Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 Sep

L'histoire de Richard O.

Publié par platinoch  - Catégories :  #Inclassables

« Aimer, c’est construire une barrière contre la destruction »

 

Bac FilmsParis, mois d’août. Richard O. est tué accidentellement par une de ses maîtresses. Qui était cet homme et pourquoi est-il mort ? Retour en arrière de quelques semaines. Richard O. est un artiste de l’image, qui filme et photographie tout ce qu’il peut. Mais son truc, c’est les femmes. Il les photographie, les filme, et tente d’obtenir leurs confessions sur leurs désirs les plus profonds et les plus inassouvis. Et ça tombe bien, comme il a un besoin compulsif d’avoir des rapports physiques avec les femmes, il se propose de les aider à assouvir leurs désirs. D’autant que son assistant et ami, Le Grand, sorte de gentil neuneu, lui rabat toujours plus de modèles. 13 femmes, 13 expériences, qui entraînent un peu plus Richard O. sur une pente glissante…

 

.

« Je suis un animal »

 

.

Cinéaste plutôt fin dont l’œuvre n’est pas franchement destinée au grand public, Damien Odoul s’est fait remarqué par une poignée de longs intimistes dont « Le souffle » (2001), « Errance » (2003), ou encore « En attendant le déluge » (2005). « L’histoire de Richard O. » est ainsi son cinquième long métrage, et a été présenté à la dernière Mostra de Venise. Odoul nous invite ici dans une exploration sur le sexe et le désir qui a valu à son film une interdiction en salle aux moins de 16 ans en raison des scènes de sexe explicites. Ce qui est toujours assez utile pour faire parler d’un film !

 

« Tu sais ce que j’aime en toi Richard ? Ton instinct de résistance »

 

Mathieu Amalric (à gauche). Bac FilmsAudacieux dans son sujet comme dans sa forme le film de Damien Odoul n’en ressemble pas moins à un ovni cinématographique. D’un scénario non linéaire dont Odoul ne développe que des tranches de vie sans véritable histoire, ressort le personnage de Richard O., pas franchement attachant, qui ne vit que pour avoir des rapports avec une foultitude de femmes quelles qu’elles soient. L’occasion de rentrer dans l’intimité de ces inconnues, de leurs fantasmes et de désacraliser l’acte par lui-même. On pourra forcément discuter de la part de misogynie de cette œuvre où les femmes sont soumises et offertes, habitées par des fantasmes à priori dégradants, même si l’auteur se garde toujours de porter un quelconque jugement de valeurs sur le sujet. D’autant que le sexe ici est montré et non simulé par instant, le tout étant fait forcément avec un peu de voyeurisme, mais sans aspect scandaleux ou réellement racoleur. Au contraire. Dans « L’histoire de Richard O. », le sexe est assez bestial - comme si les corps étaient plus de la viande qu’autre chose - et sans la moindre sensualité, et les plaisir est brut et éphémère. Comme si cette succession orgiaque de femmes n’était pas réellement un plaisir en soit mais, à l’instar de ces images récurrentes de lutte où le héros se fait mettre constamment et violemment par terre, plus une sorte de combat et d’autodestruction calculée (perte de la femme qu’il aime à priori, pertes d’un certain nombre de repères). C’est d’ailleurs ce qui est assez étonnant, d’autant plus que Odoul avoue volontiers que son but était de montrer le sexe sous la lumière du burlesque et poétique.

 

« Tu as raison. La meilleure façon de traverser la vie, c’est de passer pour un con »

 

Sur la forme, la mise en scène d’Odoul est assez intéressante, dégageant une impression d’énergie et de naturel, comme si l’ensemble était cadré et filmé à l’instinct. Néanmoins, Odoul n’évite pas certains écueils propre et plombant du cinéma parisien intello. Entre l’histoire trop vaporeuse, les ellipses radicales, des scènes de dialogues et de discussions absconses et assommantes, et une dernière partie avec un revirement à 360° centrée sur le personnage improbable du Grand, il est certain qu’Odoul perde un peu (et volontairement ?) ses spectateurs dans cette errance. D’autant que l’interprétation n’est pas au beau fixe. Mathieu Amalric, icône du cinéma d’auteur, fait ici un improbable tombeur obsédé et objet sexuel. Son physique pas forcément avantageux (d’autant qu’il est affublé d’une barbe dégelasse et d’une coupe en arrière façon cheveux gras) et son look franchement rédhibitoire n’aide pas à sa crédibilité. A ses côtés, Stéphane Terpereau, protégé de Odoul, promène son étrange silhouette mais n’arrive jamais à convaincre, son jeu n’étant décidément pas à la hauteur. A ce titre la dernière partie du film centrée sur lui et sur sa relation improbable avec un canon de chez canon déséquilibre quelque peu l’œuvre dans son ensemble. En outre, on retiendra essentiellement la jolie prestation naturelle de la charmante Ludmilla Ruoso. A noter également l’apparition de Odoul dans le rôle du professeur de lutte.

 

« Je suis celui qui a vu et qui part vers les Ténèbres. Et je n’ai plus peur »

 

Mathieu Amalric (au fond). Bac FilmsŒuvre étrange et singulière, « L’histoire de Richard O. » propose une expérience de plongée dans l’univers du désir et du sexe. Audacieux et cru sans jamais être vraiment racoleur, ce film reste cependant quelque peu déroutant par sa forme et sa trame scénaristique. Si l’ensemble se laisse suivre avec curiosité, on reconnaîtra néanmoins que le film reste difficilement accessible. La courte durée du film (1h15) semble être la durée adéquate pour un film aussi opaque. Surtout, le film laisse planer un voile sur la part autobiographique de ce Richard O. qui ressemble quand même beaucoup à un certain Damien O., avec qui il partage entre autre une existence d'artiste, qui utilise beaucoup sa caméra et qui est aussi un forme d'aventurier.  A voir, par curiosité, et pour sortir des sentiers battus.



Commenter cet article

Chris 11/09/2010 16:58

Salut, je viens de voir le film, et suis bien déçu, c'est vraiment moche, ça n'a pas de sens...

toto 01/07/2010 11:28

Film insipide et laid. Et comme d'habitude, dès qu'il est question de femmes dans un film « indépendant » ou « confidentiel », ça tourne au porno. Bref, d'une bêtise insondable.

Bob Morane 27/09/2007 06:52

A voir ? sûrement dans un moment perdu. Pas que ta critique refroidisse l'envie d'y aller, mais un petit quelque chose qui dit que bof, encore un énième film pas porno mais presque, pas érotique mais... ou pas.

Archives

À propos

Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!