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11 Apr

Julia

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

« Le vent caresse mon visage comme aucun homme ne le fera jamais »

Californie. Julia, la quarantaine, est enfermée dans une spirale qui tend à l’entraîner vers le fond inexorablement. Entre l’alcool à haute dose, les hommes d’un soir qui ne la respectent pas, et une succession de petits boulots trouvés par son agent de probité, elle s’enfonce inlassablement. Une nuit d’excès où elle finit par s’endormir sur le trottoir, elle est ramassée par une jeune femme qui suit avec elle les réunions des alcooliques anonymes. Cette dernière, Helena, lui raconte sa vie et lui parle de son jeune fils qu’elle n’a pas le droit de voir et qui vit chez son richissime beau-père. Vivant très mal cette séparation, elle propose à Julia de l’aider à kidnapper l’enfant et à leur faire passer la frontière mexicaine moyennant une forte somme d’argent. D’abord réticente, Julia accepte finalement l’offre. Mais Helena ayant menti sur les sommes d’argent en sa possession, le projet de rapt tombe à l’eau. Ne pouvant se résoudre à laisser passer une telle opportunité de gagner assez pour refaire sa vie ailleurs, Julia décide d’accomplir seule cet enlèvement, afin de soutirer une large somme au richissime grand-père. Si l’enlèvement de l’enfant est en soit un succès, le plan s’avère beaucoup plus compliqué que prévu, en raison d’une succession d’évènements inattendus et de sa relation difficile avec l’enfant…

« Ne crois pas que tu as ce pouvoir imaginaire sur les hommes : tu es juste une alcoolique suicidaire et incontrôlable »

Dix années sont passées depuis la révélation tonitruante de son premier film multiprimé, « La vie rêvée des anges » (1998), et on avait totalement perdu la trace du réalisateur Erick Zonca, dont la carrière semblait pourtant des plus prometteuses. Car à l’exception du très confidentiel « Le petit voleur » (2000), l’homme s’était surtout fait remarqué par son extrême discrétion, réalisant tout juste quelques spots publicitaires « alimentaires ». C’est donc de manière assez surprenante que ce dernier réapparaît aujourd’hui pour son troisième long métrage aux commandes d’une production franco-américaine. Un film tourné en langue anglaise pour un projet de longue haleine, inspiré par une photo d’Helmut Newton, dont l’écriture aura nécessité cinq longues années. Si l’actrice Julianne Moore fut longtemps associée au projet, c’est finalement Tilda Swindon, récemment oscarisée pour « Michael Clayton », qui aura hérité du rôle. Objet de curiosité, encensé par l’ensemble de la critique, « Julia » a été présenté en sélection officielle, en compétition, lors du dernier Festival de Berlin.

« Aujourd’hui tu perds et je gagne »

Comme toujours quand la critique est unanimement enthousiaste et dithyrambique, on ressort toujours un petit peu déçu de la projection. Et sans vouloir altérer les qualités évidentes et réelles de ce « Julia », il n’est cependant pas parfait. Film (très) noir, totalement désenchanté, « Julia » lorgne à l’évidence du côté du « Gloria » (1980) de Cassavets. Parfaitement écrit, très cohérent avec son personnage borderline et son aspect de road movie initiatique prenant la forme d’une quête de rédemption, le film souffre cependant d’un réel problème de rythme. Sa durée rédhibitoire (2h20 !) est d’autant plus préjudiciable que toute la première partie, qui s’étend sur une bonne heure, n’est pas très palpitante, avec cette longue présentation de ce personnage de parfaite looser, de ses vices alcoolisés et de ses hommes d’une nuit. Et puis d’un seul coup le film s’emballe d’ une belle énergie, avec le rapt de l’enfant et le road movie qui s’ensuit. Entre sa relation difficile avec l’enfant et la spirale noire comme la nuit dans laquelle Julia se retrouve prise au piège (notamment au Mexique), Zonca crée une superbe ambiance moite et glauque, d’un réalisme hallucinant et d’une tension palpable et dévorante, qu’Hitchcock n’aurait pas reniée. Mais plus que tout, la grande force de ce film, c’est le magnifique portrait de femme complexe que Zonca nous propose. « Julia », femme alcoolique et désabusée en quête de rédemption, passant à la du dédain absolu à un sentiment quasi maternel, puis par des phases de peur dévorante et des phases de courage irréfléchi, est en soi une magnifique héroïne des temps modernes. Capable du pire (meurtre, rapt d’enfant qu’elle malmène quand même pas mal), Zonca arrive intelligemment à lui donner malgré tout une terrible humanité, une bouleversante humilité face à la vie et aux événements, la rendant par là suffisamment attachante pour qu’on éprouve de l’empathie à son égard.

« Tu es un danger pour un enfant parce que tu es danger pour toi-même »

Outre la qualité de son écriture, Zonca brille également par le talent de sa mise en scène. A la fois très classique dans sa manière de filmer les grands espaces américains, il sait également faire preuve d’une belle ingéniosité pour filmer au plus près son héroïne, capter ses mouvements et ses sentiments, tant dans ses travers que dans ses moments d’héroïsme, donnant un incroyable réalisme à son film tout en amplifiant la tension de son histoire. De même, sa caméra fait preuve d’une jolie pudeur lorsqu’il filme Julia jusque dans ces moments de vulnérabilité. Sans jamais la juger ni encore moi la condamner, il n’a de cesse que de la sublimer. A noter également la belle photographie et la belle musique du film. Mais « Julia » ne serait rien sans son interprète, Tilda Swindon. Cantonnée jusqu’ici à des rôles secondaires souvent un peu fade, elle trouve ici un personnage à sa démesure. Ne reculant devant rien, passant en un battement de cils de la femme dure à la femme fragile, son interprétation flamboyante de ce personnage haut en couleurs est tout simplement magistrale. Une interprétation qui mériterait d’être récompensée lors des prochaines cérémonies des Césars et des Oscars. Peu de défauts au final pour « Julia », qui marque le magistral retour d’Erick Zonca. Mis à part quelques longueurs dans la première partie du film et une fin un peu trop abrupte, ce film noir doublé d’un formidable portrait de femme est très réussi. A condition toutefois d’entrer dans cet univers désenchanté et d’une noirceur implacable.

   



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Bob Morane 15/04/2008 14:07

Compte tenu de la très belle critique, je ne vois pas comment je pourrais laisser échapper ce film. Va falloir vite que j'aille le voir

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!