Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
06 Jul

Made in Italy

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« - Votre père était beau, on aurait dit Mastroianni dans « L’éclipse »

   - Sauf que dans « L’éclipse », c’est pas Mastroianni mais Delon »

Luca Morandi, 35 ans, est un jeune écrivain en mal d'inspiration, de succès et d'amour. Le voilà parvenu à l'âge adulte sans vraiment en être un, il lorgne toujours du côté d'une enfance bénie passée en Italie, auprès d'un père fantasque, éblouissant, comme un personnage de pays fantastique. Du moins le croit-il... Lorsque ce père, chirurgien esthétique à Turin, meurt brutalement, Luca part avec sa soeur Isabella pour les obsèques. Mais l'enterrement vire au cauchemar : veuves, demi-veuves, maîtresses, nouveau frères et soeurs, dettes à en perdre la tête, Italie "berlusconisée"... Luca redécouvre son pays d'enfance et un père mythique avec des yeux d'adulte. De la haine à l'amour, du ressentiment au pardon, Luca va redéfinir le sens de sa propre identité, de sa propre existence, réconcilier la France qui est en lui avec son Italie natale. En un mot, grandir, devenir enfin adulte.

« 30 millions d’italiens devant leur télé en train de regarder cette andouille faire caca sous un palmier, ça me ferait regretter le terrorisme ! »

Révélé en 1999 avec son premier long, « Pourquoi pas moi ? », Stéphane Giusti aura depuis mené une carrière tranquille, ponctuée de trois longs en dix ans. Après « Bella ciao » (2001), ce « Made in Italy » marque le désir du réalisateur de continuer à parler de l’Italie, pays dont il est originaire. Mais d’une manière plus légère que son précédent opus, dont l’ancrage historique et dramatique était au centre du récit. Cette fois, le réalisateur a voulu évoquer l’Italie de manière assez personnelle, comme il la vit et la ressent en tant que français d’origine transalpine. Une dualité forcément pleine de contradictions, entre fantasmes et réalité. A noter que Claudia Cardinale fut longtemps pressentie pour le rôle de la mère, qui reviendra finalement à Françoise Fabian.

« Tu ne savais pas parler aux filles, je vois que tu ne sais pas non plus parler aux femmes. Dommage »

L’idée de traiter de son pays d’origine et de cœur vu d’un autre pays et d’une autre culture, avec ce que cela comporte de clichés, de fantasmes, et d’erreurs d’appréciation pouvait être séduisante. D’autant que pour bien faire les choses, Giusti, en bon élève appliqué, choisissait d’opter pour un film clairement inscrit dans le registre de la chronique familiale et sociale, genre cinématographique italien par excellence. Mais n’est pas Ettore Scola qui veut. Et Giusti en fait ici l’amère expérience. En effet, loin de toute cette chaleur humaine et de cet humour finalement assez mélancolique qui caractérise nombre de films transalpins, Giusti nous livre ici une fade chronique aussi artificielle et qu’insipide. Il faut dire qu’il échoue sur tous les points. Tout d’abord, il y a la relation entre les personnages, sans chaleur et  sans complicité, à laquelle on ne croit jamais. Ensuite, il y a l’humour. Ou plutôt son absence. Abusant des personnages ultra-caricaturaux et des situations et autres ressorts éculés, convenus et/ou pas drôles (le coup du paparazzi et du baiser volé, les tirades à répétition sur Rimini pour un descriptif touristique ou sur l’interdiction de venir en Italie que promulgue Luca à l’intention d’une de ses ex), le film de Giusti est incroyablement bancal et aucune situation comique ne fonctionne jamais. Pourtant, sans faire dans la grosse comédie pure, le récent « Joyeuses funérailles » nous a prouvé que  le règlement de comptes envers soi-même et sa famille lors d’un enterrement peut donner lieu à de nombreuses situations humoristiques. De même, pour la reconstitution de son Italie idéale, le réalisateur se compromet dans une incroyable succession de clichés dont il ne se déjoue jamais (hallucinante et grotesque scène d’ouverture chantée qui ne sert à rien du tout). Du foot avec Del Piero au « Voleur de bicyclette » en passant par les chansons de Ricci et Poveri, l’Italie dépeinte par Giusti sonne faux et on s’attend presque à voir un plat de spaghetti débarquer à l’image pour que la caricature soit totale. Car qu’on se le dise, Giusti ne maîtrise pas l’art de la subtilité : l’Italien est ainsi forcément hâbleur, dragueur, baiseur, et menteur. Rien que ça ! Quant à la satyre sociale cynique sur les dérives de la société italienne berlusconienne (le culte de la chirurgie esthétique, de l'image et du pognon, le nivellement par le bas de la télévision), d’autres cinéastes ont su la faire avec beaucoup plus de finesse (« Le caiman » de Moretti). Face à un si désolant spectacle, plus rien dans ce film ne peut fonctionner normalement, ni les passages comiques, ni encore moins les passages d’émotion (en particulier, la scène où chacune des anciennes épouses raconte sa rencontre et son amour pour le défunt, ainsi que celle où l’unique vrai amour du défunt apparaît ; deux scènes qui étaient potentiellement belles et fortes et qui sont totalement ratées à l’écran).

« Antonio, tu m’as rendue malheureuse, mais c’est avec toi que j’ai passé les plus belles années de ma vie »

.

 Sur la forme, le scénario semble également ne pas être tout à fait fini. Trop d’imprécisions, trop de scènes inutiles (les scènes chantées), trop de personnages que l’auteur oublie de creuser, et surtout quelques procédés un peu fumeux et franchement fumistes (chaque femme ou ex-femme représente de manière ultra caricaturale une décennie sociale italienne, comme la rebelle des 70’s ancienne des Brigades Rouges, celle des 80’s mannequin cupide, et la dernière en date, bombe sexuelle nunuche, symbole des années Berlusconi). Le tout pour un message et une portée tellement maladroits et insipides (Forme d’égoïsme qui pousse tout le monde à ne s’intéresser qu’à soi et à juger les autres sur leur apparence sans aller plus) qu’ils passent inaperçus. La bande musicale – composée de morceaux relativement connus de variétoche locale – et le choix des décors (les grandes villas du nord de l’Italie, les magasins et les restaurants au charme et au luxe raffinés) finissent de rendre le visuel aussi caricatural que le scénario. Reste des comédiens inégaux. Si Gilbert Melki prouve une nouvelle fois qu’il est l’un de nos meilleurs comédiens, il ne peut rien face au ridicule des flash-back où il interprète son propre père. A ses côtés, si Françoise Fabian alterne le bon et le moins bon, c’est Amira Casar qui semble franchement à côté de ses pompes. Dans un numéro bourré d’autodérision, Caterina Murino (ex-miss Italie) est plutôt sympathique. Mais là aussi, quelques scènes ratées (le choix du cercueil) pénalisent sa prestation. Reste une Barbora Bobulova assez touchante dans le rôle de l’ancien amour de jeunesse de Melki. Au final, ce « Made in Italy » n’a rien de bien italien (ce serait même plutôt une anti comédie italienne !) et se résume à un ennuyeux et décevant exercice de style, jamais drôle ni attachant. A se demander si Giusti connaît vraiment le pays dont il se revendique des racines…

 

  



Commenter cet article

Bob Morane 07/07/2008 15:20

Oserais-je dire que ta critique, trop gentille, est plus intéressante que ce super navet ? Je crois que nous tenons la super daube de l'année. A éviter et à ioublier pour ceux qui l'ont vu. On parlais de quoi ?

Archives

À propos

Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!