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29 Oct

L'affaire Farewell

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films Politiques-Historiques

« Je ne veux pas fuir, c’est minable. Je n’ai pas peur de mourir. Mon pays a besoin de moi. Je peux changer le monde. »

Moscou, au début des années 80, en pleine Guerre Froide. Sergueï Grigoriev, colonel du KGB déçu du régime de son pays, décide de faire tomber le système. Il prend contact avec un jeune ingénieur français en poste à Moscou, Pierre Froment. Les informations extrêmement confidentielles qu'il lui remet ne tardent pas à intéresser les services secrets occidentaux. Mitterrand lui-même est alerté et décide d'informer le président Reagan : un gigantesque réseau d'espionnage permet aux Soviétiques de tout connaître des recherches scientifiques, industrielles et militaires à l'Ouest ! Les deux hommes d'Etat décident d'exploiter ces données ultra sensibles transmises par une mystérieuse source moscovite que les Français ont baptisée : " Farewell ". Homme sans histoires, Pierre Froment se retrouve alors précipité au coeur de l'une des affaires d'espionnage les plus stupéfiantes du XXème siècle. Une affaire qui le dépasse et qui menace bientôt sa vie et celle de sa famille...

« Depuis le début, lui et moi sommes les seuls à risquer notre peau dans cette affaire. Ça suffit. Je veux des garanties autant pour lui que pour moi. »

Christian Carion est un féru d’Histoire. Ou plus exactement de ces petites histoires individuelles qui font la grande Histoire. Après « Joyeux Noël » (2005) où il contait la fraternisation des soldats français et allemands dans les tranchées un soir de Noel 1914, le réalisateur s’intéresse donc à un sujet historique beaucoup plus ambitieux, en l’occurrence « L’affaire Farewell », l’une des plus étonnantes affaires d’espionnage du vingtième siècle, qui contribua à affaiblir l’URSS et à enclencher la Perestroïka. De quoi faire ressortir, 25 ans après les faits, les orgueils et les susceptibilités des différents pays. Ainsi, si Carion peut s’enorgueillir d’être le premier cinéaste à avoir obtenu l’autorisation de tourner quelques scènes dans le Palais de l’Elysée, il eu moins de chance avec les autorités russes qui refusèrent que le film soit tourné sur leur territoire. Il faut dire que l’actuel Ministre de la Culture fut à l’époque de l’affaire l’un des espions expulsés suite aux informations données par Farewell. C’est donc à Kiev que seront tournées les scènes censées se passer à Moscou. Pour la petite histoire, le rôle de Grigoriev devait initialement être interprété par le réalisateur russe Nikita Mikhalkov, qui du renoncer pour des questions d’emploi du temps, son rôle revenant à un autre réalisateur slave, Emir Kusturica.

« C’est plus drôle de bluffer quand on sait que l’adversaire à une main minable »

Le cinéma français a toujours eu du mal à maitriser les genres de la fresque politique et du film d’espionnage, genres traditionnellement plus anglo-saxon. En cela, le projet de Carion de se frotter à une affaire politique aussi éminemment complexe que l’affaire Farewell était en soi clairement ambitieux. Et force est de constater que le film, dans l’ensemble tient plutôt bien ses promesses. Reconstitution des années 80 très crédible, récit minutieux à défaut d’être précis, mise en perspective du contexte géopolitique (en particulier les échanges en Reagan et Mitterrand, à qui le premier reproche d’avoir dans son gouvernement des ministres communistes), dénonciation du cynisme des services secrets occidentaux : « L’affaire Farewell » est un film plutôt solide qui atteint globalement ses objectifs. Pourtant, on aurait aimé y trouvé le souffle et la profondeur des grandes fresques politiques du cinéma américain, comme le « JFK » de Stone par exemple, ou encore plus récemment le « Raisons d'Etat » de De Niro. Car à l’évidence, « L’affaire Farewell » manque un peu d’ampleur. A commencer par un petit peu de nervosité, le film manquant cruellement d’un peu de tension dramatique et de stress. On pourra également regretter certaines facilités prises avec la réalité des faits, notamment lorsqu’il s’agit de faire passer Farewell pour une sorte de personnage idéaliste et romantique alors qu’il tomba initialement pour avoir poignardé sa maitresse. D’une manière générale, on pourra reprocher à Carion de retomber dans ses mêmes travers sentimentalistes qui plombaient déjà quelque peu « Joyeux Noël ». En effet, à force de vouloir souligner l’humanité de ses personnages, leur vie privée prend un peu le pas sur l’affaire politique elle-même. Surtout dans le dernier tiers du film, alourdit inutilement par les relations de Grigoriev avec son fils et sa maitresse. Reste un beau casting, hétéroclite, dont on retiendra surtout l’étonnante mais non moins belle prestation d’Emir Kusturica. Objectif atteint donc pour Carion, qui, même s’il ne signe pas à proprement parler un grand film, parvient à nous intéresser de bout en bout à cette improbable et méconnue page d’Histoire.

  



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Bob Morane 30/10/2009 07:03

Très belle critique, qui reflete ce sentiment partagé que j'ai eu avec la bande annonce. Celle-ci ne m'incitait pas des masses à aller voir le film, en plus de la durée qu'on a tendance à nous imposer de plus en plus souvent et qui n'apportent pas grand chose aux films. Sauf un frein. Au moins ton blog m'instruit et me rassure aussi. Tant pour ne pas y aller mais plous souvent pour nous précipiter dans les salles obscures.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!