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12 Feb

Juno

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« - Ce petit + rose est vraiment méchant

   - Ce n’est pas une ardoise magique, tu ne pourras pas faire disparaître ce petit + »

 

Juno, 16 ans, est une jeune fille qui n’a pas sa langue dans sa poche mais qui, sous ses airs de dure, se cherche comme la plupart des adolescentes de son âge. Alors que la plupart de ses copines de lycée passent leur temps sur Internet ou au centre commercial, Juno ne fait rien comme les autres. C’est ainsi qu’un jour elle couche avec Bleeker, son meilleur ami, garçon timide et maladroit. Mais quand elle tombe enceinte accidentellement, elle décide de trouver le couple de parents adoptifs idéal qui pourra s’occuper de son bébé. Avec l’aide de sa meilleure amie Leah, elle repère dans les petites annonces du journal local Mark et Vanessa, jeune couple plutôt aisé qui n’arrive pas à avoir d’enfant. Soutenue par sa famille, Juno les rencontre. Si une complicité naît avec Mark, l’accouchement se rapproche et Juno devra faire preuve de maturité et de courage…

 

« - Tu devrais rentrer, tes parents vont s’inquiéter

   - Je ne crois pas. Je suis déjà enceinte, je ne vois pas ce qui pourrait m’arriver de pire »

 

Sous l’égide du Festival de Sundance, le cinéma indépendant américain ne s’est jamais aussi bien porté. Et exporté. Il faut dire que ces dernières années, le festival popularisé par Robert Redford a permis de sortir au moins un joyau par an. On se souvient ainsi des formidables « Garden State » de Zach Braff, « Sideways » de Alexander Payne, « Half Nelson » de Fleck, ou encore dans un autre genre « Super size me » de Spurlock. Mais plus que tout, le succès surprise obtenu par « Little miss sunshine » (2006), dans la lignée de ces films décalés, aura ouvert de nouveaux horizons au cinéma indépendant US, en étant à l’origine d’un genre : le « feel good movie », à savoir le film euphorisant. Et tant pis si du coup, il semble qu’il y ait une recette et un label « Sundance », et que beaucoup de ces films commencent à se ressembler. Ça permet de toutes façons aux journalistes de vendre du papier, pronostiquant chaque année quel sera le nouveau « Little miss sunshine ». A les croire, cette année, ce sera donc le canadien « Juno », écrit par une novice en la matière, Diablo Cody, dont le passé sulfureux de strip-teaseuse est censé être synonyme d’anticonformisme. De bon augure, d’autant que la réalisation a été confiée à Jason Reitman, réalisateur de « Thank you for smoking », autre pépite du cinéma indépendant américain, qui brillait par son cynisme. A noter que le film, déjà multi-primé (meilleur film aux festivals de Rome, Saint-Louis, meilleure actrice au festival d’Hollywood, meilleur scénario à Hollywood et aux BAFTA), est en lice pour 4 Oscars (meilleure actrice pour Ellen Page, meilleur scénario, meilleur film et meilleur réalisateur).

 

« Ce que tu peux faire de mieux, c’est de trouver quelqu’un qui t’aime pour ce que tu es vraiment »

 

Il semble établi que le feel good movie, labellisé cinéma indépendant US, obéisse à une certaine recette : des personnages marginaux et décalés, une imagerie pop assez colorée et sucrée, et une bande originale vitaminée revisitant les standards de la musique country/pop/rock. En cela, « Juno » respecte la règle à la lettre : les personnages de Juno, Bleeker, et des parents sont de vrais « nerds » (personnages dont le physique et le comportement sont en marge des standards habituels), la bande musicale est composée de quelques morceaux bien sentis de folk et de rock, et le soin apporté aux costumes et aux accessoires (téléphone hamburger, look tee-shirt/chemise/converse, héroïne marchant au cocktail chewing-gum/soda/glaces) confine à un univers très bonbon. Pour autant, la comparaison avec « Little miss sunshine » s’arrête là. Car là où le film de Dayton et de Faris brillait par son côté décalé, irrévérencieux, et anticonformiste, ce « Juno » est son exact contraire. En effet, derrière son aspect de gentille petite chronique douce-amère se cache en fait insidieusement un film terriblement conservateur et moraliste. Il n’est pas question ici de faire un plaidoyer pro ou anti IVG. En revanche, comment ne pas se dresser face au manque d’objectivité de Diablo Cody ? Certes, Juno a le choix, entre avorter ou « donner » son enfant à un couple en quête d’adoption. Mais le problème c’est que le discours est totalement partial et biaisé : l’avortement est ainsi présenté comme douloureux et traumatisant tant physiquement que psychologiquement (la représentation du planning familial est tout à fait absurde et très orientée), alors qu'à l'inverse l’abandon de son enfant est présenté de manière totalement idyllique : la famille d’adoption est dans un premier temps « parfaite » (couple jeune, dynamique, avec des professions « cools » pour reprendre les mots de Juno), la mère adoptive est le portrait craché de Juno avec 15 ans de plus, et l'héroïne est totalement soutenu par ses parents qui n’opposent aucune résistance ni réticence à la démarche. Et au final, Juno reprendra son adolescence, retrouvera son insouciance comme si de rien n’était, reprendra son flirt et sa guitare là où elle les avait laissé. Et sans la moindre séquelle. Depuis quand l’abandon de son enfant serait-il moins traumatisant pour les femmes que l’avortement ? En voilà un beau discours bien moralisateur et retrograde comme la morale américaine en raffole… Du coup, derrière, le château de cartes s’effondre, et plus rien de ce qui devait faire le charme de cette comédie ne fonctionne. Le personnage de Juno devient un petit singe savant, surfant entre attitudes de femme et d’adolescente qui se cherche, et dont les répliques, insupportables de mépris, finissent par achever. Sa relation avec le père adoptif, censée jouer sur l'inversement des apparences (Juno, l’adolescente va donner naissance et faire preuve de maturité face à ses responsabilités, alors que lui, adulte à priori engagé et solide, se montre beaucoup plus immature dans ses choix), se borne à un échange insignifiant de références musicales ne créant jamais la moindre complicité. En outre, peu d’empathie se dégage de ce film où les émotions semblent particulièrement factices. Reste la mise en lumière de la difficulté de vivre avec le regard des autres, toujours cruel quand il s’agit de juger quelque chose d’inhabituel, et du fait que la maturité s’acquiert avec l’expérience. A défaut d’être parfaitement convaincants, ce sont les seuls thèmes à peu près bien traités.

 

« Tu reviendras à la maternité un jour, mais ce jour-là tu l’auras vraiment choisi »

 

Sur la forme, « Juno » n’est pas non plus exempt de reproches : scénario très bavard et agrémenté de dialogues qui fusent et de répliques pas drôles, on ne pourra que fustiger toute la cool attitude affichée (gags récurrents avec le peloton d’athlètes qui courent, vocabulaire et attitudes volontairement jeun's et cools), qui sert à faire passer d’autant plus sournoisement la morale sous-jacente. Après, on pourra toujours retenir la bande musicale, plutôt agréable, où le générique de début, plutôt sympathoche. Associés à la mise en scène plutôt alerte et inspirée de Jason Reitman, et à la bonne performance des comédiens, la prometteuse Ellen Page en tête, ce sont ces éléments qui permettent au film de se raccrocher au peu qu’on pouvait en sauver.

 

« Je sais que les gens doivent s’aimer avant de se reproduire, c’est la normalité. Mais la normalité c’est pas trop notre truc »

 

Relativement peu inspiré et original, ce « Juno » déçoit surtout par sa malhonnêteté intellectuelle. En effet, en se servant d’un joli emballage pop et sucré correspondant à une certaine mode générationnelle, ce film distille sournoisement son message excessivement moraliste et conservateur, de ceux propres à se conformer à l’opinion. Dès lors, tout ce qu’on pouvait attendre d’un peu irrévérencieux tombe à l’eau. Ainsi, ni le portrait de l’adolescente un peu rebelle et en marge, aux répliques volontiers cassantes, ni sa relation avec les autres et la société qui la regarde de travers, ni même sa manière de gérer sa grossesse ne peut fonctionner puisque reposant finalement sur une morale des plus conformistes et conservatrices. Dommage, car derrière, la mise en scène de Reitman et l’interprétation de Ellen Page promettaient un bien meilleur film. En tous cas, une chose est sûre : cet objet puant de moralisme et de propagande ne tient pas la comparaison avec le génial « Little miss sunshine ».  



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pierreAfeu 25/02/2008 13:40

Je ne vois pas en quoi ce film est moralisateur. Je n'y vois pas non plus de discours anti-avortement. D'ailleurs la copine de Juno qui "manifeste" devant le centre d'IVG est plutôt niaise. Et si on n'était pas plutôt en train de nous montrer de quelle manière on dissuade les femmes d'avorter ? Juno n'a que 16 ans et il faut lire tout le film de ce point de vue là. Elle joue les grandes gueules mais reste une enfant. Il suffit de voir de quelle manière elle réagit lorsque le père adoptif lui dit qu'il veut quitter sa femme. Les enfants sont conformistes par définition, et surtout par peur du changement. Ils veulent croire aux modèles établis.

Par contre, il n'y a en effet aucune comparaison possible avec Little miss sunshine qui est comme tu l'as dit beaucoup plus irrévérencieux.

Melissa 12/02/2008 23:02

Une vision intéressante du film même si je ne la partage pas totalement. Il est vrai qu'il y a un débat sur la représentation de l'avortement avec cette scène dans le planning, ainsi que cette fin qui parait un peu sucrée au vue de ce qui s'est passé. Et en même temps, Juno ne fait pas l'apologie de l'abandon d'enfant mais s'intéresse aux décisions qu'on peut prendre dans une vie et qu'il faut assumer jusqu'au bout. Certes, la fin, vue comme tu la vois, est assez étrange et en même temps, participe à une ambiance, à un discours de dire: je ne suis pas prête, j'assume mes actes jusqu'au bout et j'essaye de tourner la page. En abandonnant cet enfant, Juno fait beaucoup plus de bien que si il était resté avec elle... Le débat est ouvert !

Bob Morane 12/02/2008 20:29

Pétain, pour lutter contre l'avortement avait inventé l'abandon sous X. Juno nous instaure l'abandon tout court ! Belle moralité ! Décidément, la bête immonde se tapie sous tous les masques pour nous distiller son venin. Quelle sera la prochaine étape ?

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