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13 Mar

Les femmes de l'ombre

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films de guerre

« Tu vas crever comme une putain à qui la vie n’a pas laissé le choix. C’est ça que tu veux ? »

Mai 1944. Engagée dans la Résistance, Louise fuit à Londres après l’assassinat de son mari au cours d’une action de sabotage ayant mal tournée. Là-bas, elle retrouve Pierre, son frère qu’elle croyait disparu et rangé du côté des collabos. Celui-ci lui propose d’intégrer son réseau de service secret, uniquement composé de français, mais placé sous les ordres de Churchill. Sans être réellement formée, elle est engagée pour recruter des femmes qui participeront avec elle à une mission imminente, visant à exfiltrer un espion anglais, géologue de son état, qui faisait des relevés sur les plages normandes en vue du Débarquement. Grièvement blessé, et sous une fausse identité, ce dernier se trouve dans un hôpital normand où il est surveillé et protégé par une infirmière résistante. Mais les choses se compliquent lorsque que le Colonel Heindrich, ponte des services secrets de la SS, qui cherche à récolter un maximum d’informations sur le Débarquement, le retrouve. Si l’opération, musclée, est un succès, Pierre est néanmoins capturé par les allemands. Dès lors, la mission change, et les cinq jeunes femmes doivent partir pour Paris, retrouver Pierre et tuer Heindrich… 

« Si vous êtes arrêtées, la consigne c’est de tenir 48 heures. Parler trop tôt, c’est sacrifier des camarades »

Ayant sorti nanars sur nanars, films « populaires » sans grande ambition et totalement creux, la sortie du nouveau film de Jean-Paul Salomé, « Les femmes de l’ombre », s’accompagne forcément d’un lot de critiques assassines et d’une bonne dose d’appréhension. Il faut dire que le bonhomme est responsable, pour ne pas dire coupable, de quelques-unes des plus grosses bouses sorties sur nos écrans ces 10 dernières années. « Restons groupés » (1998), « Belphégor » (2001), ou encore « Arsène Lupin » (2004), sont ainsi à mettre à son crédit. Forcément, son projet sur la seconde guerre mondiale, rendant hommage aux combattantes françaises de l’ombre oubliées par l’Histoire, avait de quoi laisser perplexe. Et ce bien que le sujet lui tenait à cœur. Un sujet qui lui est venu par hasard, au détour d’un portrait d’une résistante française paru dans le Times. Celle-ci, Lise Villameur, faisait partie d’une groupe d’une cinquantaine de françaises et de français, officiant comme espions pour le compte des Services Secrets (SOE) crées par Churchill. Avec l’aide de l’historien Olivier Wieviorka, Jean-Paul Salomé s’est donc consacré pleinement à ce projet, souhaitant rendre hommage à ces femmes combattantes, qui, comme il nous le rappelle, n’ont pas toujours eu la reconnaissance à laquelle les hommes ont eu droit. Pour la petite histoire, c’est Laura Smet qui avait été choisie pour interpréter le personnage de Suzy. Malheureusement, en proie à une dépression, elle du renoncer en cours de tournage, le rôle revenant donc finalement à Marie Gillain

« Jamais vous auriez fait un coup comme ça à des hommes »

Sujet historique grave et méconnu, intentions louables : « Les femmes de l’ombre » donnait matière à faire un grand film de guerre, une grande fresque historique, dramatique et émouvante, à condition de la traiter avec un maximum de retenue et de sobriété. Deux qualités qui font cruellement défaut à Jean-Paul Salomé. Il faut dire que ce dernier tombe systématiquement dans tous les pièges en accumulant tout ce qu’il ne fallait pas faire : personnages mal dessinés et caricaturaux (Suzy, Gaëlle) rendant ces portraits de femmes particulièrement ternes, situations clichées et improbables (détournement de l’attention des soldats par un spectacle de strip-tease pour libérer un prisonnier à leur barbe, fusillade dans le métro au milieu des civils), mélo guimauve (relation entre Suzy et Heindrich) et franchement tire-larmes (la relation entre Louise et son frère), le film tourne très vite au mauvais téléfilm, un peu cheap et franchement creux. Le traitement de l’histoire est également critiquable : Salomé s’inspire ici clairement de la trame des « Sept mercenaires » (Sturges – 1960) et des « Douze salopards » (Aldrich – 1967), avec la présentation d’une situation dramatique, d’un oppresseur à éliminer, du recrutement des personnalités adéquates (forcément très opposées, spécialisées dans des domaines très différents, et à la fin logiquement très complémentaires et liées), et de leur sacrifice successif pour le bien de la mission. Une telle construction est parfaitement adaptée pour un western ou un film de guerre, mais beaucoup moins pour un film historique. L’effet est donc inverse et donne lieu à des scènes hallucinantes de clichés et d’improbabilité (Pierre connaît tout des plans du Débarquement alors qu’il est plus que douteux que les alliés aient pris le risque d’envoyer des hommes trop bien informés en zone adverse de peur qu’ils livrent des infos primordiales à l’ennemi ; par ailleurs nos héroïnes travaillent avec un collabo qu’elles avaient dans un premier temps capturé et qu’elles n’éliminent jamais et qui ne les dénonce jamais ; le coup du piège tendu par l’une d’elle qui est en fait l’ancien amour du colonel est franchement risible, apportant une touche de romanesque à deux balles). Un tel sujet aurait mérité un traitement bien différent, plus sobre, dramatique, et respectueux, comme pouvait l’être le chef d’œuvre de Melville, « L’armée des ombres ».

« La pitié, tu ne connais vraiment pas. Essaie d’être plus humaine pour une fois »

 

Le film ne brille pas non plus par sa réalisation. Si le choix de tourner le film en décors réels semble justifié et judicieux, apportant une sorte de véracité au sujet, la photographie du film et ses mouvements de caméras, franchement académiques, et pas assez amples, trop studieux et calibrés, lui confèrent un regrettable aspect visuel digne d’un téléfilm. Souffrant du même mal, le récent « Un secret » de Miller semble mettre en avant un problème récurrent touchant les films français récents traitant de cette période. Les acteurs ne sont pas non plus transcendants, livrant dans l’ensemble une performance là aussi assez moyenne. Sophie Marceau, toujours égale à elle-même, en fait des caisses dans un rôle où la retenue était de mise. Pire, elle semble vraiment croire dur comme fer à son personnage, pourtant constamment dans l’excès et le faux. A ses côtés, Marie Gillain est étonnement transparente (il faut dire que son rôle est on ne peut plus caricatural), et Déborah François bien pâle (donneuse de leçon qui craque d’entrée devant l’interrogatoire, sa quête de rédemption associée à son côté cul-béni en fait également un personnage particulièrement mal écrit et mal traité). La pire performance est à mettre au crédit de Julien Boisselier. Véritable énigme cinématographique française (pas du tout cinégénique, jeu stéréotypé), il manque cruellement de charisme pour tenir comme il se doit ce rôle de dur à cuir. La bonne surprise vient, comme toujours, de Julie Depardieu, qui brille par sa justesse dans un nouveau (et énième) rôle de grande gueule gouailleuse au grand cœur. L’autre bonne surprise vient de Moritz Bleibtreu. Le comédien allemand, vu dans « Les particules élémentaires » et dans « Le concile de pierre », habite de manière très juste cet officier nazi, tiraillé entre sa violence, son obsession pour la traque de l’information, et la recherche de son ancien amour. Tout juste assez pour rendre ce film regardable et distrayant. Les héroïnes de l’ombre, quelque peu oubliées par l’Histoire, méritait quand même un hommage un peu plus poignant et fidèle à leur sacrifice. Mais bon, comme on dit, c’est l’intention qui compte…

  



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clarabelle 26/03/2008 09:02

n'importe quoion se demande si on a vu le même film...les femmes de l'ombre est un divertissement efficace qui m'a émue, les actrices sont très bonnes et julien boisselier aussi...je l'ai vu avec ma grand mère, ancienne résistante dans les PTT qui était très bouleversée...un très bon film

Melissa 14/03/2008 10:16

J'ai l'impression de relire ma critique tant on a vu les mêmes défauts. Comédiens, réalisation, clichés en tout va, rien n'est fait pour rendre réellement hommage à ces femmes. Pour Julien Boissollier, c'est un acteur que j'adore (oui, on peut l'adorer), mais ce registre ne lui correspond pas du tout. Du reste, le film est divertissant, ce qui le sauve, en quelque sorte.

Bob Morane 13/03/2008 15:51

Merci pour ces critiques éclairées. ça m'évite d'aller perdre mon temps. De la part de Salomé, je ne suis pas étonné. Jusqu'à présent, j'ai toujours été déçu par ses films. Dommage pour Sophie Marceau que je trouve en plus d'être canon, souvant émouvante. Quand à Boiselier, jamais bien compris ce qu'on pouvait lui trouver. Mystère...

Snifff 13/03/2008 01:38

Merci pour ton soutien concernant Julien Boisselier. Et puis c'est vrai que tu es bien généreux. Je me trouve moi-même très généreux en lui donnant une petite étoile. Mais bon ce n'est pas non plus un film détestable.

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