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20 Jun

L'Appartement

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

"Je suis retourné à l'appartement mais elle n'y était pas"

Il y a des films que vous voyez un peu par hasard et qui vous font l'effet d'une petite bombe à retardement: ils vous touchent sur l'instant, avant de vous déclencher une série d'explosions et de chocs emotionnels et cinéphiles. "L'appartement" fait partie de ceux-là. Et comme c'est de loin le dernier film français a m'avoir autant touché, il était évident pour moi d'inaugurer mon blog par ce film!

Pourtant, on pourrait croire le scénario limité à un simple vaudeville. En effet, le héros, Max, cadre supérieur à la vie bien rangée (il occupe de hautes responsabilités semble-t-il, des costumes stricts tirés à quatre épingles), et sur le point d'épouser Muriel, la soeur de son patron, doit partir quelques jours pour un voyage d'affaire au Japon. Dans un bar cossu et glacial où ils scèlent un accord avec leurs associés japonais avant son départ, Max descend téléphoner et est surprit en croyant reconnaitre sans la voir Liza, qui s'évapore soudainement sans le voir, et avec qui il a vécu un amour fou quelques années auparavant et qui était partie brusquement sans jamais donné de nouvelles... Dès lors, le jeune homme, totalement troublé, part dans une quête effreinée pour retrouver Liza, le temps de son voyage en Asie qu'il annule à l'insu de tous. Il est caché et épaulé durant ce temps par son meilleur ami, Lucien, qu'il n'avait pas revu depuis pas mal de temps et qu'il recroise pas hasard. Celui-ci est amoureux d'Alice, une jeune et mystérieuse comédienne.

Si tous les rôles du vaudeville semblent se dessiner d'entrée, la force du film réside dans la qualité et l'originalité du scénario. En effet, très vite, nous sommes plongés dans une toile mystérieuse dans laquelle Max semble piégé. Construit sur une mise en parallèle entre la quête actuelle de Max et les flashbacks de sa relation passée avec Liza, Gilles Mimouni nous plonge dans un univers formidablement onirique, renforcé par des décors surréalistes et impersonnels, et une ambiance glaciale, dans laquelle les personnages s'entrecroisent dans un ballet fantastiquement orchestré. Les relations entre les personnages sont toujours ambigües, entre leur quête d'amour, de vérité et de reconnaissance, qui les force en permanence à se blesser les uns les autres. 

Outre l'excellence du scénario, ce film est également frappant par la qualité de la réalisation de Mimouni dont c'est le premier (et à ce jour unique) film. Il arrive à entremêler avec une fluidité et souvent avec beaucoup d'ingéniosité les plans entre réalité et flashbacks (comme par exemple au détour d'un miroir embué qui devient la vitrine d'une boutique d'où l'on observe discrètement une femme). Il réalise un coup de maïtre en préservant totalement la malice et le mystère tortueux de son scénario tout en gardant un peu de légerté, et en lui insufflant cette athmosphère si mystérieuse et impersonnelle et ce ton si déroutant. Tellement déroutant que lorsque la parenthèse se refèrme enfin, on ne peut que se demander si tout cela a bien eu lieu ou si finalement cela n'est pas qu'un rêve un peu fou.

Ce film est remarquable également par la qualité de son casting. Pas forcément tape à l'oeil à l'époque, puisque tous sont alors des débutants prometteurs, il donne néanmoins la part belle à une génération d'acteurs formidables. Si on en retient essentiellement le glamour du couple Vincent Cassel - Monica Bellucci (qui se sont rencontrés sur ce tournage), c'est pourtant Romane Bohringer qui crève l'écran, par sa justesse et son émotion bouleversante, en troublante et desespérée manipulatrice mythomane. Mention particulière également à Vincent Cassel, formidable dans ce rôle à fleur de peau de romantique effréné et piégé qui lui va colle parfaitement. Il tient là un de ces meilleurs rôles, loin de ces héros machos et ultraviolent, il montre ici qu'il est aussi un formidable acteur doué d'une grande subtilité.

Dix ans après une sortie en salle trop injustement passée inaperçue, il reste un film culte, adoré par les seuls curieux inissiés, qui ont su se donner la peine de découvrir ce petit bijoux du cinéma français. Un film qui se redécouvre toujours, par la grâce de sa mise en scène et par la subtilité de son scénario et de ses comédiens. Un film dont on ressort forcément bouleversé, toujours la tête un peu ailleurs, en se demandant, comme les pauvres rêveurs que nous sommes, si les ruptures sentimentales sont vraiment définitives, et si l'espoir de retrouver l'être aimé existe toujours...



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fred 12/07/2006 10:53

tres bon blog bien argumenté un seul petit hic peut être les fautes d orthographes par ex : adoré par les seuls curieux inissiés (initiés)
salut

bobmorane75 20/06/2006 14:25

Génialissime !Hello man !
Ton blog est superbe, et l'appartement est le reflet phare de ce que le cinéma français est capable de produire de plus beau.
Que la force soit avec toi
I walk the line
BOB

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!