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13 Jun

Cœurs perdus

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

« Les flics ne parlent pas de ce qu’ils voient, ils accusent le coup »

 

Décidément, le retour au polar des années 40 et aux films noirs semble être en vogue depuis une décennie. Entre les adaptations de Ellroy, « L.A. Confidential » ou plus récemment « Le Dahlia noir », et les projets plus atypiques, comme « Truman Capote », « Hollywoodland » ou « The good german », Hollywood semble avoir un goût prononcé pour les reconstitutions de l’Amérique d’après-guerre, celle de l’opulence, mais aussi des crimes les plus sadiques et les plus fous.

Peut-être faut-il y voir également une forme d’hommage à une époque qui a donné ses lettres de noblesse au genre du film noir, avec des chefs d’œuvres comme «Quand la ville dort », ou bien évidemment la série des Humphrey Bogart (« Le faucon maltais », « Le port de l’angoisse »). Toujours est-il qu’étant amateur de ce genre de films, ma curiosité était donc aiguisée. Et même si le casting me semblait augurer du film de série B, j’avais envie de me faire une idée par moi-même. Voici le résultat.

 

« Le début de leur rencontre marqua le début de la fin pour de nombreuses personnes »

 

L’histoire :

 

Etats-Unis, fin des années 40. Dans l’immédiat après-guerre, un homme, Ray, a élaboré une combine pour rencontrer par le biais de petites annonces de rencontres amoureuses, des femmes qu’il pourra dépouiller. De femmes d’âges mûres en veuves de guerre, il finit par tomber sous le charme vénéneux de Martha Beck, qui se révèle aussi barrée que lui. Entre folie destructrice et meurtrière, cupidité toujours plus grande, et jeu de jalousie, le couple monte un scénario qui se répète et fonctionne inlassablement : Ray séduit des femmes par petites annonces, vit une romance avec, et une fois avoir fait main basse sur l’argent, Martha les tue. L’inspecteur Robinson, inconsolable depuis le suicide de sa femme, se voit attribuer l’enquête sur un suicide féminin semblable à celui de sa femme. Il prend tout de suite cette affaire très à cœur et découvre des liens avec d’autres affaires semblables. Commence pour lui une course contre la montre pour stopper cette hécatombe.

 

« Montre à Martha que tu l’aimes »

 

Avant de critiquer à proprement parler le film, il faut préciser qu’il s’agit apparemment du premier long de Todd Robinson, qui s’était déjà fait remarquer comme scénariste pour la télé et le cinéma. Pour un premier long, il s’appuie sur un casting assez impressionnant bien qu’hétéroclite : John Travolta, Salma Hayek, Jared Leto, James Gandolfini (de la série « Les Sopranos ») et Scott Caan. Comme l’indique l’affiche et la bande-annonce, ce film est « inspiré d’une histoire vraie ». En effet, cette histoire de couple meurtriers est à l’origine d’un des faits divers macabres les plus connus en Amérique et a déjà donné lui à plusieurs films et téléfilms, dont le fameux « Les tueurs de la lune de miel » de Leonard Kastel, daté de 1970.

Scott Caan, James Gandolfini et John Travolta. Metropolitan FilmExport

 

« Il va finir par laisser tomber cette fille, et ça va devenir un enfer »

 

Ce qui frappe dès les premières minutes du film, c’est l’ambiance visuelle de ce « Cœurs perdus ». Les films récents traitant aussi de crimes et surtout de la même époque avaient chacun su à leur manière rendre un visuel très particulier : climat austère et image sombre pour « Truman Capote », couleurs imitation technicolor pour « L.A. Confidential » et « Le dahlia noir », ou encore noir et blanc particulièrement léché pour « The good german ». Ici, au contraire, c’est l’absence de personnalité visuelle qui dérange. Les décors et les costumes sont bien dans l’époque, mais l’image reste lisse, comme un bon film hollywoodien bien formaté. Entre les couleurs criardes, loin du technicolor, et cette absence de désuétude visuelle (la faute à un soucis du détail trop scolaire : pour le réalisateur, les années 40 se réduisent à une certaine forme de voitures, et à des costumes sombres avec le chapeau assorti), à aucun moment le spectateur ne peut  réellement rentrer dans ce film, dont l’atmosphère se devait d’être plus obsolète, plus idéalisée, plus stylisée.

 

Le second ratage du réalisateur tient dans son scénario. Tout d’abord, il plonge à pieds joints dans le piège du personnage du flic cabossé, déjà vu des centaines de fois. Ce personnage est d’ailleurs à l’image des autres, c’est-à-dire ultra-caricatural. On échappe pas ainsi au jeune flic un peu chien fou et au sang chaud qui sera finalement pris sous la coupe des deux vieux briscards à l’apparence rugueuse mais finalement aux grands cœurs, ni au héros, flic sur le retour traumatisé par un drame personnel, qui prend l’affaire à cœur et qui ne vit plus que pour elle. Entre ses problèmes de communications (il intériorise tout, il souffre en silence, comme toujours les flics de séries B), et son côté père courage, il apparaît très vite comme une vraie tête à claques. De même, les transformations physiques qu’on a fait subir à Jared Leto sont assez stéréotypées : zazou le jour en sosie maigrelet d’Errol Flynn, et crapule de bas étage à la calvitie artificielle lorsqu’il fait tomber la moumoute, son look n’est qu’à demi convaincant, tant il est loin des canons de l’époque, ultra viriles et robustes.

 

Outre les personnages stéréotypés, Todd Robinson se perd dans cet effet psychologique du plus mauvais effet qui tend à faire un parallèle entre cette histoire de meurtres de femmes qu’on fait passer pour des suicides et la vie privée du flic héros qui voit dans cette enquête un écho à sa propre histoire puisque sa femme s’est suicidée. Du coup, la limite est ténue entre l’enquête elle-même et la recherche plus profonde et personnelle de l’inspecteur.

Avec un scénario sentant autant le déjà-vu, et tenu par des ficelles aussi épaisses, il aurait fallu avoir un talent de réalisateur que manifestement l’ami Robinson n’a pas. Ses deux histoires créent un déséquilibre dans le film, l’une empiétant sur l’autre, sans qu’aucune des deux ne soient traitée de manière aboutie et satisfaisante.

John Travolta, James Gandolfini et Scott Caan. Metropolitan FilmExport

 

« Il me reste que le travail, faut que j’avance, j’ai pas le choix »

 

Filmé sans aucune originalité, ce film se distingue aussi par une direction d’acteurs rarement à la hauteur. Travolta en fait des tonnes dans un personnage déjà ultra stéréotypé, et ne fait jamais preuve de sensibilité ni de subtilité pour le faire exister vraiment. Jared Leto se contente lui de capitaliser sur sa belle gueule, simulant aussi mal la folie meurtrière que l’orgasme. Seuls Salma Hayek, en beauté froide, machiavélique et cruelle, et surtout James Gandolfini, dans un rôle cynique appréhendé avec pas mal de recul, s’en sortent honorablement.

 

Pour conclure, « Cœurs perdus » n’est pas un bon film. Bien évidemment, il se laisse regarder (sans réelle passion cependant) jusqu’au bout, mais Robinson, pour son premier film n’a su éviter aucun piège du genre, entre une image trop lisse, des personnages stéréotypés et des effets scénaristiques lourdingues, son film ne parvient jamais à s’élever à convaincre totalement. Avec un tel casting et de tels moyens, on peut dire que c’est un gâchis.



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bobomorane75 13/06/2007 11:27

Hé bé ! Si avec tout ça on a encore envie d'aller voir ce film c'est seulement et uniquement pour ma belle chérie Salma Hayek. Mais aussi pour la curiosité de voir si c'est un navet à ce point. on ne se refait pas !

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!