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16 May

Coco avant Chanel

Publié par platinoch  - Catégories :  #Biopics

« L’amour c’est beau que dans les livres. La seule chose qui est bien dans l’amour, c’est de faire l’amour. Dommage qu’il faille un homme pour ça ! »

Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une chanteuse de beuglant à la voix trop faible, qui affronte un public de soldats éméchés. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une apprentie-courtisane au corps trop maigre, qui trouve refuge chez son protecteur Etienne Balsan, parmi les cocottes et les fêtards. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera " la femme de personne ", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi.
Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer.

« Regarde tous ces gens : un jour viendra, ils se battront pour venir manger à notre table »

Un téléfilm sur France 2 (signé Christian Duguay, avec Barbora Babulova et Shirley McLaine dans le rôle de Gabrielle Chanel), un biopic signé Anne Fontaine et un autre signé Jan Kounen (« Coco Chanel & Igor Stravinsky » avec Anna Mouglalis dans le rôle titre) : l’année 2009 sera Coco Chanel ou ne sera pas ! Sans parler des projets de biopics avortés auxquels étaient associés les noms de William Fredkin et Danièle Thomson. Rien d’anormal à cela quand on sait l’influence mondiale qu’aura eu Gabrielle Chanel sur la mode féminine au XXème siècle, insufflant à celle-ci un vent de modernité. A noter que le film est une adaptation de « L’irrégulière », portrait écrit par Edmonde Charles-Roux, publié en 1974.

« Je croyais t’offrir un jouet, je t’ai offert ta liberté »

Le succès international (entendre par là Hollywoodien) de « La Môme » de Dahan devait donner des idées à un certain nombre de nos réalisateurs en mal de reconnaissance hors de nos frontières. Quoi de mieux alors que de suivre un modèle tout fait ayant déjà fait ses preuves ? Car finalement, il y a entre « Mademoiselle » Chanel et Edith Piaf des similitudes incroyables : mêmes caractères bien trempés et décidés, mêmes talents bruts ne demandant qu’à être travaillés. Plus encore, ces deux femmes, symboles à l’international d’une culture et d’une élégance typiquement françaises, incarnent une certaine forme de féminisme avant l’heure, animé par le même désir affirmé de liberté et d’indépendance à une époque résolument machiste où l’homme cantonne la femme au foyer et où celles-ci sont absentes de toute vie politique et économique. En cela, que ce soit Piaf qui chante l’amour au féminin en multipliant les frasques sentimentales ou Coco Chanel qui libère les corps en supprimant les corsets et en raccourcissant les jupes, elles auront toutes les deux œuvrées à une certaine libération de l’image de la femme. De ce destin et de cette personnalité hors normes, il y avait forcément matière à faire un grand film. Pourtant, avec ce récit mollasson et didactique, qui s’appesantit sur des passages peu passionnants et inutiles de la vie de Gabrielle Chanel (les interminables parties de cache-cache et de polo au château de Balsan où Coco côtoie pour la première fois les gens du monde), Anne Fontaine semble passer à côté de son sujet, en oubliant de s’intéresser pleinement au génie créatif de la couturière et sa faculté à imposer son style comme une référence à part entière. Son parti pris de ne s’intéresser qu’aux jeunes années de la créatrice semble tout aussi peu pertinent, puisque faisant l’impasse sur les passages les plus troubles (et donc les plus intéressants) de la vie de Coco Chanel, notamment sa romance controversée avec un officier allemand pendant la seconde guerre mondiale. On passera également sous silence les grossiers « arrangements » pris par le scénario (Adrienne n’est pas la sœur de Gabrielle mais sa tante). Mais plus encore, on reprochera au film d’Anne Fontaine son manque de personnalité, sa construction narrative artificielle, totalement pompée sur celle de « La Môme » (l’enfance miséreuse, les tentatives comme chanteuse légère et gouailleuse dans les beuglants, les rencontres décisives, le grand amour fauché tragiquement par la mort, et même le flash-back rétrospectif final) qui fait de ce « Coco avant Chanel » un film avant tout formaté et calibré pour plaire à l’international. La présence au casting du comédien américain Alessandro Nivola va d’ailleurs dans ce sens. Mais à l’image du reste du casting (Audrey Tautou et Emmanuelle Devos), ce dernier se montre particulièrement falot. On saluera tout de même l’excellente prestation de Poelvoorde, parfait dans ce personnage aussi détestable que touchant. De toute évidence, Coco Chanel méritait mieux que ce biopic maladroit, mal inspiré et à l’esthétique digne d’un téléfilm de France 3. Il n’y a plus qu’à espérer que le film que lui a consacré Jan Kounen sera d’un meilleur niveau.

  



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Bob Morane 17/05/2009 10:38

N'ayant pas vu le film, pas plus que Edith qui ne m'attirait déjà pas des masses, j'avoue que ta critique ne me donne pas trop l'envie d'aller vérifer. J'irais tout de même le voir à l'occasion peut-être...

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!