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11 Apr

Délivrance

Publié par platinoch  - Catégories :  #Epouvante-Horreur

« Vous ne regretterez pas la ballade ! »

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Quatre Américains de classe moyenne, Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger décident de consacrer leur week-end à la descente en canöe d'une impétueuse rivière située au nord de la Géorgie. Ils envisagent cette expédition comme un dernier hommage à une nature sauvage et condamnée par la construction d'un futur barrage. Mais les dangers qu'ils affronteront ne proviendront pas uniquement des flots tumultueux de la rivière...

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« Si on s’est perdu, j’aime mieux ne pas le savoir »

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John Boorman réalise en 1972 « Délivrance », adaptation cinématographique du roman éponyme de James Dickey, publié deux ans auparavant. Après quelques films américains remarqués (on lui doit notamment « Le point de non-retour » en 1967 et « Duel dans le Pacifique » en 1968), Boorman, qui signe ici son cinquième long, se retrouve aux commandes d’un projet à très petit budget (à peine de 2 millions de dollars !). Au point que ni la production du film, ni les acteurs n’ont été assurés pendant le tournage. Au point également que les acteurs assurent eux-mêmes leurs cascades (C’est bel et bien John Voigt qui escalade la falaise, Burt Reynolds se fracturera le coccyx et quelques côtes) et que les habitants des environs jouent les autochtones. A noter que le réalisateur voulait initialement Lee Marvin et Marlon Brando dans les rôles principaux mais que ceux-ci déclineront l’offre, se considérant trop vieux par rapport aux personnages. Le film sera nommé trois fois aux Oscars de 1973 dans les catégories Meilleur Film, Meilleur réalisateur et Meilleur montage, mais repartira bredouille, face à « Cabaret » et surtout au « Parrain ».

« - On a vaincu cette rivière !  - Non. Elle est invincible. Croyez-moi ! »

Le retour à la nature n’a pas toujours du bon. C’est ce qu’aurait du savoir ces quatre amis partis faire une tranquille descente de canoë le long d’un fleuve sauvage menacé de destruction par la construction d’un barrage. Ainsi, s’il semble critiquer dans un premier temps une certaine idée du modernisme qui a pour conséquence la destruction volontaire de régions naturelles encore sauvages, le réalisateur change assez vite son fusil d’épaule. Car à l’instar de ses autres films (« Duel dans le Pacifique », « La forêt d’émeraude »), il présente vite la nature comme un milieu hostile, indomptable et insondable, dont la dangerosité fait immanquablement ressortir la véritable nature de l’homme, son côté le plus obscur et ses instincts les plus bas, comme ses peurs et ses violences les plus primales.  Commence alors une descente aux enfers au milieu de cette vieille forêt, peuplée d’habitants aussi peu accueillants que primitifs (et franchement consanguins). La réussite de ce « huis-clos en plein air » repose essentiellement sur l’ambiance que distille savamment John Boorman, avec une violence omniprésente et filmée sans concessions, qui monte crescendo tout au long du film, allant du mépris insultant au départ à la violence la plus physique et la plus animale (viol, meurtre et chasse à l’homme). Etouffant, le film l’est ainsi d’un bout à l’autre. D’autant que Boorman détourne les codes traditionnels pour mieux enfoncer son spectateur dans une ambiance angoissante : l’eau, d’ordinaire purificatrice, devient le lieu où l’on cache ses crimes, tandis que la musique, langage universel, ne parvient jamais à rapprocher deux les hommes, en dépit d’une hallucinante et cultissime scène d’ouverture, où banjo et guitare se répondent avant de jouer ensemble. D’ailleurs, les quelques notes de banjo qui planeront par la suite au-dessus du reste du film n’en deviendront que plus effrayantes. Allant à contre courant de la pensée du moment (le flower power voulu par les hippies, l’émergence des courants de pensées écologistes), il s’interroge surtout sur la bestialité humaine, sur la faculté de l’homme à justifier ses crimes les plus sauvages et à ravaler toute notion de morale au nom de sa propre survie. Certains y verront à ce titre un pamphlet anti guerre du Vietnam. Film culte, souvent copié sans jamais être égalé, « Délivrance » demeure un must du genre. Embraquez-vous pour cette périlleuse descente, vous ne le regretterez pas !

  



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Bob Morane 12/04/2009 08:54

C'est clair que ce film marque les esprits à jamais pour tous ceux qui le voient pour la première fois. Je ne l'avais pas vu depuis des années, mais cette impression étouffante ne m'a jamais quitté. Même cet air de banjo est resté comme une musique angoissante plus que de détente. Et en effet, la bestalité humaine est effrayante et quotidiennement actuelle.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!