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07 Sep

La fille coupée en deux

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

«  - Tu es devenu le Seigneur du coin ? Une sorte de marquis ? 

    - Le Marquis de Sade, oui ! »

 

Affiche conçue par Miss.Tic. Wild Bunch DistributionLyon. Gabrielle est une ravissante jeune femme à qui la vie semble sourire. Son succès comme présentatrice météo de la chaîne locale devrait lui ouvrir rapidement d’autres portes et d’autres perspectives. Un jour cependant, lors d’une séance de dédicace dans la librairie de sa mère, elle fait la rencontre de Charles Saint-Denis, auteur à succès reconnu, la cinquantaine épanouie, pervers, brillant et marié, qui la séduit immédiatement. Courtisé en même temps par Paul Gaudens, jeune oisif, héritier d’une grande firme pharmaceutique, elle se donne corps et âme à Charles qui l’entraîne dans une relation sans avenir : il refuse de quitter sa femme, et surtout il entraîne Gabrielle dans une série de jeu de plus en plus pervers. Le jour où il la quitte, elle décide de céder par dépit aux avance de Paul. Mais ce dernier n’est pas non plus un modèle d’équilibre…

 

« - Tu fais l’unanimité mon cher !

   - Pour ou contre moi ? »

 

Ludivine Sagnier et François Berléand. Wild Bunch DistributionLe cinéma de Chabrol est devenu une institution depuis des années. Sa filmographie pléthorique s’enrichit encore de sa traditionnelle production annuelle. Autant dire que la sortie de chacun de ses films constitue en soit un petit événement. Et ce d’autant plus que ses derniers films n’ont pas forcément fait l’unanimité. A l’exception faite de son dernier film en date, « L’ivresse du pouvoir », ses dernières productions telles que « La demoiselle d’honneur » (2004) ou « La fleur du mal » (2003), n’ont jamais vraiment emballé la critique ni rencontré leur public. La sortie de cette « Fille coupée en deux » était donc d’autant plus attendue.

 

« - Je ne pensais pas vous revoir aussi vite…

   - Parce que vous pensiez me revoir ? »

 

Ludivine Sagnier et Benoît Magimel. Wild Bunch DistributionInspiré d’un fait divers américain datant de 1906 où un dandy millionnaire assassinait en public un architecte connu qui avait été par le passé l’amant de sa femme, cette histoire avait déjà fait l’objet d’une adaptation sur grand écran par Richard Fleischer en 1955 avec « La fille sur la balançoire ». On comprend très bien pourquoi Chabrol s’est inspiré d’un tel fait divers. En effet, replacée en province, cette histoire lui permettait – une nouvelle fois – de dessiner et d’opposer deux univers qu’il affectionne particulièrement, la bourgeoisie figée de province et les cercles d’intellectuels. Ce qui est moins évident, c’est de comprendre ce qu’à voulu nous donner à voir l’ami Chabrol. Car c’est avant tout une histoire archi prévisible à laquelle on assiste. La fin est prévisible après un tiers du film, et c’est sans surprises que les pseudos rebondissements finaux se mettent en place. Qu’il ait voulu jouer sur les apparences est une chose. Ainsi, entre cet écrivain vivant tranquille à l’écart du monde, avec sa femme avec qui il semble vivre une histoire parfaite, et qui en fait fréquente les clubs échangistes et est un habitué des histoires sordides, et de l’autre un jeune homme issu d’une bonne famille dans laquelle tout est irréprochable, des bonnes œuvres à la religion, mais où personne n’est capable de s’aimer et ou il faut en permanence éviter le scandale, expliquant au passage son manque d’équilibre, tous les personnages cachent ici une forme de perversion sous le vernis social. Comme dans tous les Chabrol. Sauf qu’à la différence des excellents « Que la bête meure », « Le boucher », ou encore « La cérémonie », l’évolution psychologique des personnages qui faisait la qualité des films de Chabrol, est ici pratiquement absente, coulant en grande partie un film déjà lent et sans surprise.

 

« - Paul, tu fais la plus grosse bêtise de toute ta vie

   - Et ce ne sera certainement pas la dernière »

 

Ludivine Sagnier et François Berléand. Wild Bunch DistributionSur la forme, Chabrol n’innove pas énormément, se contentant de reprendre les éléments qui ont fait sa griffe visuelle, à savoir une grande lenteur et une certaine froideur dans chaque plan. Sa direction d’acteurs reste cependant bonne. On saluera ainsi la prestation de Ludivine Sagnier, totalement habitée par son personnage et dont la moue ingénue correspond parfaitement au rôle qu’elle interprète. En outre, il y avait longtemps qu’on ne l’avait pas vu aussi charmante dans un film. A ses côtés, Berléand est toujours globalement bon, mais joue systématiquement le même rôle de mec un peu misanthrope et intello pervers (il jouait déjà le même rôle d’intello pervers dans « Romance X » de Breillat). Magimel quant à lui campe un dandy quelque peu caricatural mais finalement assez crédible dans sa folie. On notera surtout la belle présence des seconds rôles, tous impeccables, que ce soit Marie Bunel, Etienne Chicot, Didier Bénureau, ou Jean-Marie Winling. Enfin, c’est avec beaucoup de plaisir qu’on retrouve après une longue absence la toujours magnifique Mathilda May.

 

« Je viens de tuer l’homme qui a perverti ma femme »

 

Benoît Magimel. Wild Bunch DistributionAvec cette « Fille coupée en deux », Chabrol se contente du minimum syndical. Certes meilleur que sa « Demoiselle d’honneur », ce film se contente malgré tout de jouer pour la énième fois sur les apparences des deux milieux que l’auteur adore titiller, à savoir la bourgeoisie de province et l’intelligentsia. Avec une histoire prévisible, où l’évolution psychologique des personnages se limite au strict minimum, les deux heures que durent le film paraissent vite interminables. Reste le jeu des acteurs qui dans l’ensemble est irréprochable et rattrape un tout petit peu l’ensemble. Ce dernier Chabrol est encore une déception.

 François Berléand. Wild Bunch DistributionMathilda May. Wild Bunch Distribution



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Fritzlangueur 19/09/2007 16:12

Avec le recul, ca fait presque un mois que je l'ai vu, on peut classer ce Chabrol là au rang des "presque réussis", c'est mieux que le rang des "brouillons" (légion chez le réalisateur) mais moins que ces petits chefs d'oeuvre (Violette Nozière, Une affaire de femmes, La cérémonie). Le vieux renard devrait je pense s'attacher à une certaine discipline surtout en ce qui concerne sa direction d'acteurs !

Bob Morane 07/09/2007 12:12

Autan être hônnete jusqu'au bout, Chabrol m'a toujours fait chier, à l'exception du boucher. Sa demoiselle d'honneur, ou il bavait comme un vieux pédophile sur le corps de laura smet, il est des réalisateurs à éviter. Cette critique conforte ma décision.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!