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28 Jan

Lust, caution

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Que le sabre s’abaisse, ma jeunesse n’aura pas été veine »

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 HongKong, fin des années 30. Après avoir fuit Shanghai prise par les japonais, un groupe d’étudiants, pris d’une fougue adolescente patriotique et résistante, décide d’organiser l’assassinat de M.Yee, fonctionnaire chinois collabo et tortionnaire, à la solde de l’envahisseur nippon. La petite bande mise tout sur la jeune et séduisante Wong, qui devra se faire passer pour la jeune épouse d’un ponte local de l’import export, afin de pénétrer dans l’intimité de la famille de M. Yee. Mais très vite, une attirance très forte entre Yee et Wong vient considérablement compliquer les choses…

 

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« Pour les générations futures, la Chine ne doit pas mourir »

 

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Après près d’une décennie d’aventures cinématographiques aux Etats-Unis (« The ice storm », « Chevauchée avec le Diable », « Hulk »), Ang Lee, le metteur en scène d’origine taiwanaise, revient aux commandes d’un film purement asiatique. Un événement puisque le réalisateur n’avait pas tourné de film sans sa langue maternelle depuis « Tigre et dragon » (2000). Pour son grand retour asiatique, il s’attaque à l’adaptation d’une nouvelle d’Eileen Chang, qui fut l’une des plus grandes romancières chinoises contemporaines, écrite dans les années 50. Pour la petite histoire, le titre du film peut avoir deux significations, car si « lust » signifie bien « désir », « caution » peut se traduire par « prudence » ou par « bague », les deux mots ayant le même idéogramme chinois. Deux ans après avoir reçu le Lion d’or au festival de Venise pour « Le secret de Brokeback Mountain », « Lust, caution » a valu à Ang Lee de recevoir une deuxième fois ce prestigieux trophée lors du dernier Festival de Venise, le faisant rentrer dans le club très fermé des réalisateurs deux fois honorés par cette distinction suprême, qui ne comptait alors qu’André Cayatte, Louis Malle, et Zhang Yimou.

 

« D’habitude, je ne vois qu’une chose dans les yeux de mes interlocuteurs : de la peur. Je ne vois pas ça en vous. Je crois que rien ne vous effraie. »

 

Connaissant le goût prononcé d’Ang Lee pour les grandes fresques visuellement somptueuses et les grands sentiments, il y avait, du moins sur le papier, de quoi faire de cette histoire une grande fresque romanesque émouvante et déchirante. Comme avait su le faire l’année dernière Paul Verhoven avec son « Black book » à l’histoire assez similaire. Par ailleurs, c’était l’occasion de revenir sur l’occupation japonaise de la Chine durant la seconde guerre mondiale, épisode finalement assez méconnu, du moins pour le public occidental. Malheureusement pour nous, Ang Lee a laissé son inspiration au placard. Tout d’abord, on accroche jamais à cette histoire qui semble abracadabrantesque, de ces jeunes étudiants à moitié pieds-nickelés, qui sans la moindre formation d’espionnage, arrivent parfaitement à infiltrer une famille de collabos de haut rang qui s’avère pourtant des plus méfiantes. Mais plus que tout, alors que cette histoire appelait à une expression débridée des grands sentiments exacerbés (que ce soit l’amour inavoué entre Wong et le jeune leader rebelle de la troupe de théâtre, ou davantage encore entre Wong et Yee, déchirés entre haine, dégoût, passion, désir, et attirance charnelle), on ne peut que déplorer le fait que Lee nous livre un film froid comme la pierre, dont il ne se dégage pas la moindre émotion. Du coup, entre les interminables parties de Ma-jong, et les scènes de sexe certes bien filmées mais d’une bestialité manquant cruellement de sensualité, ce film nous laisse de marbre et on s’ennuie ferme. Et ce jusqu’à un dénouement final d’une rare austérité, qui aurait du être déchirant s’il n’avait pas été aussi bâclé et mal écrit. Si il y a toujours un risque d’envoyer trop facilement et trop massivement les violons et les fleurs bleues dans ce genre de fresque, Ang Lee n’a visiblement pas compris que c’était la condition sine qua non pour qu’un tel film fonctionne, l’intériorité et le non-dit qui ont fait le succès de « Brokeback Mountain » n’étant pas du tout appropriés à cette histoire.

 

« - Je vous haie

   - Je te crois. Je ne crois plus personne depuis longtemps, mais toi je te crois. Dis-le encore une fois et je te croirais. »

 

Sur la forme, « Lust, caution » a quelque chose d’ambivalent. On est forcé de constater que l’image est léchée, grâce à l’excellent travail sur la lumière, grâce également au magnifique soin apporté à la reconstitution des costumes et des décors, ainsi que par la musique, signée du français Alexandre Desplat. Pour autant, à l’instar du tout aussi raté « Mémoires d’une geisha » (Rob Marshall – 2006), cette beauté visuelle formelle a quelque chose en elle de trop factice, tenant trop de la reconstitution clichée et carte postale, pour spectateurs occidentaux en mal d’exotisme et nostalgiques de l’orientalisme et du japonisme. Côté comédiens, là encore, le résultat est inégal. Si Tony Leung fait encore une fois étalage de tout son talent et de son charisme en prêtant magistralement ses traits à ce collabo violent et sans état d’âme, la jeune Tang Wei, dont c’est ici le premier rôle à l’écran, manque cruellement de subtilité, de finesse et d’émotion dans son jeu pour faire jeu égal avec son partenaire. A leur côté, Joan Chen fait aussi preuve d’une belle présence à l’écran. Dommage que son personnage apparaisse finalement aussi peu. Reste la brochette de jeunes comédiens jouant la bande d’étudiants. Quant au jeune Lee-Hom Wang, il n’arrive à aucun moment à se défaire de son look de chanteur pour minettes, ni à élever suffisamment son jeu pour nous convaincre totalement.

 

« - Je sais pourquoi tu m’as amené ici : pour faire de moi ta putain.

   - Ma putain ? Je sais mieux que toi faire la putain »

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 Au final, malgré l’évidence des gros moyens dont a bénéficié ce film, « Lust, caution », le nouveau film d’Ang Lee est une énorme déception. Adaptation ratée, ce film manque incroyablement de souffle, de profondeur et de chair. Un comble pour une histoire de déchirement et de passion. Ceci est d’autant plus dommage que Lee avait un support historique et les moyens techniques pour réaliser une grande et émouvante fresque dans la lignée des « Casablanca » ou « Docteur Jivago ». Pire, en étirant au maximum un récit dont il n’a pas su tirer la substantifique moelle, ce « Lust, caution » tourne très vite à vide, et ses 2h38 de durée ressemblent à un interminable chemin de croix d’ennui. Plus que jamais, le Lion d’or venu récompensé ce film semble incompréhensible. A fuir !!!

    



Commenter cet article

Melissa 28/01/2008 23:04

C'est une question que je me suis aussi posée et je pense que non... ou alors, je ne sais pas comment ils ont fait !

Melissa 28/01/2008 23:04

C'est une question que je me suis aussi posée et je pense que non... ou alors, je ne sais pas comment ils ont fait !

Bob Morane 28/01/2008 16:37

Une seule question me tarraude : est-ce que les scènes "érotiques" sont simuler ? c'est dire le peu d'intérêt qu'évoque ce film, long et sans âme. Et cette petite morale de la femme vénale aimant mieux les bad boys...

Melissa 28/01/2008 16:16

A fuir ? Non, tout de même pas. Si je trouve comme toi que ce film manque un peu de passion, il reste tout de même un bon film, jamais ennuyeux et totalement captivant. Beaucoup aimé !

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!