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11 Oct

Sa majesté Minor

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« Ne répétons pas les travers des temps anciens : pas de sacrifices sans jugement »

 

Studio CanalQuelque part, une île perdue en Mer Egée, dans des temps anciens et oubliées, bien avant Homère. Minor n’est pas un homme comme ni parmi les autres. Encore bébé, les humains l’ont trouvé sur le cadavre de sa mère, dans une barque échouée sur la plage. Mi-homme mi-cochon, muet de naissance, il a depuis sa plus tendre enfance vécu avec les porcs d’élevage. Il partage d’ailleurs sa vie entre sa truie et des moments de plaisir solitaire lorsqu’il observe de la belle Clytia, fille du chef. Mais un jour, il trouve accidentellement la mort en observant cette dernière. Ressuscité sans explication, il se réveille néanmoins doué de parole et de raison. Cela suffit au devin galeux du village pour le proclamer roi. Et la rencontre de Minor et du Dieu Pan, qui lui prodigue des conseils pour renforcer un peu plus son pouvoir et lui inculque le goût de la luxure, annonce la fin de la prospérité de toute la petite communauté…

 

« On m’appelle Pan. Je suis satyre, et heureux de l’être »

 

José Garcia. Studio CanalJean-Jacques Annaud, à l’instar des Besson et Jeunet, s’est imposé comme étant l’un des rares réalisateurs français contemporains à savoir dirigé de main de maître de grosses superproductions imposant un univers visuel et cinématographique à part. Avec 10 films réalisés en plus de trente ans de carrière, Annaud est un réalisateur qui a su se faire rare, prenant le temps de travaillé minutieusement ses projets pour obtenir toujours le résultat le plus abouti possible. On lui doit ainsi des chef d’œuvres comme « La victoire en chantant » (1976, Oscar du meilleur film étranger), l’excellent « Coup de tête » avec Dewaere (1979), « La guerre du feu » (1981), « Le nom de la rose » (1986), ou encore « L’ours » (1988). Ses réalisations des années 90 et 2000 ont alors alterné le bon (« Sept ans au Tibet » en 1997) et le moins bon (« L’amant » en 1992, « Deux frères » en 2004). Après avoir bossé pour Hollywood depuis près de quinze ans, ce « Minor » marque son retour à un projet purement français. Avec un casting alléchant, son film était un des projets les plus atypiques et les plus attendus de 2007. Et ce malgré une critique clairement peu enthousiaste. Alors, que vaut vraiment le dernier Annaud ?

 

« Nous sommes tous frères, par devant et par derrière »

 

Vincent Cassel. Studio CanalOn ne pourra pas reprocher à Annaud son désir permanent d’innover. Dans un contexte où les films ont une tendance à l’uniformisation (aussi bien visuelle qu’en terme de politiquement correct), Annaud, la soixantaine passée, arrive encore et toujours à surprendre le public par des histoires improbables et un rendu visuel anticonformiste. Ainsi, « Sa majesté Minor », gentille fable sur le pouvoir et sur la nature humaine, faible et corruptible, s’installe dans une île méditerranéenne à une époque ancestrale, où les décors se situent à mi-chemin entre « La guerre du feu » (1981), « Rrrrrr !!! » (2004), et « Les amours d’Astrée et de Céladon » de Rohmer (2007). Volontairement burlesque, ce film se veut être une dénonciation de la cupidité des hommes, corrompus par et pour le pouvoir. On comprend aisément la forme volontairement excessive et burlesque de cette fable, forcément d’actualité, qui dénonce les manipulations politiques, les subterfuges pour berner le peuple, et les aspirations réelles des souverains, pour qui le trône est non seulement synonyme de pouvoir et de gloire, mais aussi de conquête, de confort et de luxe, dans une volonté d’appropriation des jolies choses (femmes, maisons, vêtements, etc…). Cette fable permet également à Annaud de critiquer malicieusement notre société, corruptible également par le sexe, et dont les valeurs de référence sont aussi peu pertinentes que la beauté ou l’apparence. Malheureusement, l’entreprise n’est jamais réellement pertinente, sa démonstration se perdant en une succession de scènes inintéressantes et pathétiques, très « Pipi-caca-cucul », jaune devant marron derrière, où Annaud semble prendre un plaisir transgressif de gamin attardé. Et en y réfléchissant bien, même au 92ème degré, ce n’est ni drôle ni spirituel. Ainsi, rien de la plaidoirie de Clytia, du coït brutal entre Pan et Minor, ou de la tété que ce dernier se voit offrir par une grosse femme ne fonctionne jamais ni dans un registre comique, ni dans un registre satyrique.

 

« - Quand on est roi, que doit-on faire ?

   - Rien, ce sont les autres qui font pour toi »

 

José Garcia. Studio CanalEt c’est dommage, parce que Annaud nous livre encore un film visuellement réussi, autant dans les effets spéciaux (les figures mythologiques telles que Pan ou le Centaure sont parfaites), que dans le délire visant à critiquer des notions telles que la beauté (l’accoutrement de Minor et sa nouvelle coupe de cheveux). C’est également dommage pour Gérard Barch, le scénariste du film, qui a été l’un des plus grands scénaristes de sa génération et qui est mort l’année dernière (« Minor » est son dernier scénario). Scénariste habitué de Polanski (« Le bal des vampires », « Pirates », « Tess », « Le locataire ») et de Annaud (« L’ours », « La guerre du feu », « Le nom de la rose »), on lui doit aussi entre autre le scénario du diptyque de Berri « Jean de florette » et « Manon des sources » (1986). Ce grand monsieur du cinéma méritait de partir sur une note plus réussie. Derrière, les comédiens laissent un bilan mitigé, José Garcia étant à la fois très bon (ce n’est pas si facile d’être un homme porc devenant roi), mais trop souvent en roi libre, il se livre parfois à un exercice de cabotinage un peu lourd. Vincent Cassel reste très bon en Pan lubrique, dommage qu’il n’apparaisse pas plus de quinze minutes en tout et pour tout. La révélation vient de la jeune et superbe Mélanie Bernier (Mélanie, si tu lis ces lignes, sache que je suis amoureux de toi, et que je me tiens à ta disposition pour t’inviter à dîner !), qui incarne admirablement l’objet du désir et de la propre perte de Minor. Mais derrière, de Brasseur aux revenants Jean-Luc Bideau et Bernard Haller, aucun ne semble réellement croire au projet suffisamment pour nous y faire adhérer.

 

« Cochon il était, cochon il restera »

 

Studio CanalJean-Jacques Annaud se rate quelque peu pour son retour à un projet français. Malgré une idée de départ et une ambition louable, cette fable sur les travers des Hommes et du pouvoir ne fonctionne jamais, en raison notamment d’un burlesque trop extravagant et d’une autosatisfaction tirée d’un ton scato et scabreux qui ne réussit ni à amuser ni à convaincre. L’heure quarante du film paraît ainsi interminable, et « Sa majesté Minor » est de loin la plus grosse déception française de l’année. Bien qu’Annaud ne nous ai quasiment pas déçu (« L’amant » ?), en trente ans de carrière, on ne peut que trouver ça dommage.

 



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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!