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22 Jan

A l'origine

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Le scarabée n’est pas plus grand que ça et pourtant il en a dévasté des emplois par ici »

Philippe Miller est un escroc solitaire qui vit sur les routes. Un jour, il découvre par hasard un chantier d'autoroute abandonné, arrêté depuis des années par des écologistes qui voulaient sauver une colonie de scarabées. L'arrêt des travaux avait été une catastrophe économique pour les habitants de cette région. Se faisant passer pour un chef de chantier chargé de faire un état des lieux du chantier, il commence à se voir proposer des pots de vin par les entrepreneurs locaux. Philippe y voit la chance de réaliser sa plus belle escroquerie. Mais alors qu’il annonce la reprise du chantier, il voit son mensonge lui échapper.

« On ne nous a pas prévenu il y a deux ans quand les travaux s’arrêtaient. On ne nous préviendra pas quand ils reprendront »

A l’origine, il n’y avait rien ou presque. Tout juste le chantier d’une autoroute en construction, à l’abandon pour de sombres raisons écologiques. A l’origine il y avait surtout les habitants d’une petite ville en crise, pour lesquels l’autoroute était synonyme de désenclavement, d’attractivité nouvelle et de lendemains meilleurs. A l’origine, il y avait enfin un improbable fait divers, dont l’adaptation sur grand écran constituait probablement le projet le plus ambitieux et le plus périlleux que le cinéma français ait porté depuis longtemps. Ou comment un petit escroc sans envergure allait réussir à relancer un chantier homérique (la construction d’un tronçon d’autoroute), sans argent, aux yeux et à la barbe des autorités locales compétentes. Un sujet pas franchement glamour et surtout pas forcément cinématographique avec lequel il fallait réussir à capter l’attention des spectateurs, ce qui était en soi un véritable défi. Celui-ci semblait cependant à la mesure du réalisateur Xavier Giannoli, qui, en une poignée de films, à démontrer son talent pour filmer les imposteurs/loosers superbes et les chroniques provinciales. A l’image de sa précédente réalisation, « Quand j’étais chanteur », où il filmait avec subtilité un Depardieu génial de pathétisme en chanteur de baloche provincial.

« C’est un drôle de truc de pouvoir changer la vie des gens, vous ne trouvez pas ? »

A tout seigneur toute gloire. Et force est de constater que Giannoli gagne son pari haut la main. Avec une infinie subtilité, celui-ci réussit à tisser une toile réaliste, allant du général (le constat social d’une ancienne ville industrieuse du Nord en crise, où chacun tente de s’en sortir à coups de petits boulots et de petits trafics) au particulier (le portrait d’un petit escroc minable vivant de petits coups faciles), plantant ainsi un décor, un contexte et une ambiance dans lesquelles il parvient à immerger parfaitement ses spectateurs. Suffisamment en tous cas pour nous passionner par la folle imposture de son (anti)héros, très vite dépassé par l’énormité de son escroquerie. Car si la foi peut déplacer des montagnes, l’espoir, lui, peut rendre aveugle et faire croire au miracle. La reprise du chantier de l’autoroute représente ainsi pour chacun la promesse d’une vie meilleure : un désenclavement économique pour la ville, du travail pour les habitants du cru, des affaires pour les entrepreneurs locaux et surtout une respectabilité jusque là inconnue, sorte de rédemption inespérée pour Philippe. C’est là que le film devient passionnant, dans l’esquisse faite de cet homme qui réussit un coup aussi énorme qu’improbable au bluff, avant de basculer dans une sorte de folie mythomane, grisé par le pouvoir que lui procurent ses mensonges. Mais surtout, ne pouvant se contenter de raconter platement son histoire, le réalisateur a la bonne idée de traiter son récit sous la forme d’une fable morale. Si la comparaison pourra paraitre un peu pompeuse ou outrancière, il y a quelque chose de Hustonien dans ce film qui rappelle par certains aspects « Le trésor de la Sierra Madre » ou « L’homme qui voulut être roi ». Notamment dans cette façon qu’a le réalisateur de s’interroger en permanence sur les notions de bien et de mal. Car au fond, qui est le vrai salaud dans l’histoire ? Le petit escroc dépassé par son arnaque, qui abuse la confiance des gens tout en leur redonnant de l’espoir et dont « l’œuvre » servira au final à relancer le chantier, ou au contraire les autorités responsables du chantier, qui ont condamné la ville et ses habitants en abandonnant prématurément les travaux ? Si chacun se fera sa propre opinion sur la question, tout le monde en revanche sera unanime quant à la prestation de haut vol d’un François Cluzet plus que jamais candidat sérieux à un second César. Clairement, « A l’origine » est l’un des plus grands films français de l’année 2009. 

  



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georges 24/01/2010 17:05

Tout à fait d'accord, d'ailleurs il figure dans mon top 5 2009, un sujet a priori pas très attirant mais traité comme une fable sociale, et qui nous trouble, nous enivre, nous donne le vertige, vertige dans lequel se trouve entraîné le "héros malgré lui", emporté par un Cluzet génial, comme l'est aussi génial Vincent Lindon dans le puissant et émouvant WELCOME. et avec UN PROPHETE, voici 3 grands films! Du très bon cinéma français!

Bob Morane 23/01/2010 14:33

C'est tout a fait aussi mon avis. Ne sachant trop à quoi m'attendre quand le film a commencé, j'ai très vite été absordé par l'histoire, la réalisation et un François Cluset qui m'a épaté. Et ce n'est pas rien que de tenir le film de bout en bout avec cette qualité rare chez nos acteurs. Les autres acteurs aussi tiennent la distance, tant Emmanuelle Devos que Stéphanie Sokolinski. Oui, un grand film 2009

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!