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20 Jun

Les briagdes du Tigre

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

"Tout ce que je voulais, c'était me promener avec elle"

Je dois avouer que j'étais assez méfiant en allant voir ce film. Non pas que je fasse une overdose de Clovis Cornillac ou une réaction épidermique à Edouard Baer, loin de là... Mais il faut avouer que les adaptations de séries tv sur grand écran, très en vogue depuis quelques années aussi bien outre-Atlantique que chez nous, nous ont surtout donné à voir de gros navets bien bêtes et méchants (promis, je donnerais aucun nom...c'est plus fort que moi "ma sorcière bien aimée" était vraiment trop mauvais!!!). D'autant que celui-ci est signé Jérôme Cornuau, dont le nom jusqu'ici était associé à d'inoubliables "chefs d'oeuvre" pour adolescentes prépubères, tels que "Bouge". C'est donc un peu à reculons que je me suis glissé dans la salle. Au final, je ressors en me disant que j'avais assisté à un très bon film, probablement le meilleur film français de 2006, qui renoue avec le genre du vrai bon cinéma populaire.

TFM Distribution

La première qualité qui séduit dans ce film, c'est l'histoire. Tout en prenant leur distance avec la série originale (seuls les noms des mobilards sont gardés), les scénaristes ont réussi à combiner vérités historiques (les empruns russes, Jaurès, Bonnot et sa bande, les tensions de l'avant-guerre) et fiction, sorte de polar, complot politique et économique mené par les affairistes et les politiciens français et russes. Et le tout tient définitivement bien la route. La seconde qualité, ce sont les personnages du film. Ils sont nombreux, bien différents, mais sur deux heures de film, on peut dire qu'il n'y a pas à proprement parler de héros, et tous ont suffisement de place dans le scénario pour développer leur personnalité, et surtout, chose rare dans ce type de cinéma, leur faiblesse. Nous sommes à la veille de la plus grande boucherie de l'Histoire, et nos héros, quelqu'ils soient (policiers ou anarchistes), se sentent déjà entrainés dans cette valse de plus en plus rapide de tourments.

Jérôme Cornuau et son équipe ont parfaitement su restituer cette atmosphère si pesante et particulière qui caractérisait cette époque. Ils n'oublient rien, ni des troubles anarchistes, ni des immigrés (italiens et russes, ces derniers rappelant les prémices de la Révolution d'Octobre qui s'annonce déjà) fuyant une Europe au bord de l'explosion, ni de ce mélange de modernité (surtout technique) et d'archaïsme (la Démocratie n'existe pas encore réellement, la société est encore profondément ancrée dans un régime du XIXème siècle). Pour ce faire, ils ont su habilement s'appuyer sur de parfaits décors, costumes et accessoires, sans pour autant que cela soit éxubérant.

"Imagine-toi seulement dix ans sans soleil"

Il a su également s'entourer d'un casting "idéal', réunissant non seulement de grosses pointures (qu'on attendait pas forcément dans ce type de film, comme Olivier Gourmet ou Edouard Baer), mais (et c'est l'énorme qualité du film) en plus en les employant à bon escient. Même si au premier abord, certains semblent utiliser à contre emploi. Edouard Baer est ainsi magnifique en flic à la fois violent, macho, et très à fleur de peau. De même Jacques Gamblin est un fantastique Bonnot, totalement habité par le personnage. Quant à Thierry Frémont, il est probablement le meilleur acteur français du moment, et le démontre une fois de plus. Le reste de la distribution, de Cornillac, tout en pudeur, à Diane Kruger, tout en contraste (de la beauté diaphane à la plus sanguinaire criminelle), est excellente. Il faut dire qu'ils interprètent des personnages complets, justement pas stéréotypés, à la fois forts, et avec des failles, tous habités par un profond désespoir face au drame annoncé d'une Histoire en marche qu'on ne peut arréter. De ce fait, entre autre, on ne peut se réjouir lors de la mort d'un Bonnot que le film rend particulièrement romantique au sens premier du terme, ou de celle d'Achille Bianchi, moins traitre qu'on ne le pense.

Edouard Baer et Gérard Jugnot. Les Films Manuel Munz - Bruno Calvo

"Puisque votre société imbécile et corrompue me refuse le droit de survivre, tant pis pour elle, tant pis pour vous"

Le résultat est donc sans demie mesure, le film étant beaucoup plus intelligent et profond qu'il n'y parait, tout en ménageant subtilement quelques moments d'action et d'humour. Le final s'inscrit dans une réalité historique désenchantée, puisqu'il n'y a ni vainqueurs ni vaincus: beaucoup de gens seront ruinés par le scandale des empruns russes, et la guerre aura quand même lieu.

Mais au final, ce film reste quand même un échec niveau rentabilité. Il finit péniblement aux alentours de 800.000 entrées, alors que son budget, colossal, aurait sans doute nécessité le double d'entrées pour devenir rentable. Il était question avant sa sortie d'une suite sur laquelle les scénaristes plenchaient déjà. Mais nul doute que le relatif échec de ce premier opus refroidisse les producteurs...Affaire à suivre. En attendant, on pourra se repasser le Dvd pour se consoler. Et si ça ne suffit pas, on pourra également siffler le cultissime thème du générique!!!



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bobmorane75 20/06/2006 23:19

Tout ce que je voulais c'était me promener avec elleToujours aussi fort, toujours aussi pertinant, toujours aussi cultissime
j'attens les autres critiques avec impatience
BOB

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!