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24 Feb

Fantasia

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films d'animation-Dessins animés

Projet à part dans l’œuvre de Walt Disney, « Fantasia » est une suite de huit dessins-animés, illustrant chacun un morceau de musique classique. L’ensemble est interprété par l’Orchestre de Philadelphie, dirigé par le chef d’orchestre Leopold Stokowski. Dans l’ordre du film, sont ainsi interprétées « Toccata et fugue en ré mineur » de Bach, « Casse-Noisette » de Tchaïkovski, « L’apprenti sorcier » de Dukas, « Le sacre du printemps » de Stravinsky, « Symphonie pastorale » de Beethoven, « La ronde des heures » de Ponchielli, « La nuit sur le Mont Chauve » de Moussorgski, et l’ « Ave Maria » de Schubert. A l’exception des deux derniers morceaux qui s’enchaînent directement à la suite, tous les autres morceaux sont séparés par un intermède montrant des plans des musiciens et de l’orchestre en ombres chinoises, durant lesquels une voix-off annonce et présent le dessin-animé et le musique qui vont suivre. Sorti sur les écrans new-yorkais pour la première fois en 1940, Walt Disney voulait faire de « Fantasia » un film évolutif, de durée plus courte que la version finale que nous connaissons, et présentée à intervalles réguliers, avec de nouvelles séquences illustrant de nouvelles musiques, remplaçant au fur et à mesure les séquences déjà existantes, au gré de leur succès. Présenté ainsi au départ comme un spectacle itinérant, le film ne rencontra pas son public et fut contraint d’être présenté dans une version définitive, avec une sortie simultanée pour l’ensemble du territoire américain. Le film bénéficie (et sera pour toujours l’unique bénéficiaire) d’un format sonore révolutionnaire pour l’époque, le Fantasound, procédé stéréo ancêtre du Surround. Malmené par la critique presse qui lui reprochera la qualité de l’orchestration et de l’interprétation des morceaux, ainsi que la qualité des dessins-animés, trahissant pour certains la beauté des musiques, le film recevra malgré tout deux Oscars honorifiques, l’un au titre de sa grande contribution de l’utilisation du son dans un film de divertissement, et l’autre pour Leopold Stokowski, pour la création d’une nouvelle forme de musique visuelle dans un film de divertissement. Pour la petite histoire, Igor Stravinsky, le seul des huit compositeurs vivant à la sortie de ce « Fantasia », proposera à Walt Disney de composer un morceau original pour le film, sans que cette proposition se concrétise. De son propre avis, l’interprétation faite dans le film de son morceau sera « détestable ». A noter que sous l’impulsion du neveu de Walt Disney, désireux de reprendre la volonté de son oncle de faire de « Fantasia » un projet évolutif, une suite composée de nouveaux morceaux et de nouveaux dessins-animés est sortie en 1999 : « Fantasia 2000 ». Un troisième volet, « Musicana », devrait également voir le jour en 2011.

 

Œuvre atypique, artistiquement très novatrice pour son temps, « Fantasia » est avant tout un film musical et poétique, inventant son propre langage, plus qu’un dessin animé grand public auxquels Disney nous avait habitué jusque là. En outre, il se distingue aussi des autres productions Disney par ses intentions, purement éducatives (faire découvrir aux plus jeunes et aux masses les grands morceaux de musique classique) et artistiques (illustrer ces grands morceaux par des dessins-animés, visuellement calqués sur la musique, tels des ballets). Si l’intention semble louable, et bien qu’il soit devenu culte au fil des décennies, ce « Fantasia » est cependant une œuvre imparfaite. Et le principal reproche qu’on puisse lui faire, c’est avant tout sa longueur : 1h57 ! Autant le dire, pour des oreilles peu éduquées et habituées à la musique classique, le film paraît assez vite interminable et soporifique. Une donne dont les équipes des Studios Disney ont tenu compte pour « Fantasia 2000 », ramenant sa durée à un format beaucoup plus confortable de 1h15. L’autre défaut, à mon sens, de ce film, c’est son inégalité. Inégalité qui concerne en premier lieu le choix des musiques : si, bien entendu, « Fantasia » se devait de proposer un choix assez large de musiques très différentes, certains morceaux paraissent cependant mal adaptés à ce genre de projet, car déjà trop pointus ou demandant une culture musicale trop fouillée pour être vraiment appréciées comme il se doit. C’est le cas, par exemple, du « Sacre du printemps » de Stravinsky, ou de « La nuit sur le Mont Chauve » de Moussorgski, qui sont des œuvres compliquées et peu accessibles. Ce sentiment est aussi renforcé par l’inégale qualité des dessins-animés. Si « L’apprenti sorcier », le segment le plus connu aujourd’hui (car le seul à mettre en scène un personnage récurent de Disney, en l’occurrence Mickey), semble vraiment au-dessus du lot, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, « Casse-Noisette » est d’une grande légèreté, « La Symphonie pastorale » est assez charmante, bien que proposant une illustration particulièrement naïve de l’œuvre de Beethoven, « La ronde des heures » propose quant à elle une version assez décalée et amusante d’un ballet gracieux dansé par des animaux réputés pour leur lourdeur. Pour le reste, les dessins-animés, malgré une image léchée et souvent assez poétique, restent quand même assez peu captivants. La palme revenant sans doute à l’improbable combat de dinosaures illustrant le « Sacre du printemps », ainsi qu’au défilé dans la forêt pour l’ « Ave Maria ». Malgré cela, on doit reconnaître une certaine beauté formelle à l’ensemble, dans ses images poétiques et oniriques qui arrivent à épouser parfaitement le rythme et l’intensité des musiques, leur légèreté, et à leur donner une nouvelle sensibilité. Il est d’ailleurs évident que les réalisateurs se sont inspirés des ballets et du cinéma muet pour leurs dessins-animés. Et à ce niveau le résultat est étonnement surprenant et réussi.

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Au final, sans remettre en cause la pertinence et l’intérêt artistique de la démarche, « Fantasia » apparaît malgré tout comme une œuvre légèrement surestimée. Tenant plus de l’imperfection que du réel défaut, la durée beaucoup trop longue du film, et un certain nombre de choix, notamment certains morceaux de musique très particuliers et difficiles, restent quand même assez discutables. Car bien que l’animation - très poétique et incroyablement bien calquée sur le rythme des musiques - ne souffre d’aucune contestation possible, le format du film, quasi muet et illustrant des thèmes musicaux plus ou moins accrocheurs, fait de « Fantasia » une œuvre difficilement accessible, parfois rébarbative, et même par moments assez soporifique. Certains accrocheront cependant peut-être davantage à la poésie particulière de ce film, qui, je l’avoue, ne m’a pas touché outre mesure. A voir, par curiosité.

    



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Bob Morane 24/02/2008 10:53

Déjà tout petit, je n'avais pas du tout accroché à ce film si particulier, et plus grand aujourd'hui, j'ai éprouvé le même sentiment de malaise, de difficulté a entrer dedans. Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé, mais il n'est as à la porté de tous, et encore moins des enfants. Non, je crois en fait que j'adhère pas du tout malgrès ses immenses qualités.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!