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20 May

Ciao Stefano

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« Vous vous faites pas chier dans la vie en général ? Vous n’avez pas envie d’aller voir ailleurs parfois, même pas très loin, histoire de voir autre chose du monde ? »

Rome. Stefano Nardini, un air d’adolescent malgré ses 35 ans, vit tant bien que mal sa vie de guitariste de rock. Un choix assez mal accepté par sa famille, industriels provinciaux aux valeurs terriennes. Pourtant, après avoir découvert par hasard l’infidélité de sa copine, Stefano quitte tout sur un coup de tête pour aller retrouver la chaleur des siens. Cependant, si tout le monde se félicite du retour du fils prodigue, Stefano doit faire face à une réalité inattendue, à savoir que sous le verni apparent de sa famille, chacun couve des problèmes ou des soucis tout aussi graves que les siens. Ainsi, son frère, en plein divorce, et qui a repris l’entreprise familiale cache à son père la faillite de celle-ci, pendant que sa sœur Michaela a abandonné ses études pour travailler dans un zoo auprès des dauphins. Sans parler des problèmes de la mère, qui n’arrive pas à assumer ses infidélités passées. Et si pour Stefano la rédemption, l’acceptation, et la maturité passait par le soutien et l’écoute face aux problèmes de ses proches ?

 

« Vous vous êtes enfermés dans votre petit confort, dans votre bulle de chaînes cablées. A tel point que vous ne voyez plus les évidences du monde extérieur que tout le monde voit. Par exemple, Michaela est lesbienne ! »

Quatrième long métrage en près de quinze ans pour le réalisateur italien Gianni Zanasi, « Ciao Stefano » marque le retour derrière la caméra d’un réalisateur qui avait disparu de la circulation depuis son « Fuori di me » en 1999. Inspiré de quelques mésaventures personnelles du réalisateur, le film s’inscrit dans la parfaite lignée des films traitant des trentenaires et de leur crise existentielle. Un thème qui s’est beaucoup développé ces dernières années tant aux USA qu’en France, et dont l’Italie n’est pas demeurée en reste (on pense notamment à « Juste un baiser » de Muccino – 2001). Signe que les temps sont aussi durs pour la génération des trentenaires qui peine à trouver sa place dans nos sociétés et ce quelque soit le pays ? Toujours est-il que ce « Ciao Stefano » était assez attendu après les encourageantes critiques dont le film a pu bénéficié.

« Pourquoi tout le monde veut se confier à moi en ce moment ? C’est une épidémie ? Moi je trouve qu’on allait mieux quand on se mentait. Je préférais quand on se disait des conneries… »

Le genre italien de la comédie à toujours une saveur singulière, du fait de sa tonalité souvent légère et pleine de dérision pour traiter de sujets profondément graves. Le seul cinéma au monde où on peut s’aimer, s’engueuler, et s’étreindre, le tout en quelques secondes, à grande force de mots, de gestes, et de grandiloquence, qui cachent toujours une grande pudeur. Ce « Ciao Stefano » ne déroge pas à la règle. Lorgnant ouvertement sur le cinéma d’Ettore Scola, le film s’attache à une série de personnages faillibles et en proie au doute, dont ressort une extraordinaire humanité. Dès lors, on se laisse gagner par cette histoire au final extrêmement humaine et ordinaire, avec sa succession de péripéties à teneurs assez dramatiques dont l’auteur parvient toujours à faire ressortir une touche humoristique (comme pouvait le faire dans un registre beaucoup plus barré « Little miss sunshine »). Desproges définissait l’humour comme étant « la politesse du désespoir », une définition qui colle parfaitement à ce film finalement assez dramatique et mélancolique, qui traite de problèmes qui sentent le vécu. Mais la grande force de l’auteur réside dans cette manière de rire du drame avec ironie, intelligence, et avec une extraordinaire légèreté, ce qui rend le film follement attachant. De la même manière, soulignons la jolie empathie avec laquelle le réalisateur a esquissé ses personnages : sans jamais les juger, il parvient à les rendre systématiquement attachants malgré leurs défauts et le fait qu’ils soient complètement largués.

« Avec le temps, les choses s’arrangent d’elles-mêmes. Il suffit de suivre sa voie. »

Côté mise en scène, Zanasi surprend en mêlant la tonalité tragi-comique de son film – dans la plus pure tradition italienne – à une mise en scène beaucoup plus « américaine ». Le jeu sur la lumière, sur les effets d’images (le ralenti lorsque Stefano enjambe le balcon), l’utilisation de la musique, se rapprochent plus du cinéma « indépendant » américain. L’auteur va même jusqu’à pomper « Garden state » le temps d’une séquence musicale particulièrement rythmée durant laquelle chacun des personnages apparaît dans la morosité de son quotidien. Pour autant, ce parti pris de mise en scène n’est pas une trahison envers un genre, et se justifie pleinement, par l’apport de fluidité, de dynamisme qu’elle apporte au récit, ainsi que les facilités d’identification et d’empathie qu’elle offre par rapport au personnage principal. Reste, comme pour « Garden state », l’excellence du choix de la bande musicale, à la fois moderne, vitaminée, et apportant une réelle personnalité au film. Un film qui doit également beaucoup à la fraîcheur et la justesse de ses interprètes, à commencer par Valerio Mastrandea, qui insuffle brillamment une grande humanité à son personnage. A ses côtés, Guiseppe Battiston et Anita Caprioli, qui jouent respectivement son frère et sa sœur sont aussi touchants avec leur défauts et leurs problèmes. Enfin, Caterina Murino, plutôt décevante lors de ses dernières sorties (« Le grand alibi », « Les bronzés 3 »), excelle dans un rôle difficile et touchant de prostitué compréhensive. Si « Ciao Stefano » n’est peut être pas un chef d’œuvre, le film demeure et de loin la bonne surprise du mois. Véritable bouffée d’oxygène dans la morosité de la programmation actuelle, ce film fait passer du rire au larme avec simplicité et sincérité. Du bon cinéma qui fait du bien à la tête. Je ne saurais que le recommander !

 

  



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Bob Morane 20/05/2008 20:49

Excellente et très belle critique sur un excellent film. Juste un petit bémol, j'aurais envie de dire que le cinéma d'auteur américain s'est beaucoup plus inspiré du cinéma italien que le contraire. Garden state a ce parfum typiquement latin qui détonne du cinéma hollywoodien...

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!