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24 Nov

Géant

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Au Texas, quand quelqu’un a plus de terres qu’un autre, c’est qu’il les a volées »

Liz, une jeune femme du Maryland se marie avec un jeune et très riche propriétaire texan, Bick Benedict. Le film narre l'histoire de leur famille sur près de 40 ans en insistant sur la discrimination dont font preuve dans cet Etat les Mexicains et en racontant l'émergence de l'économie du pétrole face à celle des grands ranchs. De même que sur la rivalité naissante entre Bick et Jett Rink, son ancien métayer, qui fera fortune grâce au pétrole qu’il découvrira sur une parcelle de la propriété des Benedict dont il hérite.

« Prenez le temps de le visiter : le Texas restera toujours le même »

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Réalisateur prolifique, Georges Stevens avait jusqu’ici officié sous contrat à la MGM, pour laquelle il a signé nombre de succès (« La chanson du passé », « L’homme des vallées perdues », ou encore « Une place au soleil », déjà avec Elizabeth Taylor, qui lui valu son premier Oscar en tant que réalisateur). Tout juste libéré de son – long – contrat, il se lance dans un chantier pharaonique, l’adaptation de « Géant », le roman d’Edna Ferber. Film de légende, « Géant » marquera son temps par son budget colossal de 5,4 millions de dollars (soit le film le plus cher jamais produit jusqu’alors par la Warner et qui sera détrôné plus de quinze ans plus tard par « Superman ») et par son succès public (plus de 35 millions de dollars de recettes). Le décès tragique quelques jours à peine après la fin du tournage du jeune James Dean, dont s’est ici la troisième et dernière apparition au cinéma, achèvera de faire entrer le film dans la légende. A noter que son personnage s’inspire directement de Glen McCarthy, connu outre-Atlantique comme étant l’un des plus grands magnats du pétrole de l’après-guerre. « Géant », qui inspira largement la série télévisée « Dallas », reçut 10 nominations aux Oscars de 1957, dont celles de meilleur acteur pour Rock Hudson et pour James Dean (à titre posthume), mais ne repartira qu’avec la statuette du meilleur réalisateur pour Georges Stevens, qui obtiendra là donc la seconde statuette de sa carrière.

« Elle a drôlement tourné la chance pour certaines personnes »

« Géant ». Rarement un film aura aussi bien porté son nom. D’une part parce qu’il est représentatif, sur la forme, de la démesure de l’âge d’or hollywoodien durant lequel les studios ne reculaient pas à produire des films fleuves longs de trois heures, avec des castings en béton armé, des décors fastueux et des moyens pharaoniques. D’autre part, parce que le film s’étend sur trois générations pour raconter l’Histoire moderne du Texas. Ou comment cet état hors normes (le plus gros, le plus riche en ressources naturelles) a muté économiquement et politiquement, le pouvoir et la richesse passant progressivement des mains d’une aristocratie d’éleveurs aux mains d’une aristocratie pétrolière. Sans pour autant que cela ne change rien à la culture ni aux mentalités de cet état bien spécifique, où racisme, sexisme et puritanisme sont toujours des valeurs incontournables. L’air de rien, c’est un peu l’Histoire des Etats-Unis qui nous est ici contée, à travers cette transition entre règne des cow-boys et règne des industriels. D’autant que par la suite le Texas aura beaucoup influé sur la fédération américaine, faisant (la dynastie Bush, Lyndon Johnson) et défaisant (Kennedy) les présidents au gré de ses intérêts.

« Faisons les choses en grand : montrons leur qui sont les maîtres dans ce pays »

Tout le talent de Georges Stevens est de savoir raconter cette (r)évolution si importante au travers d’un récit purement romanesque, sur un mode saga comme l’étant en son temps « Autant en emporte le vent ». L’opposition des anciens et des modernes étant représentée par la confrontation entre le riche héritier d’une dynastie d’éleveurs et son ancien métayer qui fera fortune tout seul en découvrant du pétrole. Une lutte des classes qui prendra des tournures de mise a mort, le jeune pétrolier cherchant à humilier et à prendre sa revanche sociale sur l’éleveur (en rachetant ses terres) sans obtenir de ce dernier le respect tant recherché. Et comme si le duel n’était pas assez complexe, les deux hommes se retrouvent condamnés à aimer la même femme, bourgeoise nordiste aux idées progressistes. Un trio amoureux intenable, qui rappelle que l’argent ne peut pas tout acheter. A commencer par le bonheur. Car les temps passent et les choses restent immuables. Malgré sa colossale fortune, le pétrolier demeure un homme seul à crever, alcoolique, désabusé, inconsolable de n’avoir jamais obtenu l’amour de celle qu’il a toujours aimé. A l’inverse, son rival restera le dernier tenant d’une époque révolu, son fils refusant de reprendre la tête du ranch familial et épousera une mexicaine. Malgré quelques longueurs et quelques effets un peu cheap (les maquillages censés vieillir les trois héros), le film restera dans la légende pour avoir révéler trois stars : Rock Hudson, une Elizabeth Taylor au top de sa sensualité et un James Dean à fleur de peau, incarnant à jamais l’image de la rébellion (allongé dans la décapotable le stetson vissé sur le nez), révélant un talent dingue lors d’une dernière scène digne de « Citizen Kane ». Il décèdera tragiquement quelques jours plus tard…

  



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Kleinhase 01/12/2009 22:09

Un film qui appartient à une époque aujourd'hui révolue, une époque où Hollywood - comme tu le dis très bien dans ta critique - ne craignait pas de faire dans la démesure. "Géant", au même titre que "Autant en emporte le vent", "Ben-Hur" ou encore "Lawrence d'Arabie", est un film à "grand spectacle", mais dont l'ampleur de la mise en scène n'a d'égale que la richesse du scénario... les productions actuelles ne savent plus associer les deux, se contentant le plus souvent de tout miser sur une débauche d'effets spéciaux, qui rime hélas avec platitude de l'intrigue.

Il y a parfois du bon à se rabattre sur les vieux classiques tels que "Géant", surtout lorsqu'ils sont servis par des acteurs aussi prestigieux que Rock Hudson, Elizabeth Taylor et James Dean. Ah, James Dean... l'éternel rebelle, l'écorché vif parti trop tôt... sa disparition aura décidément été une perte regrettable pour le 7e Art, qui n'aura jamais réussi à lui trouver un successeur digne de ce nom.

Bob Morane 25/11/2009 10:43

En effet, pour ne pas l'avoir vu depuis très longtemps, ce film est gravé dans ma mémoire dans les moindres détails tant il était fort en émotions. Très belle critique qui donne envie de le revoir.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!