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18 Oct

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

Publié par platinoch  - Catégories :  #Westerns

« Il se disait loyal sudiste et franc-tireur d’une Guerre de Cessession dans fin »

 

Warner Bros. FranceEtats-Unis, décennie 1870. Jesse James, ancien combattant sudiste qui ne s’est jamais remis de la défaite des Confédérés, est un hors-la-loi, braqueur et assassin dont la réputation n’est plus à faire sur l’ensemble du territoire fédéral. Dans une Amérique en proie à une modernisation et une urbanisation galopante, Jesse James apparaît pour certain comme le dernier aventurier de leur époque. Ses exploits, transformés et exagérés par la presse et par la population, nourrissent l’imaginaire populaire, renforcés par les romanciers et les dessinateurs de bande-dessinées. Alors qu’il prépare l’attaque de nuit d’un train en pleine forêt, il recrute pour l’occasion quelques bandits locaux. Parmi eux, un jeune admirateur, Robert Ford. Nait alors une relation particulière entre les deux hommes, teintée de domination pour l’un, de peur et d’admiration pour l’autre. Personne, pas même eux-mêmes, ne sait encore que Robert Ford restera dans l’Histoire comme étant l’homme qui tué, lâchement, Jesse James d’une balle dans le dos…

 

« Voilà que ce matin encore je tremblais que papa refuse de me prêter son manteau et que ce soir, après l’attaque d’un train, je me retrouve sur un rocking chair à discuter avec l’illustre Jesse James »

 

Brad Pitt. Warner Bros. FranceAssassin sanguinaire et légende populaire de l’ouest, Jesse James fait partie des quelques figures incontournables de l’Histoire américaine et de la conquête de l’ouest. Si l’homme a connu une certaine popularité de son vivant, il a aussi été l’objet de nombreux films depuis lors. Du « Brigand bien-aimé » de King (1939) avec Tyrone Power, à « J’ai tué Jesse James » de Fuller (1946), en repassant par le « Brigand bien-aimé », cette fois-ci signé par Nicholas Ray (1957) avec Robert Wagner et Jeffrey Hunter, jusqu’au « Gang des frères James » de Hill (1980), la vie du célèbre hors-la-loi aura beaucoup inspiré les cinéastes. Pas facile donc de s’engager dans un tel projet. Aux manettes de ce projet ambitieux qui a suscité beaucoup de curiosité, on découvre un metteur en scène néo-zélandais, Andrew Dominik. Inconnu au bataillon ou presque, il avait déjà signé un long précédemment, un film australien intitulé « Chopper », en 2000, avec Eric Bana.

 

« J’arrive pas à te cerner : tu veux être comme moi ou tu veux être moi ? »

 

Casey Affleck et Brad Pitt. Warner Bros. FrancePour son premier film Hollywoodien, on ne peut que constater le culot de Dominik, qui nous propose un western. Si le genre a connu ses heures de gloire des années 30 aux années 60, il est depuis moribond et les rares productions à voir le jour sont souvent décevantes (« Blueberry » de Kounen en 2004, « Mort ou vif » de Raimi en 1995 par exemple). C’est donc un pari un peu risqué que de nous proposer un film de ce genre. D’autant plus que dès les premières minutes, il apparaît comme évident que cet « Assassinat de Jesse James » n’est pas un western comme les autres, son format et son histoire le plaçant à des années lumières des productions purement commerciales qui inondent nos salles obscures depuis des années. Sorte d’objet cinématographique non identifié ou presque, Dominik propose ici un western contemplatif, loin des héros clichés et manichéens traditionnels du genre. Loin des duels au revolver dans les rues poussiéreuses et des confrontations shérifs/gangsters, Dominik décide d’axer son film sur la psychologie des personnages et non sur l’action. Parti pris audacieux quand on sait que le film dure plus de 2h30. Sur un scénario finalement minime, il développe ainsi la personnalité psychologique de ses quelques personnages principaux et secondaires pour mieux étudier la relation ambiguë qui les lient. Loin de l’icône populaire, Jesse James apparaît comme un personnage charismatique, violent, manipulateur et intelligent, à la fois bon père de famille et bourreau sanguinaire, de plus en plus ravagé par sa paranoïa. S’il donne son nom à ce film, Jesse James ne semble ici que secondaire, il n’est que le prétexte de faire entrer dans l’Histoire Robert Ford, finalement le vrai « héros » de ce film. Personnage trouble, manipulateur également, menteur, pas fiable, il grandit dans le culte de Jesse James, collectionnant tout ce qui touche de près ou de loin à son idole, tel un fan avant l’heure. Leur relation va naître après qu’ils aient participé ensemble à l’attaque d’un train (scène très réussie par ailleurs), relation ambiguë là encore, marquée par une forme d’amitié, mais aussi de domination de l’un sur l’autre, et de méfiance réciproque. Ces portraits sont dressés tout au long de ces 2h30 éprouvantes, où malgré une forme d’inaction, la tension monte crescendo calquée sur la folie paranoïaque grandissante de Jesse James qui devient de plus en plus imprévisible, incontrôlable et dangereux, rapprochant de manière inéluctable l’instant fatal tant attendu.

 

« On est jamais en paix quand le vieux Jesse est dans les parages »

 

Brad Pitt. Warner Bros. FranceBien évidemment, un des reproches principal que l’on peut faire à ce film concerne ses problèmes de rythme. Certes, la lenteur voulue et imposée par Dominik contribue à établir un climat particulier, entre onirisme d’une part, et cheminement qui va s’accélérant vers un dénouement funeste certain de l'autre. Mais il n’en est pas moins vrai que le film paraît très long. D’autant que le final, sorte d’épilogue sur le destin teinté de malédiction de Robert Ford, reste quand même un peu lourdingue, et semble ne jamais finir. Mais à part ça, on ne peut que s’incliner devant la jolie réalisation de Dominik. Son film jouit d’un visuel magnifique, porté la photographie sublime de Roger Deakins, à dominance ocre, qui renforce ce sentiment de contemplation et de désenchantement. Le casting, impeccable sur le papier, l’est également à l’écran. Brad Pitt fait étalage de sa classe : son jeu sobre mais parfaitement juste, sa plastique et son charisme rappelle Robert Redford dans ses meilleurs westerns. A ses côtés, Casey Affleck fait mieux que d’exister, il lui vole carrément la vedette. Encore peu connu du grand public (malgré ses prestations avec Pitt dans la saga « Dany Ocean »), il montre ici toute la mesure de son immense talent. On saluera également les seconds rôles, tous très bons, à commencer par le trop rare Sam Sheppard, ainsi que Sam Rockwell, Jeremy Renner (vu récemment dans « 28 semaines plus tard »), et Paul Schneider.

 

« Je me demande souvent comme Jesse James a pu si mal tourner. Je suis devenu un problème pour moi-même »

 

Sam Shepard. Warner Bros. FranceAu final, cet « Assassinat de Jesse James » ressemble à une forme d’ovni cinématographique un peu déroutant mais n’en demeure pas moins un film intéressant et pétri de qualités. On pourra lui reprocher sa longueur où son manque d’action. Mais Dominik propose autre chose, entre la rêverie contemplative, la reflexion sur la gloire et la violence et l’étude psychologique. De plus, son film est à créditer d’un visuel léché et magnifique. Il est certain que cet « Assassinat de Jesse James » n’est pas un film grand public et que certains spectateurs ne s’y retrouveront pas du tout. Néanmoins, avec son format qui sort des sentiers battus et partis pris originaux tant sur la forme que sur le fond, Dominik se rapproprie un genre qu’il tente de réécrire à sa manière et selon ses propres standards. En ces temps de productions uniformisées, la démarche est suffisamment audacieuse et originale pour mériter d’être vue. Ce n’est peut-être pas le plus grand film de l’année, mais c’est certainement un grand film.    



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Melissa 25/10/2007 22:02

Un petit ovni que l'on ne sait vraiment classer... Western contemplatif comme tu le dis est sans doute le terme le plus approprier. Volontairement lent, peut être trop, L'assassinat est un film innovant, bourré de qualités, d'un scénario habile et d'acteurs hors du commun. Du grand cinéma hollywoodien.

Multiface 20/10/2007 14:47

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford est un western volontairement lent mais sans être long car tout est bon. il n'y a là-dedans rien à jeter, pas le moindre plan superflu, rien que du très beau et du très grand cinéma

Bob Morane 19/10/2007 18:14

Sans doute à cause de sa durée, et malgrè cette excellente critique, je ne me sens pas trop l'envie de vérifier tes dires. Ton blog comble largement ce que j'ai à en attendre. Merci

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!