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18 Mar

L'orphelinat

Publié par platinoch  - Catégories :  #Science-Fiction-Heroïc Fantasy

« Tout va bien se passer. Il va être formidable notre centre. »

Laura, orpheline de naissance, a passé son enfance dans un orphelinat de bord de mer entourée d’une poignée d’enfants qu’elle aimait comme ses frères et sœurs. Jusqu'au jour où elle a été adoptée, quittant l’orphelinat et ses petits camarades qu’elle n’aura jamais revu. Quelques décennies plus tard, Laura rachète l’orphelinat, à l’abandon, avec son mari et Simon, leur fils de sept ans, dans le but d’en faire un centre d’accueil pour enfants handicapés. La demeure, immense et ancienne, réveille l’esprit imaginatif de Simon, enfant particulièrement solitaire et rêveur, qui se livre à d’étranges jeux avec ses amis imaginaires. Mais une série d’évènements étranges, notamment le fait que Simon découvre qu’il est un enfant adopté et atteint depuis sa naissance du VIH, viennent troubler Laura. Jusqu’au jour où, en pleine fête d’accueil des nouveaux pensionnaires, Simon disparaît sans laisser de traces…

 

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« - Tu mourras quand ?

- Quand tu seras âgé et que je serais moi-même très vieille

- Je serais jamais âgé, moi. Je ne grandirai pas. Comme Peter Pan. »

 

Plus gros succès espagnol de tous les temps au box-office ibérique, « L’orphelinat » débarque donc sur nos écrans précédé d’une flatteuse réputation et d’une certaine curiosité. D’autant que, non content de son succès public, le film a également réussi à obtenir un grand succès critique en accumulant un grand nombre de récompenses (Grand Prix et Grand Prix du jury Sci-Fi du Festival de Gérardmer, le film a aussi obtenu un nombre records de nominations aux Goya, l’équivalent de nos Césars pour l’Espagne, repartant avec 7 trophées, dont Meilleur scénario et Meilleur premier film). Il faut dire qu’en étant produit par le très imaginatif réalisateur mexicain Guillermo Del Toro (réalisateur ayant fait ses preuves à Hollywood, à qui l’on doit « Hellboy » et le récent « Labyrinthe de Pan », gros succès critique en 2006 et nommé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2007), « L’orphelinat » était d’emblée doté d’une certaine crédibilité. A noter qu’il s’agit du premier long pour le réalisateur Juan Antonio Bayona, jeune réalisateur venu du clip. 

« Quand il s’est passé quelque chose de terrible, il en reste toujours une trace, faisant le lien entre deux lignes du temps. Comme un pincement qui ne demande que la délivrance et l’apaisement d’une caresse. » 

Le renouveau que connaît depuis une petite dizaine d’années le cinéma espagnol, lui aura permis, sous la houlette de quelques réalisateurs (Almodovar, Amenabar, Coixtet), d’exporter avec succès de nombreux films hors de ses frontières. On se souvient ainsi de films comme « Ouvre les yeux », « Ma vie sans moi », « Mar Adentro », ou encore « Volver ». Dans ce renouveau, le genre du fantastique semble se faire la part belle, et les réalisateurs espagnols, reconnus pour leur savoir-faire et leur inventivité, ont été assez souvent sollicité pour réaliser des films de genre à l’étranger (« 28 semaines plus tard » par Fresnadillo, « La maison de cire » par Collet-Serra, « Les autres » par Amenabar). La production espagnole n’étant pas en reste, il sera bon de rappeler le succès du « Labyrinthe de Pan » et du prochain « Rec », qui a bien marché de l’autre côté des Pyrénées. Dans cette logique, on attendait forcément beaucoup de cet « Orphelinat ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Bayona réussit pleinement son coup. Profitant d’un scénario très malin et astucieux, se jouant volontiers des effets inhérents au genre (grande maison vide au milieu de nulle part, personnages inquiétants, portes qui claquent, fantômes, éléments visuels forts comme la cagoule du gamin qui n’est pas sans rappeler le masque de Jigsaw dans « Saw »), il nous livre un film efficace et séduisant, avec une atmosphère bien personnelle. Son scénario à tiroirs, mêlant habilement évènements passés et présents, jeu de piste, et paranormal, lui permet de jouer astucieusement avec ses spectateurs, les menant à sa guise sur des fausses pistes, les perdant volontairement pour mieux les surprendre ensuite. Mais plus encore, sa réussite tient dans le fait qu’il a réussi à donner une dimension émotionnelle très forte à son récit, par le drame vécu par ces enfants orphelins, martyrs oubliés ayant payé le prix d’un accident, et par la disparition d’un fils, dont les raisons sont beaucoup logiques – et tristes – qu’on pourrait le croire. Dès lors, Bayona enchaîne les scènes visuellement fortes, parfois flippantes (la partie de 1,2,3, soleil), débouchant sur un final des plus poétiques et émouvants.

« Vous m’écoutez, mais vous ne m’entendez pas : il faut croire pour voir, et non l’inverse »

 

Si on pourra toujours lui reprocher quelques longueurs dans son récit, et quelques passages scénaristiques des plus convenus, sa mise en scène s’avère d’un classicisme pleinement efficace : jeu sur les lumières (alternant les couleurs saturées, les clairs-obscurs et l’obscurité), sur les sons, cadrages souvent serrés, tout est ici est réuni pour créer une atmosphère étouffante et angoissante. La prestation des acteurs se révèle également de qualité, Belen Rueda en tête, faisant preuve d’une belle émotion pour un rôle proche de celui qu’interprétait de manière plus terne Naomi Watts dans « Le cercle ». A ses côtés, si Fernando Cayo et le jeune Roger Princep se montrent un peu plus lisses, on saluera la jolie apparition de Géraldine Chaplin, qui habite toujours autant la pellicule par sa belle présence. Si « L’orphelinat » n’est pas un film d’épouvante, il s’avère être un efficace et habile thriller prenant la forme d’un comte particulièrement sombre et émouvant. Une des agréables surprises de ce début d’année 2008.

  



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Bob Morane 18/03/2008 10:56

Sans être épouvante au sens large, j'en garde quand même des résurgences au moment de me coucher. C'est dire son efficacité. Très beau film, plein de mystère et de poésie, d'angoisse et de tristesse. D'accord avec toi, l'une des très belles surprises de ce début d'année.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!