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11 Oct

Des hommes et des dieux

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Qu’est-ce qu’on fait s’ils viennent jusqu’au monastère ? On se laisse tuer gentiment ? »

Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour…

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Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.

« Si. J’ai le choix »

Il est toujours difficile de revenir sur les lieux d'un crime. Surtout quand celui-ci est entouré de mystères, de zones d'ombre, de polémiques et de secrets d'états. Comme dans le cas du dramatique assassinat des moines cisterciens de Tibhirine, survenu en 1996 en pleine guerre civile algérienne. Un fait divers terrible, qui avait ému la France entière, lui rappelant brutalement le conflit qui était en train de se jouer de l'autre côté de la Méditerranée. Avec son projet d'évoquer les derniers mois de ces moines précédent leur enlèvement et leur assassinat, Xavier Beauvois, cinéaste exigeant et adepte des récits fortement ancrés dans une certaine réalité sociale (« N'oublie pas que tu vas mourir », « Selon Matthieu », « Le petit lieutenant »), s'aventurait en terrain particulièrement miné. Toutefois, présenté en compétition officielle à Cannes, « Des hommes et des dieux » avait particulièrement ému festivaliers et critiques. Au point de repartir auréolé du Grand Prix du Jury. En outre, le film représentera la France lors de la prochaine cérémonie des Oscars.

« Je n’ai pas peur des terroristes ni de l’armée. Je ne crains pas la mort non plus. Je suis un homme libre ! »

Un homme a-t-il le droit de céder devant ses peurs et d'abandonner son troupeau face au danger, quand bien même aurait-il décidé de consacrer sa vie à Dieu et aux autres? Tel est le questionnement existentiel, pour ne pas dire philosophique, qui a hanté les moines de Tibhirine, durant les derniers mois de leur vie, à mesure que le danger d'une guerre dont ils n'étaient alors que les témoins allait se rapprocher inéluctablement d'eux. Le sujet était assurément complexe. D'une part sur le fond puisque abordant toute une série de thèmes propres à la polémique, mais aussi sur la forme, les standards du cinéma actuel n'encourageant pas outre mesure à l'introspection. Toute l'intelligence de Beauvois aura donc été de le traiter véritablement à hauteur d'homme, en faisant abstraction de toutes considérations politiques, religieuses ou prosélytistes. La mise en scène, soignée et documentée, s'attache donc à montrer le quotidien très ordonné et routinier de ces hommes menant une vie humble, partagée entre travail de la terre, aide à la communauté (via les activités du médecin, Frère Luc, le personnage peut-être le plus attachant du film, interprété avec malice par l'excellent Michael Lonsdale) et prières. Surtout, Beauvois montre combien ces hommes vivaient en parfaite entente avec les populations musulmanes des villages alentours. Tandis que les premiers doutes et les premières peurs apparaissent à mesure que le danger se rapproche (irruption des islamistes un soir de Noël au monastère, massacre d'un groupe de travailleurs croates), la caméra de Beauvois va tenter de saisir l'indicible, ce cheminement spirituel et philosophique qui va pousser ces hommes à dépasser leurs peurs et à accepter leur destin plutôt que de céder à la barbarie et à la menace. Avec un ultime repas aussi apaisé que poignant au son du « Lac des cygnes » de Tchaikovski, le funeste destin se met en marche. Et tandis que les moines en aubes blanches se fondent avec leurs ravisseurs dans l'aube enneigée, Beauvois délivre à travers eux un message fort de paix, de tolérance, et de résistance contre la barbarie et l'obscurantisme. Du grand art.

  



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goodfeles 17/01/2011 11:49

Comme dis dans le commentaire précédent c'est une remise en question de l'Homme et sa nature ! Une déclaration d'amour a l'Humanité dans ce trés beau film j'ai trouvé ! Quelle interprétation !

Bob Morane 12/10/2010 11:49

Oui très beau film émouvant. Tout en conaissant la fin, on se sent totalement dans leur peau avec l'angoisse de ne pas faire le bon choix. Il meurent en hommes libres. Très belle leçons aux intégristes de tous bord.

Chris 12/10/2010 07:11

Je pense que si le film a autant de succès, c'est qu'il renvoie chacun d'entre nous à ses propres valeurs, ses propres choix : qu'aurais je fait à leur place ? Il parle aussi de valeur qui n'ont plus cours mais dont tous nous gardons la nostalgie : s'ennuyer, prendre son temps, croire en quelque chose....

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!