ce n’est pas la première fois qu’on rompt »

 

ARP SélectionParis. Miles, un homme d’affaires, annonce à son associé qu’il va revendre ses parts à une firme asiatique peu recommandable. Endetté jusqu’au cou suite à de mauvais placements, en instance de divorce, il voit là l’occasion de solder ses dettes et de repartir à zéro. Il en profite pour revoir Sandra, son ancienne et magnifique maîtresse qui l’aimait passionnément autrefois, pendant que lui préférait la soumettre à des jeux humiliants. Cette dernière, ancienne droguée, travaille désormais dans l’import-export. Néanmoins, elle est sur le point de partir en Asie, où elle rêve de repartir à zéro en ouvrant un club branchée à Pékin. Mais en manque de fonds, elle est prête à tout pour se donner les moyens de ses rêves. Et ce même si elle doit mouiller dans les combines les plus glauques…

 

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« - Je n’ai jamais compris pourquoi tu faisais l’escort girl pour moi. La raison me dépasse.

   - Parce que je t’aimais, Miles »

 

Michael Madsen et Asia Argento. ARP SélectionVoilà une vingtaine d’années qu’Olivier Assayas, ancien critique des « Cahiers du Cinéma », s’est lancé dans l’aventure de la réalisation. Avec près d’une dizaine de films au compteur (« Irma Vep », « Demonlover », « Les destinées sentimentales »), il a su se forger l’image d’un réalisateur original, exigent, au mises en scène toujours créatives et soignées. On se souvient ainsi de son dernier long en date, l’excellent « Clean », porté par la star asiatique Maggie Cheung, son ex-épouse. Son nouveau long, annoncé depuis quelques mois pour le prestige de son casting, a été présenté en Sélection officielle du dernier Festival de Cannes, mais hors compétition. On en retiendra l’accueil plutôt glacial fait au film par les professionnels.

 

« J’ai lu un article sur toi dans la presse économique et il t’appelait « le parfait cliché d’une époque révolue » »

 

Asia Argento. ARP SélectionAlors qu’il mettait sur les rails un projet avorté depuis, faute d’investisseurs, Assayas a profité de ce contretemps pour écrire et réaliser un film « de série B » (selon ses propres dires), véritable film de genre, avec tout ce que cela comporte d’inconvénients et d’avantages. Inconvénients tenant du fait que le film ne bénéficie pas d’un énorme budget et que du coup le temps imparti au tournage était assez court, mais avantages car budget beaucoup plus facile à monter et surtout marge de liberté beaucoup plus conséquente pour le réalisateur. Mais si l’idée de faire un film de genre était un défi intéressant, Assayas n’a pas su, semble-t-il, en éviter les pièges. La faute a un scénario inconsistant, dont l’intrigue, dans ses grandes lignes, tient sur un timbre poste. Sur cette base, le réalisateur brode un peu, ajoutant des scènes interminables de dialogues sans intérêts d’un côté (les joutes verbales d’amour et de haine entre Miles et Sandra) , pour mieux plaquer de grandes scènes silencieuses et contemplatives de l’autre (la plupart des scènes de la seconde partie du film). En outre, Assayas tente d’ouvrir plusieurs portes pour doper un peu une intrigue à encéphalogramme plat, mais ne considère jamais, hélas, essentiel de les refermer. On peut en dire autant de ces personnages, dont le scénario est étonnement vide lorsqu’il s’agit de parler de leur évolution psychologique face à la manipulation dont la plupart sont l’objet. Par ailleurs, son film, au demeurant déjà lent, souffre de graves problèmes de rythme, entre inutiles courses poursuites infernales, et scènes quasi silencieuses.

 

« Tu sais qu’avant la fin de la nuit, je vais te menotter et je vais te baiser »

 

Il est clair que pour ce « Boarding Gate », Assayas a voulu privilégier la forme sur le fond. Et il se dégage d’ailleurs pas mal de chose de ces images. A commencer par un érotisme assez incandescent du à la présence de la toujours vénéneuse Asia Argento. On en retiendra, comme toujours chez lui, une mise en scène épurée, quelques jolis mouvements de caméra, un gros travail sur la photo et les couleurs, et une vision assez contemplative de l’Asie. Mais si l’écrin est plutôt plaisant à voir, il sonne trop creux pour qu’on y adhère jamais. L’ensemble est finalement beaucoup trop long et lent, la microscopique intrigue reposant sur un classique rapport de séduction et de manipulation, et l’ensemble, à défaut de captiver, n’intéresse jamais. Tout cela est d’autant plus dommage qu’Assayas pouvait se reposer sur un casting de qualité, qui tient largement ses promesses. En tête d’affiche, l’omniprésente et génialissime Asia Argento, qui passe avec une grande subtilité de la poupée trash et vénéneuse à la femme blessée à qui il ne reste plus que l’instinct de vengeance et de survie. Derrière, Michael Madsen et Carl Loong Ng, assurent avec tout autant de qualité.

 

« J’étais très amoureuse de Miles. Lui me désirait. Ce n’est pas la même chose »

 

Michael Madsen. ARP SélectionGrosse déception au final avec « Boarding Gate », le nouveau Assayas. Il faut dire que « Clean » avait placé la barre très haut. Mais ce film de genre, trop peu écrit, et qui devait permettre au réalisateur un exercice de style dans la forme et une expérience visuelle inédite à son répertoire, ne convainc jamais. Entre scénario inexistant, qui part dans tous les sens pour aboutir nulle part, et mise en scène contemplative et nombriliste, il est très difficile d’entrer dans ce film. Dommage car quand on connaît le talent du capitaine Assayas et qu’on reconnaît la belle prestation de son casting de haute volée, on était en droit d’attendre beaucoup mieux que ce trip expérimental, nombriliste et minimaliste. Le voyage qu’il nous propose est d’un profond ennui.



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bobomorane75 29/08/2007 09:36

Déjà la bande annonce ne m'emballait pas des masses, en plus, contrairement à toi, je ne trouve pas l'actrice particulièrement sublime, et que son jeu n'est pas génial. J'avais adoré "clean" et tu me confirme mon impression d'éviter d'aller voir celui-ci.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!