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19 May

Greenberg

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Tu m’impressionnes : ça ne t’effraies pas de ne rien faire. Tu n’essayes pas d’impressionner les autres avec des valeurs à la con. »

Los Angeles. En attendant mieux, Florence Marr, qui rêve de devenir chanteuse, travaille chez les Greenberg comme assistante personnelle. Autrement dit, elle s’acquitte pour eux des tâches du quotidien les plus rébarbatives… Lorsque Philip Greenberg emmène sa femme et ses enfants en voyage à l’étranger, Florence a soudain plus de temps pour elle. Ce qui ne l’empêche pas de venir s’occuper du chien de la famille et de passer voir, par la même occasion, Roger, quadragénaire en visite chez son frère Philip. Tout aussi paumé que Florence, Roger a passé plusieurs années à New York où ses projets n’ont pas abouti. Il revendique désormais son droit de ne «rien faire»… Touchée par sa fragilité, Florence se rapproche peu à peu de cet homme en qui – curieusement – elle se reconnaît. Il se noue alors entre eux une relation improbable…

« Mon psy dit que je m’accroche au passé parce que je ne l’ai pas vécu »

Complice de longue date de Wes Anderson, dont il cosigna les scenarii de plusieurs films (« La vie aquatique », « Fantastic Mr. Fox »), le réalisateur Noah Baumbach passe souvent pour le disciple de ce dernier. Si la plupart de ses films restent inédits dans nos salles (on se souvient essentiellement des « Berckman se séparent » en 2006), « Greenberg » n’en est pas moins sa sixième réalisation, qu’il a présenté en compétition lors du dernier festival de Berlin. Avec ce film, Baumbach concilie les thèmes chers au ciné indé (la chronique sociale, les héros un peu décalés) avec une certaine tradition du cinéma américain, qui a toujours porté un regard empathique sur les personnages d'inadaptés chroniques. A ceci près que contrairement a "Forrest Gump" ou à "Rain man" ce Roger Greenberg n'a rien d'inoffensif ni de bienveillant. Au contraire! Névrosé, égocentrique, apathique, misanthrope, ce dépressif chronique n'a vraiment rien de sympathique. Qu’il s’agisse de la relation cruelle qu’il entretient avec son ex meilleur ami (dont il a causé l'échec), ou de la relation perverse qu'il impose à la seule femme voulant lui offrir son amour, les mésaventures de ce « Greenberg » se révèlent vite agaçantes et répétitives. Et ce en dépit du ton souvent décalé imposé par le réalisateur (le passage de l’avortement vaut son pesant de cacahuètes !).

« J’espère crever avant de devoir passer un entretien avec vous »

Il faut alors chercher l'intérêt du film ailleurs. Dans ce qui est indicible. Dans ce qui est dit de manière sous-jacente. Comme par exemple dans la satire sociale à laquelle se livre le réalisateur, brocardant tour à tour la middle class et sa course effrénée à la réussite matérielle, et la société de consommation pour les dérives malsaines qu’elle engendre, notamment la standardisation. Mine de rien, c’est un peu le mythe du rêve américain que Baumbach écorne. Comme si l’Amérique avait sacrifié tout espoir d’hédonisme et de rédemption sur l’autel du Dieu Dollar. Et si la réussite est encore possible à ceux qui s’en donnent les moyens, elle ne donne accès qu’à un paradis aseptisé (pavillon dans une banlieue chic, avec piscine et grosses voitures). Le réalisateur jouant beaucoup de l’opposition – trop caricaturale et démagogique – entre des biens de consommation périssables et des productions artisanales faites pour durer, à l’image notamment de la musique, des marionnettes ou encore de la niche construite par le héros. Au fond, c’est surtout l’idée d’une certaine uniformisation qui effraie le réalisateur. La déshumanisation d’une société de plus en plus intolérante au fil des générations, qui ne permet plus aux plus faibles de trouver leur place ni aux esprits différents de s’épanouir. Face à la caméra, on découvre un étonnant Ben Stiller dans un registre qu’on ne lui connaissait pas. Et même si on ne peut s’empêcher de sourire en se rappelant qu’il se moquait gentiment de ce type de rôles dans son excellent « Tonnerre sous les tropiques » (Simple Jack forever !), force est de constater qu’il est ici très bon. Les excellentes prestations de Greta Gershwig et de Rhys Ifans n’y étant probablement pas étrangères. Derrière la camera, Baumbach prouve quant à lui en l'espace de quelques plans (comme ce superbe plan séquence où Greenberg s'immerge dans la piscine) qu'il a du talent à revendre. Pour autant, son film s'avère bien trop dépressif et déprimant pour nous convaincre.

  



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Bob Morane 20/05/2010 20:59

...et j'avoue que la bande annonce ne m'avait pas trop motivé ) aller le voir...

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!