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26 Jun

Fragile(s)

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Il faut lever un genou après l’autre sinon on boit la tasse »

 

La mode du cinéma français semble être au film choral. Après les récents « Ma place au soleil » ou encore « J’attends quelqu’un », qui n’ont pas connu les succès escomptés comptes tenu de leur casting, c’est donc au tour de Martin Valente de se risquer à ce genre périlleux. Périlleux, car ce genre de film ne repose que sur un fragile équilibre entre sobriété des comédiens et subtilité du scénario. Pour son second long métrage, après « les amateurs » (2004), il s’offre même le luxe d’un casting des plus prestigieux et alléchants pour un film français depuis pas mal de mois, puisqu’on y retrouve entre autre Daroussin, Gamblin ou encore Berléand. Retour sur un résultat fragile.

 

« Hier soir ? Je suis remonté dans ma chambre après dîner. J’ai une vie trépidante »

 

L’histoire :

 

Six personnages qui n’ont rien à voir entre eux pour la plupart vont se retrouver lier directement ou indirectement selon les cas par un fil ténu, un lien improbable qui va unir, entre Paris et Lisbonne, ses solitudes que rien n’aurait du réunir. Parmi eux, il y a Vince, l’inspecteur de police qui planche sur un traffic de drogue entre Paris et Lisbonne, et dont la femme est plongée dans un coma longue durée. Il y a aussi Paul, metteur en scène dont le dernier film est un naufrage, et qui part contre son gré le présenter à Lisbonne pour un festival de film français. Il part en laissant sa femme Hélène avec son petit-fils, alors que celle-ci n’a pas l’instinct maternelle, qu’elle ne supporte pas l’idée d’être grand-mère ni de vieillir, et qu’elle a peur des enfants. On y retrouve également Yves, pharmacien de province, joyeux comme une porte de prison, et qui n’arrive pas à se débarrasser d’un énigmatique chien qui le suit en permanence. Enfin on y retrouve également Nina, jeune musicienne junkie qui vit séparée de son fils, et Sara, jeune femme qui vient de se faire licencier et qui suit sa colocataire Isa pour un week-end à Lisbonne.

François Berléand et Sara Martins. Bac Films

 

« - J’aurais voulu que mon film marche. Pas pour moi, je m’en fiche, mais pour ma femme.

   - Je l’ai trouvé très beau votre film, je serais fière, moi »

 

Le vrai problème du film choral, c’est qu’il tient de la vraie mauvaise idée. D’un côté il y a l’envie de faire un film ambitieux, avec plein d’acteurs différents, en jouant sur la difficulté des destins croisés, et en planchant sur des thèmes comme le hasard, le destin, et la solitude. Et puis de l’autre côté, il y a le fait qu’un tel film ne peut reposer que sur un scénario très bien construit, sans lequel un tel film ne ressemble à rien. Et en toute honnêteté, le film de Valente ne remplit pas totalement le cahier des charges. La faute à un scénario pas assez travaillé, pas assez constant. En effet, celui-ci laisse une place trop énorme au hasard (en l’occurrence, c’est pire que du hasard pour qu’une telle improbabilité de voir tous ces personnages réunis à différents degrés se réalise), ainsi qu’à une avalanche de bons sentiments, qui aboutit forcément à un happy-end des plus malvenus.

Jean-Pierre Darroussin et Marie Gillain. Bac Films

 

Pourtant, Valente avait essayé de trouver un ton assez sympathique à son film, mêlant à la fois mélancolie et humour avec une certaine pointe de légèreté (ce qui n’est quand même pas si facile quand on part de sujets aussi grave que l’addiction à la drogue ou le coma définitif de sa compagne, reconnaissons-le !). Et ce ton marche pendant toute la première moitié du film, essentiellement durant tous les passages consacrés au duo Berléand/Martins. Mais pour le reste, les sujets, trop graves, sont souvent traités de manière caricaturale, et tombent systématiquement à côté .

 

« Plus je pleure, plus mes lentilles me font mal et plus mes lentilles me font mal et plus je pleure »

 

Cette idée de construction scénaristique basée sur des duos était pourtant pertinente (Berléand/Martins, Gamblin/Cellier, Darroussin/Gillain), et cette articulation offrait des perspectives intéressantes. Malheureusement, elles ne sont jamais bien exploitées, la faute à un scénario qui tombe dans tous les pièges du genre, comme la réunion de tous les personnages dans une sorte d’happy end universel, frisant avec écœurement l’angélisme. De même, Valente n’arrive pas à donner une tonalité générale harmonieuse à l’ensemble, le film hésitant en permanence entre comédie douce-amère (avec des situations vraiment drôles), mélancolie, et drame. Ainsi, il y a une réelle inégalité dans l’exploitation scénaristique des duos : si le duo Berléand/Martins s’en sort le mieux, notamment grâce à un sujet plus léger et des situations plus caustiques, les deux autres duos sombrent vite dans le drame stéréotypé, et l’avalanche de bons sentiments mièvres, la palme revenant au très caricatural et excessif tandem Darroussin/Gillain.

Jacques Gamblin et Caroline Cellier. Bac Films

 

« - On décide de gagner.

   - Ou de ne pas jouer »

 

La qualité des interprètes est inégale là encore. Si Gamblin et plus encore Berléand se démarquent clairement du lot par leur justesse (normal pour des habitués de ce genre de film), sachant passer en un rien de temps du drame à la drôlerie, les autres ne s’en sortent pas aussi bien, notamment les deux jeunes interprètes féminines que sont Sara Martins et Elodie Yung. Pour le reste, s’ils sont loin d’être mauvais, on regrette de retrouver pour la énième fois Darroussin dans un rôle de mec renfermé, bourru, et finalement au grand cœur. Même chose pour une Marie Gillain que nos cinéastes peinent à imaginer autrement qu’en poupée à la fois hargneuse, cassée et fragile. A souligner le plaisir de retrouver la toujours très juste Caroline Cellier, qui s’est faite un peu trop rare ces dernières années au cinéma.

                         François Berléand. Bac FilmsJean-Pierre Darroussin et Marie Gillain. Bac Films

 

Pour conclure, on peut dire que ce film, « Fragile(s) », porte bien son nom. S’il part d’une bonne intention et d’une idée pas nouvelle mais forcément intéressante à exploiter pour un cinéaste, il pèche par manque d’originalité et par un scénario jamais abouti et correctement exploité, qui tombe dans tous les pièges d’improbables happy ends et d’avalanche de bons sentiments. En outre, un des principaux problèmes de ce film est de ne jamais trouvé une unité de ton. Sans être un ratage complet, le film n’est pas pour autant une œuvre majeure. A peine mieux écrite et réalisé qu’un téléfilm un peu ambitieux, il peut tout à fait attendre un passage télé ou la sortie du dvd.



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Bob Morane 27/06/2007 07:06

Encore une très belle critique, non destructive quui nous donne de l'intérêt sur un genre de film pas si évident à faire et à faire aimer. Elle nous donne encore une fois, la curiosité de vérifier si en effet il s'agit d'un ratage, mais qu'en tout état de cause, nous aurons été intelligeament prévenu.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!