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25 Feb

No country for old men

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

« Difficile de ne pas penser aux anciens et à ce qu’ils feraient aujourd’hui, dans notre situation »

 

Texas, près de la frontière avec le Mexique. Chasseur de son état, Llewelyn Moss est le symbole même d’une classe sociale en marge du rêve américain, celle des gens qui habitent dans des mobiles-homes en bordure du désert, et qui ont du mal à joindre les deux bouts. Un jour, alors qu’il parcours le désert en quête de gibier, il tombe sur ce qu’il reste d’un échange entre narcotrafiquants qui a tourné à la fusillade. Entre les cadavres, les stocks de drogues et les voitures en ruines, il met la main sur une valise contenant 2 millions de dollars. Ce qu’il ne sait pas, c’est que les propriétaires de cet argent ont déjà lancé à sa recherche Chigurh, un tueur parmi les plus sauvages qui soient. L’argent dans la mallette cachant une balise, une folle course poursuite entre les deux hommes commence alors. Une course poursuite à laquelle prend part également le Shérif Bell, qui les piste en suivant les cadavres laissés derrière lui par Chigurh…

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« - Vous pensez que ce con a une idée du type de salaud qu’il a aux trousses ?

   - Il devrait. J’ai vu ce qu’il a vu, et ça m’a sacrément impressionné »

 

Pour leur première adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire, les frères Coen frappent fort en choisissant « No country for old men », le best-seller de Cormac McCarthy, publié en 2005. Après avoir enchaînées quelques comédies assez mineures, telles que « O’brother » (2000), « Intolérable cruauté » (2003), ou encore « Ladykillers » (2004), les frères Coen renouent donc avec un genre moins léger, plus sombre, grâce auquel ils avaient connu dans les années 90 de beaux succès critiques et publics. On se souvient ainsi de « Miller’s Crossing » (1991), « Barton Fink » (1991) palmé à Cannes, « Fargo » (1996), ou encore « The big Lebowski » (1998). Des films dans lesquels ils avaient su imposer un style leur étant propre, mélange habile de polar, de thriller, et d’humour noir. Réputés pour leur fidélité envers une poignée de comédiens à qui ils font régulièrement appel (Clooney, Goodman, Turturro, McDormand), ce film se démarque par son casting où aucun des fidèles n’est présent et où les rôles principaux sont distribués à des acteurs n’ayant jamais tourné avec eux. « No country for old men » a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2007, et a remporté deux Golden Globes (meilleur scénario pour les frères Coen et meilleur acteur dans un second rôle pour Bardem). De bon augure avant la cérémonie des Oscars, où avec huit nominations (dont meilleur film, réalisateur, et scénario adapté pour les frères Coen et meilleur acteur dans un second rôle pour Bardem), il fera office de favori.

 

« - Comment décririez-vous Chigurgh ? Comme le salaud suprême ?

   - Non, je dirais plutôt que ce gars-là n’a pas le sens de l’humour »

 

Film beaucoup plus noir qu’à l’accoutumée, tension palpable de la première jusqu’à la dernière minute, « No country for old men » est un remarquable thriller prenant la forme d’un western moderne. Alternant scènes électriques où se déchaînent une violence inouïe, et scènes plus lentes et contemplatives d’où se dégagent une sensation d’étouffement liée à l’attente inéluctable d’une nouvelle fusillade, les frères Coen signent ici une adaptation particulièrement réussie et maîtrisée du roman de McCormack. Il faut dire que cette histoire de course poursuite à trois, où les rôles se retrouvent vite inversés (le chasseur devient proie, le tueur à gages fait son métier par plaisir plus que pour l’argent, etc…), est particulièrement bien construite. Les personnages sont à ce titre formidablement écrits, la palme revenant au tueur Chigurh, véritable machine à tuer, effroyablement méthodique et ordonnée, qui marquera l’histoire cinématographique comme étant l’un des tueur les plus charismatiques et tarés qu’on ai vu depuis longtemps. Bien évidemment les autres personnages ne sont pas en reste, que ce soit Llewelyn, symbole des classes en marge du rêve américain, qui s’embarque dans une histoire trop grande pour lui, où le shérif qui se retrouve finalement dépassé par les évènements et par son époque. Mais plus que tout, l’ensemble de ces éléments confèrent à ce film une dimension supplémentaire, une réflexion sur la déshumanisation du monde, sur la disparition d’un certain nombre de valeurs et de morales, et sur l’avènement d’une nouvelle ère de violence, exponentielle et sans limites, initié par et pour l’argent, le pouvoir, et le plaisir. Un disparition des repères traditionnels qui changent la donne : Moss, cow-boy des temps modernes, rude et rugueux comme le désert se frotte à beaucoup plus méchant que lui, sous les yeux d’un shérif obsolète, vieil homme sage pétri de valeurs, totalement désabusé et déphasé par une époque qu’il ne comprend plus, et définitivement inadapté à ce pays de violence.

 

« Quand bien même tu rendrais l’argent, il te tuerais quand même pour l’avoir incommodé et dérangé »

 

Outre l’intelligence du scénario et la pertinence de la réflexion, « No country for old men » bénéficie également d’une mise en scène exceptionnelle des frères Coen. Sans esbroufe, le choix de la simplicité (comme le récit, totalement linéaire) et de l’épure (comme les décors) se montre particulièrement efficace, rendant parfaitement fluide un ensemble pourtant à priori complexe. Mais plus que tout, la qualité première de la mise en scène des Coen réside dans leur capacité à créer une ambiance : ayant retenu les leçons des westerns de John Huston, les réalisateurs ont su filmer et donner aux décors naturels du désert texan une part importante, comme un personnage à part entière. Sec et brut comme les hommes qui le peuplent, magnifié par la sublime photographie du film, les frères Coen ont su le mettre formidablement en valeur pour en faire ressortir une atmosphère à la fois lourde, accablante, oppressante, et désenchantée. La qualité du montage est également à souligner : à l’image de l’ensemble du film, il est sec et nerveux, sans fioritures, imposant un rythme sans temps morts qui renforcent la sensation d’oppression et d’urgence. Comme toujours chez les Coen, leur direction d’acteur est irréprochable, et participe là aussi à la grande réussite de ce film. Si les trois têtes d’affiche du film sont novices dans l’univers des réalisateurs, ils témoignent de leur goût immodéré pour les vraies « gueules ». A ce jeu, c’est probablement Javier Bardem qui impressionne le plus. En tueur méthodique, barré et à l’improbable coupe de cheveux, il livre une prestation formidable, à tel point qu’il serait injuste qu’il n’obtienne pas l’Oscar du meilleur second rôle pour lequel il est lice. A ses côtés, Josh Brolin est certainement l’autre révélation du film. Jusqu’ici en manque de rôles emblématiques, il trouve en Moss un formidable personnage complexe et ambivalent (à la fois méprisable quand il veut jouer les durs, et tellement humain quand il se retrouve confronté à plus méchant que lui), auquel il prête merveilleusement son physique et ses traits massifs et durs. Tommy Lee Jones se montre lui aussi excellent, faisant preuve d’une incroyable sensibilité toute en retenue, mais étant coutumier de ce genre de rôle, sa prestation semble quand même moins en vue que ses deux partenaires. Derrière, on saluera aussi les excellentes prestations des seconds rôles, Woody Harrelson et Kelly McDonald en tête.

 

« Ce que tu éprouves n’a rien de nouveau. Ce pays a toujours été dur à vivre. Tu ne pourras rien contre ce qui va arriver »

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 Film noir redoutablement efficace, western crépusculaire et désenchanté, « No country for the old men » marque le retour des Frères Coen à un cinéma plus noir après plusieurs comédies. Scénario brillant, mêlant violence et humour noir, ce film permet surtout aux réalisateurs une réflexion sur les dérives du monde actuel, vers une violence sans limites qui prend le pas sur la morale. Appuyé par une mise en scène parfaite, d’une efficacité redoutable et d’une beauté visuelle renversante, les frères Coen semblent signer avec ce «No country for old men » leur meilleur film. Véritable bijou de maîtrise, le film semble bien parti pour être le favori aux Oscars. Et si on avait déjà là le meilleur film de l’année 2008 ?

  



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COGLIN 12/09/2008 03:16

c'est pour l'instant LE film de l'année. Une merveille

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!