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20 Feb

Capitaine Achab

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Seigneur, si cet enfant ne vient pas à Vous pour ce qu’il a de clair, qu’il vienne à Vous pour ce qu’il a d’obscur »

 

1840, côte est des Etats-Unis. La naissance du jeune Achab sera fatale à sa mère qui meurt en couche. Dès lors, trimbalé entre une tante autoritaire et un père alcoolique sombrant dans la folie, le jeune garçon rêve de s’affranchir de toute autorité et de prouver qu’il est lui aussi un homme. Personne ne sait encore qu’il deviendra le plus fameux et le plus redouté capitaine de baleinier que l’Histoire ai connu. Pourtant, après avoir fuit sa famille alors qu’il n’était encore qu’un enfant, et au fil de ses rencontres, le caractère du jeune Achab s’affirme de plus en plus. Jusqu’au jour où sa route croisera celle d’une baleine légendaire, d’une blancheur éblouissante, qui lui arrachera la jambe. Une rencontre qui n’aura de cesse d’obséder Achab, plus déterminé que jamais à retrouver cette baleine pour prendre sa revanche…

 

« J’aurai tant voulu sortir cet enfant de la nuit dans laquelle il s’était enfermé »

 

Pour son deuxième long métrage après « Adieu pays » (2003), Philippe Ramos s’est lancé dans un projet aussi risqué qu’atypique, à savoir l’imagination d’un préquel du roman mondialement connu d’Herman Melville, «Moby Dick ». Un préquel qui avait déjà donné lieu à court métrage réalisé par le même Philippe Ramos en 2004, mais avec d’autres comédiens. Compte tenu de la réputation planétaire de l’œuvre et de son aspect particulièrement poétique, cette libre adaptation sur la vie du Capitaine Achab, héros malheureux du roman de Melville, semblait à la fois des plus culottées, prometteuses et intrigantes, tout en paraissant particulièrement difficile. D’autant que le roman a déjà eu droit à plusieurs adaptations cinématographiques, la plus connue étant sans doute celle signée par John Huston en 1956, avec Gregory Peck en Capitaine Achab et Orson Welles dans le rôle de son second, Mapple. Loin de la côte est des Etats-Unis où est censée se dérouler cette histoire, le tournage du film a été effectué entre la France et la Suède, avec le soucis du réalisateur de retrouver des paysages assez proches. Ce « Capitaine Achab » était d’autant plus attendu qu’il a fait forte impression à la critique lors de sa présentation au Festival de Locarno. En Sélection Officielle, le film y a été récompensé par le Prix de la mise en scène, et le Prix de la Critique Internationale.

 

« Quelque chose brille dans ton cœur : ça s’appelle la Foi »

 

Œuvre singulière dans sa forme narrative, ce « Capitaine Achab » se construit en cinq segments, où le fameux capitaine de baleinier sera raconté à différentes périodes de sa vie par ceux qui auront partagé son existence. Si dans un premier temps, le principe semble pertinent, offrant une série de descriptions extérieures du mythique et romanesque capitaine, l’entreprise a cependant beaucoup de mal à convaincre pleinement. La faute à une inégale répartition de l’intérêt narratif et des émotions d’un segment à l’autre. Ainsi, les trois premiers semblent particulièrement lent à se mettre en place, et interminables à se finir. Le tout pour un intérêt scénaristique assez faible, puisqu’on ne retiendra quasiment que le personnage de la belle et indomptable Louise qui s’imposera durablement comme idéal féminin insaisissable pour Achab, et pour un rendement émotionnel quasi nul. Il faut attendre plus d’une heure de film pour que débute le quatrième segment, de loin le plus réussi, qui introduit les véritables têtes d’affiche du casting, et qui laisse enfin la part belle à une émotion à fleur de peau (en particulier grâce au jeu toujours subtil de l’immense et trop rare Dominique Blanc) et à un véritable souffle poétique et onirique. Souffle qui se maintient dans le dernier segment. A cet égard, il me semble que le quatrième segment donne une bonne indication de ce qu’aurait du être ce film quand Ramos en a eu le projet. Malheureusement, il semble qu’il ait particulière soigné ces deux derniers segments, comme si ceux-ci étaient le prétexte à faire ce film, et qu’il se soit contenté de broder autour les trois premiers segments franchement creux, et dont la présence semble surtout devoir combler un vide. Dommage car le dernier tiers du film est habité d’un bel onirisme, flirtant parfois avec la poésie si particulière du roman.

 

« La baleine blanche a signé son arrêt de mort »

 

Sur la forme, là aussi, ce « Capitaine Achab » est assez singulier. Difficile de ne pas penser aux films de Terence Malick (« La ligne rouge », « Le nouveau monde ») dans ses descriptions faites à grands coups de voix off sur des images particulièrement léchées. Mais là encore, Ramos pêche par inexpérience, et certaines phrases, franchement pompeuses et limite fumistes, révèlent un peu le vide du film (on pense particulièrement aux premiers mots de Dominique Blanc « l’œuf a roulé sur la table avant de venir se briser sur le sol. Le chien, attiré par le bruit est venu assisté au spectacle et à sa grande surprise, découvert que la matière s’échappant de la coquille brisée était comestible »). Ainsi, malgré des défauts évidents, on ne peut pas enfoncer ce film qui compte aussi de nombreuses qualités, comme cette photographie volontairement terne, jouant avec les clairs obscurs, rappelant bien une la luminosité froide des toiles de bord de mer des peintres de la fin du 19e siècle comme Sisley ou Monet. Reste une distribution là encore assez hétéroclite et inégale. On est ainsi emballé par les très belles performances de Dominique Blanc, Jacques Bonnaffé, et Denis Lavant. Difficile d’en dire autant de Jean-François Stévenin ou de Carlo Brandt, beaucoup moins convaincants. 

 

« Regarde-moi, c’est Achab qui roule vers toi. Je viens cracher dans ton abominable gueule mon dernier souffle »

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 Au final, avec son « Capitaine Achab », Philippe Ramos nous offre une œuvre originale et atypique, qui peine cependant à convaincre totalement. L’exercice consistant à faire un long métrage à partir d’une idée déjà exploitée dans un court est toujours difficile, et la tâche semble ici quelque peu trop grande pour les épaules de Ramos. Le découpage en cinq segments met ainsi particulièrement en évidence les inégalités flagrantes entre les différents moments du film, qui semblent révéler le côté inabouti de l’entreprise, comme si Ramos avait eu l’idée du film en en imaginant les deux derniers segments et que le reste était brodé autour, comme prétexte à faire ces deux dernières parties. Dès lors, on est partagé devant ce film assez ambivalent, où le très réussi (l’émotion du segment n°4, toute la poésie sublime des derniers plans) côtoie le moins convaincant (le passage chez la tante ou le départ de Achab enfant, en barque, aussi insipide qu’un épisode de « L’homme du Picardie »). Dans tous les cas, même si on ne pourra que louer l’entreprise de Ramos d’avoir voulu faire un film sortant des sentiers battus, il faut quand même souligner que de par sa forme très particulière, ce « Capitaine Achab » reste un film assez peu accessible à tous les publics.



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Snifff 21/02/2008 01:42

Je suis également tout à fait d'accord avec toi. Par contre, même le 4ème segment ne m'a pas touché, j'ai du attendre le 5ème avant d'être vraiment emballé par la mise en scène de Ramos. Ce film par rapport au roman de Melville est comme un poisson rouge à côté d'une baleine (pardon pour ces mots d'esprits bancals).

Bob Morane 20/02/2008 07:35

Tout à fait d'accord. C'est un vrai gachi qui aurait du nous offrir un superbe film. Faudrait voir le court métrage. En tout cas, beaucoup de talent prometteur.

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