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12 Oct

Comme les autres

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« Je sais que je serai un bon père. Qu’est-ce que les hétéros ont de plus que moi ? »

Emmanuel et Philippe vivent le parfait amour. Ils sont beaux, ont de belles situations professionnelles, et vivent bien entourés de leurs familles et de leurs amis. Pourtant Emmanuel ressent de plus en plus le désir d’avoir un enfant. Un désir non partagé par Philippe. Il faut dire que pour un couple homosexuel l’affaire n’est pas simple : ils n’ont pas légalement pas le droit d’adopter ni d’avoir officiellement recours à une mère porteuse. Et leurs amies ne semblent pas prêtes à les aider. Jusqu’au jour où le hasard fait croiser leur chemin avec celui de Fina, une jeune et belle étudiante argentine dont l’autorisation de séjour est périmé…

« Je voudrais qu’on fasse un mariage blanc et qu’on fasse un enfant. J’oublie de vous faire part d’un détail qui a son importance : je suis gay ! »

Diplômé de la FEMIS et déjà réalisateur de deux courts (« Vita Sexualis » en 1994, « Dernière séance » en 2001), le réalisateur Vincent Garenq s’était davantage orienté vers la réalisation de séries pour la télé (il a travaillé notamment sur « Sous le soleil ») et de documentaires. D’ailleurs, à la base, c’est sur le mode du documentaire que le réalisateur souhaitait aborder la question de l’homoparentalité. Mais le sujet, jugé un peu trop « tabou » et pas assez « vendeur », n’avait pas réussi à convaincre les producteurs de débloquer des financements. C’est donc sur le mode de la fiction que Garenq a décidé de traiter de ce sujet, l’occasion pour lui de signer son premier long.

« Tu trouves que c’est normal de me laisser tomber pour aller faire un môme à une pauvre fille que tu as rencontré deux secondes dans la rue ? Et tu crois que ton môme sera épanoui entre un pédé et une SDF péruvienne ? »

On savait le cinéma français (en particuliers les réalisateurs de « comédies ») toujours prompt à s’emparer des sujets de mœurs et de société. Tels les mariages mixtes (« Mauvaise fois »), ou l’homosexualité (en vrac « L’homme de sa vie », « Les Témoins », « Les chansons d’amour », ou encore « Avant que j’oublie »). Le sujet – encore largement tabou – de l’homoparentalité n’est dès lors qu’un prolongement logique de cette tendance. Reste que pour un premier long, Garenq n’optait pas pour la facilité. Mais à la surprise générale (ou pas, d’ailleurs !), le réalisateur coupe court à tout début de polémique ou même de débat en tuant son sujet dans l’œuf et en évitant de parler ouvertement des sujets qui fâchent. Car que montre-t-il au juste ? Un couple homosexuel archi caricatural (professions libérales, bourrés de fric, bobos propriétaires d’un pavillon à Belleville) qui se déchire suite aux désirs de paternité non partagé de l’un des deux. Après une scène de visite de l’inspectrice de l’adoption qui montre l’hypocrisie du système (un homme seul a le droit d’adopter, pas un couple d’hommes), le film retombe comme un soufflet dans une histoire politiquement très correcte, très lisse, et totalement balisée. Prévisible de bout en bout, le film s’égare même dans le grand n’importe quoi et l’improbable (le héros recueille une inconnue sans papier chez lui sans la connaître, celle-ci tombe amoureuse de lui et lui fait un enfant qu’elle lui abandonnera avant de définitivement disparaître de sa vie). Un traitement « léger et naïf », bourré de bons sentiments et de clichés, qui illustre parfaitement le choix du réalisateur d’orienter son film plus vers la comédie aseptisée et grand public que vers un film de mœurs politique, ne permettant jamais à ce « Comme les autres » d’être à la hauteur de son sujet. Une approche un poil hypocrite, qui n’empêche cependant pas cette petite comédie de nous divertir et de nous réserver quelques moments assez drôles (la présentation de la jeune femme à la famille du héros, les scènes avec Anne Brochet). Dommage cependant que le film ne dépasse jamais visuellement la qualité d’un téléfilm. Reste la prestation des comédiens, plutôt sympathiques et dont émerge tout de même la trop rare Anne Brochet, qu’on découvre dans le registre de la comédie. Sympathique et vite oublié.

  



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Bob Morane 12/10/2008 22:45

Oui, dommage que le film noie le sujet, grave dans sa réalité, dans une comédie légère, amusante, improbable et sans grand intérêt. Une manière un peu lache de survoler un sujet de société qui ne peut pas être prix à la légère. ça se laisse voir, et s'oublie aussi vite.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!