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18 Oct

Un coeur invaincu

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films Politiques-Historiques

« Nous nous trouvons à Karachi, cité tentaculaire et chaotique où on ne sait plus comment compter les habitants. Comment faire alors pour retrouver un homme ? »

 

23 janvier 2002, Pakistan. Daniel Pearl, un journaliste américain enlevé quelques semaines plus tôt, est décapité par ses ravisseurs, extrémistes islamistes. La vidéo de son exécution a ainsi choqué l’opinion public international. Qu’est-ce qui a pu conduire ce journaliste américain à cette fin atroce et funeste ? De l’enquête de Daniel sur les traces du terroriste Richard Reid, qui l’a conduit au cœur des réseaux terroristes islamistes et à son enlèvement,  à sa propre enquête pour retrouver son mari kidnappé, aidée en cela par ses amis journalistes, et par le contre-espionnage pakistanais, Marianne Pearl, la veuve de Daniel, nous raconte l’histoire de ces quelques semaines terribles faites d’angoisse, d’espoir, de lutte contre la montre, et de confrontation à la mauvaise volonté d’une partie des autorités locales.

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« - Je suis censé rencontrer le Cheik ce soir. Qu’en pensez-vous ?

   - Tant que vous restez dans un lieu public, ça devrait aller. Mais soyez très prudent. »

 

Dan Futterman et Angelina Jolie. Paramount Pictures FranceEvènement particulièrement tragique, l’assassinat de Daniel Pearl, quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, aura véritablement choqué et marqué la communauté internationale. Pas facile dans ces conditions d’adapter un tel sujet au cinéma, de manière objective et sans attiser les haines des uns ou des autres. L’adaptation du livre de Marianne Pearl, récit plus journalistique que romancé, avait le double intérêt de nous plonger dans les arcanes de cette double enquête (sur l’enlèvement de Daniel Pearl, et sur la réalité des milieux fondamentalistes au Pakistan), tout en proposant une tonalité assez objective sur les faits. Aux commandes de ce délicat projet, on retrouve Michael Winterbottom, réalisateur anglais touche-à-tout et prolifique, qui s’était illustré aussi bien dans la comédie (« Tournage dans un jardin anglais » - 2006), que dans le porno rock'n'roll (« 9 songs » - 2005). Ceci dit, il n’était pas étonnant de voir un tel projet lui revenir, étant donné le fort intérêt pour les problèmes politiques et humains du monde dont il fait preuve par le passé, aussi bien dans « Welcome to Sarajevo » (1998), « In this world » (2003), que dans son récent « Road to Guantanamo » (2006). A noter que le film a été présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes.

 

« Il sourit. Il a un revolver sur la tempe et il sourit. Il me fait savoir que tout va bien »

 

Angelina Jolie et Dan Futterman. Paramount Pictures FranceVoilà un sujet cinématographique qui pouvait surprendre, voir même rebuter quelque peu compte tenu de l’aspect glauque et violent de l’histoire. En effet, du journaliste, qui représente les valeurs de la liberté d’expression et de l’universalisme, enlevé et assassiné, à son épouse qui même enceinte jusqu’aux yeux va se battre jusqu’au dénouement que l’on sait, on pouvait craindre à tout instant que le scénario sombre dans le pathos et le misérabilisme autocomplaisant. Fort heureusement, il n’en est rien. Au contraire, « Un cœur invaincu » est non seulement un film réussi, mais il appartient à cette catégorie de films qui ne laissent pas indifférent. Sur un scénario intelligent, décrivant l’enlèvement et l’attente incertaine vue par les yeux de Marianne Pearl, on ne pourra que souligner la pertinence du parti pris de présenter les faits de manière journalistique, évitant ainsi tout débordement de sensiblerie mal venue, et favorisant au contraire, par la pudeur, une certaine forme de dignité. Plus que tout, ce qui est impressionnant dans ce film, c’est qu’on se laisse prendre au jeu du thriller, alors que nous en connaissons dès le départ l’issue tragique. La lenteur relative de l’ensemble, l’immersion dans ce huis-clos étouffant, permettent à Winterbottom de placer son spectateur au centre de ce drame. Ainsi, aussi étonnant que cela puisse paraître, on se laisse porter par l’espoir que font  naître tels ou tels découvertes, et la course contre la montre finale, menée avec beaucoup de nervosité (montage saccadé, accélération du rythme), notamment lors des arrestations successives, développe une réelle angoisse.

 

« - Si vous pouviez dire une chose à votre mari ?

   - Je t’aime »

 

Archie Panjabi et Angelina Jolie. Paramount Pictures FranceA la réalisation, Michael Winterbottom maîtrise son sujet. Son travail sur l’ambiance, avec une certaine insistance sur des images de villes surpeuplées, grouillantes, et sales, renforce une sensation d’étouffement, d’angoisse, et d’hostilité. De même, sa maîtrise du rythme, qui se fait d’abord très lent, pour mieux placer son spectateur en position de témoin privilégié au centre de l’action, et son montage, qui lui permet d’insufflé une nervosité qui monte crescendo, sont autant de réussites dans l’implication des spectateurs et dans le bon fonctionnement de ce thriller. Sa direction d’acteur est peut-être le point le plus faible de sa réalisation. En effet, à force de vouloir jouer sur l’intériorité, l’interprétation paraît presque impersonnelle compte tenu du caractère particulièrement horrible de ce drame. Ainsi, Angelina Jolie, livre une prestation un peu trop fade et trop froide rendant sa crise de nerf (lorsqu’on lui apprend le décès de son époux) étonnement fausse. A ses côtés, l’inconnu Dan Fitterman apparaît trop peu, mais on est frappé par la ressemblance physique de ce dernier avec Daniel Pearl (Angelina Jolie ressemble d’ailleurs aussi pas mal à Marianne Pearl). Dans les seconds rôles, on soulignera les bonnes prestations d’Archie Panjabi, Dennis O’Hare et surtout de Irfan Khan.

 

« Tu peux devenir vieille, grosse ou laide. Mais ne perds jamais ton sourire. »

 

Angelina Jolie. Paramount Pictures FranceBonne surprise au final que ce « Cœur invaincu ». Malgré la sensibilité de son sujet, Winterbottom réalise un thriller efficace (bien qu’on en connaisse hélas la fin) et un film intéressant, aussi bien sur la réflexion proposée sur le travail journalistique que sur l’enquête sur la disparition de Daniel Pearl. Malgré la sobriété et l’apparente neutralité journalistique du scénario, Winterbottom dénonce malgré tout ici les fondamentalismes religieux, et la responsabilité des autorités locales pakistanaises, jouant dans cette affaire un double jeu ambigu. On regrettera qu’il soit passé un peu à côté du portrait de femme de Marianne Pearl : la froideur de l’interprétation et la neutralité dans l’écriture du personnage empêchant toute empathie. Le film n’en est pas moins un hommage nécessaire à un homme et à des valeurs de liberté. Une agréable surprise.



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Solange 25/10/2007 11:44

Un film quelconque, un de plus, on s'ennuie vite fait, A. Jolie joue comme une chaussette ( une fois de plus ) film qui tombera dans les oubliettes rapido.

bobomorane75 18/10/2007 15:53

Ayant vu par un malheureux hasard la vraie scène du meurtre, j'en avais été trop horrifié pour aller voir le film. Avec cette critique pertinente, sans doute ai-je eu tort. il faudra que je surmonte mes appréhensions.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!