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27 May

Deux jours à tuer

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Qu’est-ce qui me prend ? Il me prend que j’en ai ras-le-bol de ces réunions qui ne débouchent sur rien. Je reste calme mais je ne comprends pas pourquoi dès que quelqu’un dit quelque chose de censé il passe pour un fou »

 

Antoine Méliot, la quarantaine, a tout pour être heureux : une épouse charmante qui l’aime, deux enfants adorables, une grande maison, un métier aussi intéressant que lucratif. Pourtant, un jour, il décide soudainement de tout saboter en un week-end. Et il n’épargnera personne : ni sa famille, ni ses amis, ni son travail. Que s’est-il passé dans la vie de cet homme pour qu’il change aussi brusquement de comportement et renonce à sa vie parfaite ?

 

« Je me fais chier ici. Une femme charmante, des enfants adorables, un métier qui rapporte gros. Rien qui dépasse. Tout m’emmerde, j’appelle ça une vie de cons ! »

Cinéaste discret (12 films seulement en plus de quarante ans de carrière), Jean Becker s’est néanmoins montré beaucoup plus productif au cours de la dernière décennie. Cependant, il s’est distingué en se faisant le chantre des thèmes vieillots et ringards (le roi des interminables parties de pêche et de campagne, ainsi que des poncifs sur les vraies valeurs de la vie, c'est lui!), et des émotions tire-larmes et bon marché. Rappelons ainsi qu’il est coupable des « Enfants du marais » (1999), de « Un crime au paradis » (2001), « Effroyables jardins » (2003), ou encore de l’inénarable « Dialogue avec mon jardinier » (2007) où il nous vantait la joie des plaisirs sains et simples d’un cul-terreux amateur de potager et d’art figuratif, par opposition à un urbain pédant et élitiste. Un vrai poète! Que du bonheur ! On en viendrait presque à oublier qu'il fut également réalisateur de drames plus sombres et efficaces, comme "L'été meurtrier" (1983). Pour son nouveau film, « Deux jours à tuer », Becker adapte le roman éponyme de François D’Epenoux, paru en 2001. Un tournage partagé entre France et Irlande, qui lui donne également l’occasion de retrouver le comédien Pierre Vaneck, son beau-frère à la ville.

« C’est pas de baiser dont j’ai besoin, c’est de me sentir vivant »

Ayant signé quelques-uns des plus gros navets pour papys frileux lors de ces dernières années, les films de Jean Becker n’ont rien à priori pour susciter une quelconque excitation par avance et foutent même un peu la trouille au moment d’entrer dans la salle. Comme si on craignait par avance de s’engager pour une interminable sieste. Il faut dire qu’avec des films soporifiques comme « Les enfants du marais » (quelle aventure !) ou « Dialogue avec mon jardinier », le cinéaste avait fait l’étalage de son goût prononcé pour le vieillot, les valeurs désuètes et passéistes, et le bon vieux parfum de la naphtaline. Rien d’excitant donc à l’idée de voir son dernier « Deux jours à tuer ». Et pourtant, ce dernier s’avère être une bonne surprise. Certes, ce « Deux jours à tuer » est loin d’être parfait, le réalisateur ne pouvant s’empêcher quelques incartades dans son registre fétiche et un poil ringard (scènes de pêche, manière un peu détourné de montrer que les vraies valeurs sont à la campagne). Mais dans l’ensemble, son scénario, beaucoup moins lisse et surtout beaucoup plus vachard qu’à l’accoutumée, donne lieu à un admirable drame psychologique sur un homme qui refuse aussi brusquement que mystérieusement de faire l’effort de sociabilité. Dérangeant et inconfortable, le film se paye néanmoins le luxe de nous offrir quelques jouissives parties de massacre durant lesquelles le héros se permet de tirer à boulet rouge sur ses proches – famille comme amis – n’étant plus capable de l’hypocrisie du quotidien et osant leur dire leur quatre vérités et leur reprocher leur mode de vie futile (mode de vie qui était jusque là également le sien). De cette troublante fuite en avant, on retiendra également quelques jolis moments particulièrement émouvants, comme lorsque le héros annonce son départ à ses enfants puis à sa femme, ou encore lorsqu’il règle ses comptes avec son père. Dommage dès lors que Becker nous sorte une fin mélodramatique un peu lourdingue et tire-larmes, dont le côté abrupte dessert quelque peu un film plutôt transgressif qu’il avait rondement mené jusque là.

« Eh oui le chien, c’est encore toi le plus beau ici. Je suis désolé de te laisser avec tous ces cons ! »

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 Outre un scénario intelligent et fort, la réussite de ce « Deux jours à tuer » réside essentiellement dans l’interprétation de ses comédiens. A commencer par un Albert Dupontel magistral, qui une nouvelle fois nous bluffe par son interprétation habitée. De quoi en faire un candidat sérieux pour les Césars. A ses côtés, la douce et troublante Marie-Josée Croze s’impose naturellement et puissamment et ce malgré une présence à l’écran à la durée limitée. Enfin, on retrouve avec joie le revenant Pierre Vaneck, assez touchant dans un rôle particulièrement ingrat. Et si sa mise en scène n’a en soit rien d’exceptionnel, Becker a néanmoins fait des choix judicieux, tant dans la durée de son film -  plutôt court et sans temps morts – que dans le côté dépouillé de l’ensemble qui renforce le côté paumé du héros et le mal-être ambiant. Et puis il y a la fulgurance de cette magnifique chanson de Reggiani, « Le temps qui reste », qui vient clore magnifiquement le film. Reste la sensation qu’on a failli assister à très grand film, un peu amoindri par quelques imperfections et surtout par une fin un peu dépourvue de la subtilité qui caractérise le reste du film. Néanmoins, « Deux jours à tuer » demeure un très bon film, chose aussi inattendue qu’inespérée de la part d’un Jean Becker qui signe là son film le plus fréquentable depuis un long moment.

  



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Bob Morane 06/10/2009 22:42

Alors, je l'ai enfin vu au détour d'un dvd. Je partage tout à fait ton avis quant aux côté positifs du film, qu'aux côtés négatifs. Mais pas quant à ton analyse sur la partie de massacre. Le héros ne tire pas à boulet rouge sur sa famille et ses amis par manque d'hypocrisie, ni sur leur mode de vie comme le sien, mais comme il le dit à la fin, par regret de quitter tout ça et pour se faire moins regreter par sa mort. C'est encore plus pathétique et minable de sa part. Un peti air d"'été meurtier" avec la voix of genre "pimpon". Moins nul que les précédent, moyen et peut faire mieux.

soso 01/06/2008 22:58

superbe film, je conseille même de le voir une deuxieme fois pour deceler les indices qui expliquent la fin
J'ai ADORÉ
;)

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