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19 Sep

La fièvre dans le sang

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Bud ne me parle jamais de la bourse. Il ne connait rien aux affaires de son père. Ça ne l’intéresse pas »

En 1929, dans une petite ville du Kansas, Bud, fils d'un riche propriétaire, et Deanie, fille d'un petit actionnaire, s'aiment passionnément et songent à se marier. Mais les préjugés sont trop forts, et leurs parents s'opposent à cette union...

« - Maman ? Est-ce une chose si blâmable d’être attirée par un garçon ? – Aucune fille honnête ne l’est »

Réalisé en 1961, « La fièvre dans le sang » est déjà une œuvre de fin de carrière pour le mythique réalisateur Elia Kazan, alors déjà lauréat de deux Oscars (pour « Le mur invisible » en 1948 et pour « Sur les quais » en 1955). Moins connu peut-être que plusieurs de ses autres films (« L’équipée sauvage », « A l’est d’Eden », « Un tramway nommé désir », « America, America »), « La fièvre dans le sang » n’en est pas pour autant un film mineur ou une œuvre de moindre qualité. Sur un scénario de William Inge (à qui l’on doit ceux de « Picnic » ou de « Bus stop »), le film marque les grands débuts sur grand écran d’un jeune premier remarqué par Kazan sur les planches de Broadway : Warren Beatty. Il aura pour partenaire la fraiche Natalie Wood, qui a obtenu le rôle face à Lee Remick et surtout à Jane Fonda. Une idylle naitra d’ailleurs entre les deux acteurs sur le plateau, provoquant le divorce de Natalie Wood d’avec Robert Wagner (qu’elle réépousera quelques années plus tard). Deux fois nommé aux Oscars en 1962 (avec une nomination pour Natalie Wood en tant que meilleure actrice), le film repartira avec la statuette du meilleur scénario pour Inge. A noter que le film a fait l’objet d’un remake pour la télévision en 1981, avec notamment Melissa Gilbert, Michelle Pfeiffer et Eva Marie Saint au générique.

« Aucune parole n’est meilleure que celle qui vient du cœur »

Il y a de grandes histoires d’amour, de grandes romances, de celles intemporelles et romanesques où les sentiments sont purs et infinis, comme seul le cinéma sait les raconter. On se souvient ainsi de ces grandes romances classiques restés dans les mémoires comme celles de « Autant en emporte le vent », du « Docteur Jivago », du « Fantôme de Madame Muir » ou encore de « Love story ». Peut-être un peu moins connue, celle que nous raconte Kazan dans « La fièvre dans le sang » est pourtant de celles-là. Car si on dit que les amoures les plus romantiques sont celles qui laissent un goût d’inachevée, cette chronique sentimentale particulièrement tumultueuse s’avère particulièrement émouvante. De la fin de leur scolarité au lycée d’une petite ville du Kansas à leur arrivée dans l’âge adulte peu après le krach boursier de 1929, on assiste à la relation passionnée qui consume Deany et Bud, nos deux jeunes et beaux tourtereaux. Un amour mis à mal et bridé par une société moraliste et puritaine, qui ne pense qu’au profit et au qu’en-dira-t-on, et à laquelle la jeunesse, trop obéissante, n’ose jamais vraiment s’opposer. Derrière cette jolie romance, Kazan nous livre une féroce chronique sociale, particulièrement acerbe et cynique. Dans la lignée de ces films qui se sont multipliés dans les années 50-60 et dans lesquels amour et lutte des classes sont intimement liés (« Une place au soleil », « On achève bien les chevaux », « Propriété interdite »), Kazan porte un regard cynique et cinglant sur cette société puritaine et conservatrice, bridant la jeunesse et considérant – telle l’aristocratie – le mariage avant toute chose comme un tremplin social. Et tant pis s’il faut forcer ses enfants à contenir leurs pulsions, à renoncer à épouser celui ou celle qu’ils aiment, à exercer le métier dont il rêve, à sombrer dans de profonde dépression, ou finalement à gâcher leur vie. Ces mêmes parents, qui – ironie du sort – n’hésitent pas à braver les lois pour boire discrètement de l’alcool frelaté en pleine prohibition, ou à inciter les fils à aller voir les filles de petites vertus. Forcément, un tel raisonnement ne peut conduire qu’à une fin où les rêves ne peuvent se réaliser. On en retiendra cet échange de regards émus et plein de non-dits entre la troublante Natalie Wood et le falot Warren Beatty dans une ultime scène bouleversante, pleine de regrets, et où chacun tire un trait définitif sur sa jeunesse et sur la possibilité de la réalisation de son bonheur. De ce très joli film, tout juste regrettera-t-on ses quelques longueurs et baisses de régime. Mais qui rien qui ne vienne entacher l’élégante mise en scène d’Elia Kazan, avec ses scènes très étirées et sa très belle photographie. De l’ensemble, on retiendra aussi le charme et l’émotion de la belle Natalie Wood, ainsi que la très belle composition de Pat Hingle, qui accentuent quelque peu le jeu moins subtil d’un Warren Beatty un peu falot. Un bien joli film en tout cas.

  



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Bob Morane 20/09/2008 08:47

Vu il y a très lmongtemps, entre-aperçu récemment à la tv, j'enn ai gardé un bon gout, mais il falloir que je me le remate au plus vite.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!