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22 Jul

2 days in Paris

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies romantiques

« Venise est la ville des amoureux, mais c’est aussi la ville qui disparaîtra sous l’eau »

 

Longtemps assez méconnue en France, Julie Delpy semble – enfin – avoir trouvé une certaine reconnaissance de par chez nous. Il faut dire qu’elle est partie tenter l’aventure aux Etats-Unis voilà déjà une décennie et que celle-ci a mis du temps à se dessiner. Après quelques petits rôles, et une double aventure de renommée (le diptyque « Before Sunrise » en 1995 et « Before Sunset » en 2004), elle a commencé par apparaître dans des films plus grand public, plus médiatiques et plus prestigieux. Ainsi on notera dans sa filmographie, la présence de films récents comme « Broken flowers » de Jarmusch en 2005, ou plus récemment « Faussaire » de Hallström avec Richard Gere. Mais plus que tout, Julie Delpy brille par sa polyvalence. Réalisatrice, scénariste, actrice : elle semble vouloir toucher à tout, sans peur, et avec un certain talent. Pour preuve, sa nomination aux côtés de Ethan Hawke pour l’oscar du meilleur scénario pour le très beau et très émouvant « Before Sunset ». Précédé d’une critique dans l’ensemble très positive, la sortie de sa troisième réalisation (après « Tell me » et « Looking for Jimmy ») était donc un des films importants à voir cet été. Impressions.

Rezo Films

 

« Petite j’étais spéciale, mais pas spéciale dans le bon sens »

 

L’Histoire :

 

Marion, photographe française, vit à New York, où elle partage depuis deux ans la vie de Jack. Comme beaucoup de couple, leur vie connaît « des hauts, des bas, et surtout des milieux ». Partis ressouder leur couple durant deux semaines à Venise, ils repassent pour deux jours à Paris, récupérer le chat de Marion. C’est l’occasion des présentations pour Jack. Mais entre la famille de Marion, pseudos-anarchistes et un brin provocateurs, et ses ex qui réapparaissent fortuitement, ce qui devait servir à ressouder le couple ne fait que le plonger un peu plus dans le doute…

Julie Delpy et Adam Goldberg. Rezo Films

 

« Une pipe n’est pas un événement si mineur : c’est une pipe qui a privé les Etats-Unis de démocratie »

 

La première chose qui frappe dans ce « 2 days in Paris », c’est l’énergie visuelle qui se dégage de ce film : montage sacadé qui vient se calquer sur les paroles de la voix off, images filmés caméra sur l’épaule donnant à l’ensemble un maximum de réalisme et permettant d’entrer de plein pied dans l’intimité du couple, flot de dialogues bien sentis façon Woody Allen, et acteurs souvent amateurs – les parents de Delpy sont interprétés par ses propres parents – venant conforter l’authenticité des situations. En cela son film est très intéressant, offrant au spectateur une véritable plongée – en profondeur et en eaux troubles – dans la vie intime du couple.

Julie Delpy. Rezo Films

 

L’autre qualité indéniable du film de Julie Delpy repose sur la grande intelligence de son propos. L’étude du couple moderne qu’elle propose, bien que souvent truculente, est menée avec minutie et observée à hauteur d’homme. Le tout étant porté par des dialogues savoureux (on est proche ici des dialogues de film de Woody Allen), intelligents, faisant mouche systématiquement et stigmatisant avec une précision chirurgicale les moindres détails qui mettent ce couple ordinaire sur la brèche.

Julie Delpy et Adam Goldberg. Rezo Films

 

« Prendre des photos tout le temps, ça empêche de vivre sur le moment »

 

Malgré toutes ses qualités, « 2 days in Paris » demeure un film bancal qui laisse les spectateurs sur leur faim. En effet, si Julie Delpy prend tous les risques en menant son film à bras le corps, elle n’évite pas un certain nombre d’excès dans les situations qu’elle filme et qui ont tendance à plomber la légèreté et le parti pris réaliste de ce dernier. Ainsi, on ne coupe pas à tous les clichés sur les américains et surtout sur les français (chauffeurs de taxis dragueur, raciste et battant leur femme, beau-père bien grivois, et françaises filles faciles), sans parler des scènes qui n’ont définitivement pas leur place dans ce film (la scène de l’engueulade dans une brasserie où Marion retrouve un ex qui a fait du tourisme sexuel pédophile en Thaïlande). Le tout bien sûr filmé dans un Paris de carte postale façon Amélie Poulain (le petit immeuble parisien fleuri avec ses fuites d’eau, les éternelles ballades dans les quartiers touristiques et bobos comme le Canal Saint-Martin). Autant de scènes qui partaient certainement d’une envie délibérée de se moquer de tous ces préjugés et de tous ces clichés, mais qui sont mal exploitées et qui tendent à alourdir un récit qui se voulait réaliste. De plus, ce Paris de carte postal sent trop le calcul de d’exploitation commerciale du film vers le marché américain. En outre, on reprochera aussi à l’auteur de n’avoir rien inventé de bien nouveau compte tenu de la ressemblance avec « Before Sunset » dont elle était actrice et scénariste, et qui traitait sensiblement du même sujet et de la même manière (beaucoup de dialogues dans un Paris de carte postale, filmé caméra au poing et sur le sujet de l’amour et du couple).

Rezo Films

 

« C’est pas ta bite qui est trop grosse pour les capotes françaises, c’est ton ego. Pour les capotes italiennes aussi »

 

Au final, bien évidemment on passe un agréable moment devant ce « 2 days in Paris ». L’étude et l’analyse du couple, de ses problèmes et de son incertitude y sont faites avec beaucoup d’intelligence et d’observation, le parti pris de filmer caméra à l’épaule et avec des vrais membres de la famille de Julie Delpy dans des seconds rôles importants y ajoutent une certaine forme d’authenticité. D’autant que l’interprétation est globalement bonne, les prestations de Julie Delpy et de l’américain Adam Goldberg (« Il faut sauver le soldat Ryan ») apportant beaucoup de liant et de légèreté à l’ensemble. On reconnaîtra également le talent de scénariste et de dialoguiste de Delpy, dont les répliques font souvent mouche. Néanmoins, la réalisatrice n’a pas su (et c’est bien dommage) s’empêcher d’imposer un certain nombre de scènes qui n’avaient manifestement pas leur place ici et qui plombent quelque peu l’ensemble. A vouloir se moquer des clichés, son film finit par les accumulés de manière outrancière. On pourra également souligner le manque d’originalité sur le fond comme sur la forme de ce film, qui ressemble beaucoup à l’excellent « Before Sunset » sur lequel la réalisatrice était déjà scénariste et actrice. Un petit film savoureux et sympathique, mais à qui il manque quand même un petit peu d’originalité pour s’imposer comme un grand film.



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Totor 05/06/2011 22:07

"et acteurs souvent amateurs – les parents de Delpy sont interprétés par ses propres parents ", qui ne sont pas des amateurs : Albert Delpy et Marie Pillet sont tous les deux comédiens !

Fritzlangueur 01/08/2007 16:27

Ce film, est comme la vieille pub Canada Dry, il a la couleur, l'aspect des films d'Allen, mais c'est une honteuse contrefaçon... Mea Culpa, je suis aussi partial et sans doute un peu bête (à croire ce que je lis par ailleurs) de ne pas avoir aimé ce film (euphémisme !)

Bob Morane 29/07/2007 09:02

Je vais être un brin trop partial et absolument pas intelligent. Les films aux bavardages m'ont toujours fait chier, notemment before sunset, aussi, merci pour ta criqtique, elle me permet de ne pas aller le voir en priorité, mais juste dans les bouches trou de mon, emploi du temps...

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!