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07 Nov

L'équipée sauvage

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Tout a commencé ici sur cette route. Comment cette histoire est arrivée ? Je n’en sais rien. Tout ce que je sais c’est que ça ne devrait plus jamais arriver. J’aurai du arrêter ça dès le début. Mais de la façon dont c’était parti, il fallait aller jusqu’au bout »

Les Rebelles noirs, une quarantaine d'adolescents casques et bottes, revêtus de blousons de cuir marqués d'une tête de mort, prennent la route sur leurs motos. Ils assistent à une course de motos, envahissent la piste et volent un prix. Ils disparaissent jusqu'à la petite ville voisine. Retrouvant là une bande rivale, ils décident de faire la fête bruillament pour choquer les habitants avant de mettre peu à peu la ville à sac. Devant l'incapacité du shérif local à régler le problème, les habitants décident alors de s'organiser pour maintenir l'ordre et se faire justice eux-mêmes...

« On prend la route et on va tout droit au loin. Si vous ne sortez jamais alors ça ne vaut pas la peine de vivre »

Réalisateur d’une dizaine de longs métrages pour le cinéma, Laszlo Benedek aura surtout été un réalisateur reconnu pour la télévision (il réalisa notamment de nombreux épisodes pour des séries comme « Perry Mason », « Les Incorruptibles » ou encore « Mannix »). Néanmoins, sa carrière sur grand écran sera couronnée d’un Golden Globe du meilleur réalisateur pour « Mort d’un commis voyageur » en 1951. Surtout, il sera connu pour son « Equipée sauvage », chronique sociale et portrait du mal de vivre de la jeunesse américaine de l’époque qui refuse de soumettre à l’autorité morale. Inspiré d’une nouvelle de Franck Rooney parue en 1951 et relatant un fait divers (l’invasion d’une petite ville californienne par 4000 motards en 1947), le film – en se prenant d’empathie pour les blousons noirs et en montrant l’impuissance de la police et l’intolérance et la violence des « braves gens » - sera perçu comme subversif et défrayera la chronique. Au point que la Censure américaine imposera de couper une vingtaine de minutes du film. En outre, celui-ci sera longtemps interdit dans plusieurs pays européens, comme en Angleterre, où il ne sortira qu’en 1968.

« Je ne sais pas pourquoi ils se battent. D’ailleurs, je ne sais pas s’ils le savent eux-mêmes »

Deux ans avant « La fureur de vivre » (qui lancera un autre jeune premier de légende symbole de la rebelle attitude, James Dean), Benedek signe donc le premier film identifié comme étant le porte-parole d’une jeunesse en mal de vivre. Car derrière le fait divers, le film stigmatise les problèmes de cette jeunesse américaine du début des années 50, étouffée par les valeurs morales et par l’autorité. En effet, la fin de la seconde guerre mondiale n’a pas permis de révolution morale ou d’assouplir les mœurs. Au contraire. L’avènement de la guerre froide aura renforcé un sentiment de paranoïa, de méfiance, et d’intolérance, on ne peut mieux symbolisé par la chasse aux sorcières de McCarthy. En parallèle à quoi, la jeunesse sera sacrifiée en Corée ou par la suite au VietNam. Quant à la société, elle se montre toujours aussi intolérante, moralisatrice et raciste, ne trouvant grâce que dans la religion et les affaires. C’est d'ailleurs ce que dénonce le film. Certes ces deux bandes de blousons noirs à motos saccagent la ville et se montrent clairement menaçant auprès de la population. Mais peu importe. A défaut de bienveillance, le réalisateur témoigne de l’empathie à leur égard, et prend finalement leur parti dans sa manière de les filmer, en montrant que les plus barbares ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Ainsi, il pointe du doigt les « braves gens », « bien-pensants », symbole de la middle class américaine, de la médiocratie locale, pour leur attitude fascisante. Ces gens méfiants et hostiles, prêts à s’asseoir sur leurs convictions pour faire du commerce, et prêts à se substituer à la police pour se faire justice eux-mêmes, à lyncher ou à envoyer en prison par de faux témoignages ceux qui viennent troubler l’ordre de la paisible communauté. Et plus encore que Johnny, le charismatique leader des blousons noirs, c’est bel et bien la sage et jeune serveuse, qui rêve de quitter la bourgade et qui sauve la tête de Johnny de par son honnêteté, qui symbolise parfaitement ce mal-être généralisé de la jeunesse. Dommage dès lors que le scénario ne se montre pas vraiment à la hauteur de son message ou de sa démonstration. Peut-être que les coupes imposées par la Censure y sont pour quelque chose. Il n’empêche, les scènes de moto et celles de saccage de la ville se montrent répétitives, et le film (qui ne dure pourtant que 1h15 !) parait interminable. Dommage, car la mise en scène de Benedek s’avère assez soignée, à l’image de quelques scènes très stylées, comme lorsque les motards poursuivent la jeune serveuse à travers la ville durant la nuit. Côté interprètes, on retiendra la prestation du jeune premier en vogue du moment, Marlon Brando, qui a défaut de livrer la meilleure prestation de sa carrière, trouve ici l’occasion d’asseoir son statut d’icône virile et bad boy. On retiendra également l’apparition dans un second rôle d’un jeune débutant qui sera également oscarisé une dizaine d’années plus tard : Lee Marvin. Mais plus que tout, c’est bien l’interprétation troublante et ambiguë de Mary Murphy qui domine l’ensemble. Reste un film rebelle et générationnel qui a tout de même beaucoup vieilli et trop perdu de son impact aujourd’hui pour pleinement nous conquérir.

  



Commenter cet article

Skizo 24/11/2010 11:57

Film incontournableJ'ai vu ce film, pour la première fois, lorsque j'avais 16 ans. En dehors du fait que ce film évoque un évènement intervenu dans la ville d'Hollister juste après la fin de le seconde guerre mondiale. Il a contribué à ma passion pour la moto, toujours présente, 36 ans après...
Il m'arrive de revoir ce film et c'est toujours avec grand plaisir.

Bob Morane 07/11/2008 13:59

Je l'ai vu il y a trop longtemps pour juger, mais gardé en mémoire un bon souvenir. Faudrait que je le revois un de ces quatre soirs.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!