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07 Apr

Infidèlement vôtre

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« Certains hommes vous évoquent naturellement du Champagne, et d’autres du jus de pruneau »

Sir Alfred Carter est un célèbre chef d’orchestre. De grande réputation, il sillonne avec un flegme et une légèreté tout autant britannique que lui les quatre coins du pays pour diriger des concerts. Mais suite à quiproquo, durant son absence pour cause de représentation, son beau-frère décide d’engager une détective privé pour suivre sa femme Daphné. Lorsque Alfred revient de voyage, il reçoit le rapport de ce dernier, laissant planer des doutes sur la fidélité de cette dernière. En outre, Alfred la soupçonne de le tromper avec son jeune et élégant secrétaire, Tony. Au cours de la représentation qu’il donne le soir même en ville, il imagine trois scénarios lui permettant de se débarrasser de sa femme… 

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« - Tu n’es pas tombée amoureuse d’un autre homme que moi en mon absence ?

   - Comment aurais-je pu ? Tu avais emporté mon cœur avec toi »

Réalisateur un peu tombé dans l’oubli aujourd’hui, Preston Sturges, avant tout connu pour son travail de scénariste, a réalisé une dizaine de comédies essentiellement dans les années 40. On lui doit notamment « Les voyages de Sullivan » (1942), porté par la belle Veronica Lake. Sous contrat de longue date avec la Paramount, cet « Infidèlement vôtre » sera le premier film du réalisateur pour les studios de la Fox, pour lesquels il réalisera également quelques mois plus tard « Mam’zelle mitraillette ». Pour son avant avant-dernier film, Sturges a notamment subit l’intrusion dans son travail de Daryl Zanuck, le célèbre producteur de la Fox, qui a imposé un certain nombre de coupures au montage. Si le personnage central est en partie inspiré d’un véritable chef d’orchestre anglais, Sir Thomas Beecham (dont le papa est le célèbre inventeur d’une pilule laxative, dont l’équivalent américain s’appelle Carter, d’où le nom du personnage), c’est le comédien britannique James Mason qui était tout d’abord pressenti pour obtenir le rôle, tandis que le personnage de son épouse fut proposé en vain à Gene Tierney. A la place, ce sont donc Rex Harrison et Linda Darnell qui hériteront des rôles, se retrouvant à l’affiche d’un film deux ans seulement après s’être donnés la réplique dans « Anna et le roi de Siam » (Cromwell). Gros échec commercial, ce dernier s’explique en partie par le choix délibéré des studios de minimiser toute campagne de promotion, suite au suicide de la comédienne Carole Landis, alors maîtresse du pourtant marié Rex Harrison. Un fait divers trop proche du synopsis du film, qui ne pouvait que lui nuire. A noter que le réalisateur Howard Zieff en a signé un remake, intitulé en français « Faut pas en faire un drame », sorti sur nos écrans en 1984 et porté par le tandem Dudley Moore et Nastassja Kinski. .

« Moi, je ne l’aurai pas fait suivre. Quoi qu’elle ai fait, je me serai contenté de ce qu’elle avait à me donner »

Comédie assez vaudevillesque, cet « Infidèlement vôtre » fait penser, par sa légèreté, son intelligence, et son sens des dialogues qui font mouche, aux comédies américaines des années 40 signées Capra ou Hawks. Pourtant derrière ses alternances de bons mots et de scènes burlesques, Preston Sturges touche à des sujets plus profonds et plus sombres, comme la jalousie et la vengeance, dressant au passage une satyre sociale peu reluisante. Avec talent, il s’intéresse donc à ce personnage de célèbre chef d’orchestre, homme sûr de lui pour ne pas dire arrogant, qui aime se montrer et qu’on le regarde, vaciller et s’effondrer lorsqu’il se met à soupçonner son épouse d’infidélité. Une étude psychologique assez fine et intelligence, parfois sombre, mais toujours désamorcée par la causticité d’un scénario sur mesure. Dans ce sens, les trois plans échafaudés par le héros pour se débarrasser de sa femme, prennent la forme de parfait exutoire à la colère du mari blessé. Mais dans un long final totalement burlesque où ce dernier tente en vain de mettre ses plans à exécution, Sturges nous rappelle également combien il est difficile de passer à l’acte, et ce d’autant plus que son héros aime trop sa femme pour pouvoir vivre sans elle. Mais malgré l’intelligence du propos et le flegme subtil avec lequel la réflexion est traitée, l’ensemble semble quand même avoir beaucoup souffert des affres du temps qui ont rendu le résultat particulièrement désuet.

« Qui comprend la musique comprend le cœur humain »

 

Si le film souffre en effet d’un côté vieillot terriblement marqué et de quelques problèmes de rythme, la mise en scène de Sturges est remarquable de maîtrise. Ainsi, le réalisateur ira plus loin que l’apparent classicisme de sa mise en scène en tentant quelques effets symbole d’un esprit profondément créatif et innovant. On pourra citer le calquage des trois scénarios rêvés par le héros sur trois morceaux de musique classique (Rossini, Wagner, et Tchaïkovski) qu’il dirige en plein concert, la violence de chacun de ces scénarios correspondant à l’intensité du morceau. Si le phénomène peut sembler banal aujourd’hui, il semble qu’il fut l’un des tout premiers à s’y essayer. De la même manière, on pourra également mettre au crédit de sa belle mise en scène quelques plans de caméras audacieux, comme ce long travelling avant inquisiteur, allant de l’orchestre jusque dans l’œil du héros avant chacun des scénarios. Sturges peut également s’appuyer sur la remarquable interprétation du grand Rex Harrison. De tous les plans, ce dernier fait l’étalage de toute sa classe très british et de son énergie, aussi à l’aise pour débiter des réparties assassines que dans des numéros burlesques proches du muet. Face à lui, la très belle Linda Darnell fait un fabuleux objet de désir tout aussi mystérieux que vénéneux. Mais malgré toutes ses belles qualités, le film, qui souffre d’un côté franchement suranné, n’arrive jamais vraiment à passionner. A voir cependant, par curiosité et pour sa belle mise en scène.

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Bob Morane 07/04/2008 23:00

Je te trouve juste mais aussi un peu dur avec ce film. S'il est vrai que c'est loin d'être un chef d'oeuvre, il mérite un peu plus d'éloge. C'est super bien dirigé et joué. On y ri beaucoup même si c'est parfoit niveau tarte à la crème. Un peu vieilli c'est vrai, mais c'est de 1948 sur un sujet grave qu'est la jalousie, les affres de l'amour, et l'absurdité ridicule de la vengeance. Non, pas si mal dans le fond

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!