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18 Sep

En bonne compagnie

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies romantiques

« Ne dîtes pas de mal des dinosaures. Ils ont régné sur Terre pendant des millions d’années. Ils ne devaient pas être si nuls »

 

Pathé DistributionNew York. Dan Foreman a une vie bien rangée et bien installée : il a 51 ans, occupe depuis des années le poste de directeur des ventes publicitaires d’un des plus grands journaux de sports du pays, et a une famille soudée, autour de sa femme et leurs deux filles. Mais la vie peut réserver des surprises, et Dan voit son équilibre quelque peu chamboulé à cause d’une succession d’évènements imprévus. Ainsi, sa femme se découvre une grossesse inattendue, sa fille aînée obtient une place à la fac de New York synonyme d’installation au centre ville, et surtout le journal pour lequel il travaille est racheté par la holding de Teddy K., mania de la finance internationale. Suite au rachat de son entreprise, Dan se voit rétrograder, son poste revenant désormais à un ponte de la nouvelle entreprise propriétaire, Carter Duryea. Ce dernier pourrait être le fils de Dan et n’a aucune expérience en la matière. Fort logiquement, le courant ne passe pas entre les deux hommes qui se méfient l’un de l’autre. Et la relation naissante entre Carter et Alex, la fille aînée de Dan, n’est pas pour arranger les choses…

 

« Je commence un nouveau job aujourd’hui. Je suis mort de trouille et je me demande ce que je viens faire là. Vous ne le direz à personne, n’est-ce pas ? »

 

Topher Grace et Dennis Quaid. Universal PicturesLa carrière du réalisateur et scénariste Paul Weitz se caractérise par des choix qu’on pourrait qualifier d’assez hétéroclites. En effet, celui qui avait commencé avec le très drôle et très potache « American pie » (1999), aura su depuis surprendre son monde en réalisant des films beaucoup plus fins et beaucoup plus émouvants qu’ils n’y paraissent. En outre, derrière leur aspect « gentille comédie un peu foutraque », ses films délivrent souvent un message assez critique et cynique à l’encontre de la société occidentale et américaine. De sa filmographie, on se souviendra ainsi de « Pour un garçon » (2002), ou du très acide « American dreamz » (2006). « En bonne compagnie », sa quatrième et jusqu’ici avant dernière réalisation en date, était sorti en 2004, dans une certaine indifférence médiatique, malgré son casting prestigieux.  

 

« - Pourquoi dites-vous « prendre la porte » et non pas « virer » ?

-         Parce que ça sonne mieux, j’imagine…

-         Pas pour celui qui se fait virer. »

 

Topher Grace et Scarlett Johansson. Universal PicturesLe pitch de ce « En bonne compagnie » ne semblait pas d’une originalité à toute épreuve et surtout laissait présager la petite comédie sentimentale sans saveur de plus. Et pourtant, il n’en est rien. Weitz surprend tout son monde en se servant d’une trame de comédie romantique des plus ordinaires pour réaliser un film beaucoup plus profond et original sur les dérives de la société économique occidentale. En cela son scénario est d’une justesse inouïe, prouvant la finesse du sens de l’observation de Weitz et révélant, une fois n’est pas coutume, son humanisme et son regard plus que critique sur la société américaine. Son scénario dessine subtilement des personnages qui brillent par leur véracité. Leurs histoires personnelles s’entrecroisent savoureusement, et on s’émeut aussi bien pour les traquas imprévus de Dan Foreman, que pour la tendre relation qui se noue entre Carter et Alex. Quant aux relations, cordiales mais crispées, entre Dan et Carter, elles sont toutes autant savoureuses qu’elles apparaissent d’une grande authenticité. Et c’est avec la plus grande intelligence que ces personnages se mettent au service d’une critique plus vaste, sur le monde de l’entreprise et de la finance en général, où une certaine inhumanité est de mise. Ainsi, le réalisateur brocarde amèrement les rachats d’entreprises par des multinationales qui se livrent des guerres sans merci à travers le monde, faisant peu cas de l’humain. Les licenciements des vieux pour mettre les jeunes loups inexpérimentés aux dents longues se font de manière courante et sans aucun cas de conscience, au même titre que les brimades et les humiliations. A ce titre, le monologue de Dennis Quaid face à Teddy K. est une sorte de pied de nez au système américain qu’on n’aurait pas imaginé voir dans un film Hollywoodien.

 

« Tu es le genre de personne avec qui on se sent bien dans un nid »

 

Scarlett Johansson et Dennis Quaid. Universal PicturesSans être réellement audacieuse, la mise en scène de Weitz reste quand même de bonne qualité, son travail sur le rythme du film étant irréprochable, tant ce dernier ne souffre d’aucune longueur flagrante. De même, son travail sur la temporalité du film est tout aussi correct, et le subtil dosage des ellipses est très cohérent. Mais ce sont surtout ses interprètes qui mettent le film en valeur. Fort d’une très bonne direction d’acteurs, on saluera la performance du trio principal de comédiens. En tête, Dennis Quaid qui vieillit décidément comme le bon vin. En quinquagénaire séduisant, il brille par la sobriété de son jeu et apporte à son rôle ce côté authentique. A ses côtés, le jeune et méconnu Topher Grace, sorti tout droit de la série télé « That 70’s show », impose un jeu d’une grande finesse et un charisme insoupçonné. Quant à Scarlett Johansson, elle impressionne une nouvelle fois par sa justesse et par son potentiel de séduction, dans un rôle de fille pas sûre d’elle. On notera également les jolies performances de Marg Helgenberger qui forme à l’écran avec Quaid un couple plus vrai que nature, et de Malcolm McDowall qui trouve en Teddy K. un rôle de mania des affaires taillé à sa démesure. A noter également la judicieuse utilisation d’une très bonne bande musicale, d’où on retiendra les excellents titres « Glass, concrete and stone » de David Byrne, et « Solsberry Hill » de Peter Gabriel.

 

« Merci beaucoup. Vous êtes le seul à avoir pris le temps de me mener la vie dure. Vous êtes le seul à m’avoir appris quelque chose. Quelque chose qui vaille la peine. »

 

Dennis Quaid et Topher Grace. Universal PicturesContre toute attente, ce « En bonne compagnie » est loin d’être le film cucul que son affiche et son synopsis laissaient présager. Au contraire, derrière ses apparences légères de comédie romantique, Weitz distille un film sur l’entreprise et dresse un portrait très critique du monde du travail et de la finance américain. Mais grâce à un scénario particulièrement bien écrit, les deux thèmes s’entrecroisent habilement et donnent un film satyrique sur l’entreprise des plus accessibles (beaucoup plus accessible que le néanmoins excellent « Violence des échanges en milieu tempéré » de Moutout en 2004), et une comédie romantique des plus réjouissantes. Et ce d’autant plus que Weitz a le bon goût de nous éviter le traditionnel happy-end total, chose rare à Hollywood. Une vraie bouffée d’air frais, sans prétentions, qui se laisse suivre avec plaisir. Je vous le recommande fortement !

 

 Scarlett Johansson et Topher Grace. Universal PicturesTopher Grace et Dennis Quaid. Universal Pictures



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Bob Morane 18/09/2007 07:17

Je me souviens qu'à la sortie de la salle, j'étais particulièrement troublé, voir en colère. Le film avait tellement été juste, que j'en avais été pris par le jeu d'un scénario et d'une qualité extraordinaire des acteurs. Oui, ce film mérite tous les éloges.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!